LXIV ÉLOGE HISTORIQUE
calomniateur, il est conduit aux Madelonettes^ Les prisonniers qui s'y trouvaient, apprenant son arrivée, descendent tous au bas de l'escalier, et l'y reçoivent avec une sorte d'attendrissement mêlé de respect. Dans cette intervalle, deux députés, Danton et Courtois, avertis de sa détention, font révoquer l'ordre qu'on avait surpris au comité de sûreté générale, et à l'instant Barthélémy recouvre sa liberté, seize heures seulement après l'avoir perdue.
L'Europe littéraire lui devait trop pour ne prendre aucun intérêt à son sort. A la première nouvelle de sa détention, l'alarme fut universelle: et lorsqu'elle fut dissipée, la joie éclata de toute part, et les gazettes étrangères l'exprimèrent d'une manière non équivoque. La France y fut encore sensible, quoique tous les sentiments y fussent comprimés, et que la douleur seule errât en silence. On voulut même réparer, en quelque sorte, l'outrage fait à l'auteur ^Anacharsis. Le ministre Paré vint lui offrir la place de bibliothécaire. « Sa démarche, dit Barthélémy, les « grâces dont il l'accompagna, tout était fait pour i< m'attendrir ; je résistai à mon sentiment, et malgré « les marques touchantes de son tendre intérêt, j'eus « la force de refuser cette place*. » En vain le ministre insista, soit de vive voix, soit par écrit, Barthélémy tint ferme, et répondit modestement que son inaptitude pour les affaires était si forte qu'il aimait mieux recevoir des ordres que d'en donner. Il finis-
(i) Le 2 septembre 1793,
{%) Notes manuscrites de Barthélémy.