‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 4 sur 115 · DE BARTHELEMY. XIX · texte numérisé non relu

DE BARTHELEMY. XIX

Albani , qui honoraient alors la pourpre romaine par leur savoir et leur amour pour les arts, l'accueillirent avec distinction, et n'ont cessé pendant sa vie d'applaudir aux succès de ses travaux. Dans toutes les villes de l'Italie où Barthélémy s'arrêta, précédé par sa réputation et en paraissant digne , il fut reçu de la même manière. Pacij^udi, Gori,Passeri, Olivieri , etc., savants antiquaires, recherchèrent son amitié. Edouard Corsini,chronologiste profond et lumineux; Le Sueur et Boscowits, mathématiciens habiles; Joseph- Simon Assemani, restaurateur de la littérature syriaque; plusieurs autres non moins distingués lui donnèrent des témoignages flatteurs d'estime. Le célèbre architecte Piranèse s'empressa de l'accompagner dans la visite des monuments de Rome; et le P. Jacquier, un des premiers commentateurs de Newton, l'aida de ses lumières dans l'examen du pied romain, des mesures creuses, etc. Les plus riches cabinets lui furent ouverts, et il remplit l'objet essentiel de son voyage, en faisant l'acquisition de trois cents médailles, dont quelquesunes étaient uniques , et presque toutes précieuses par leur rareté.

Le spectacle de Rome , si souvent dévastée , riche encore de ses propres ruines, ne fixa pas tellement les regards de Barthélémy, qu'il ne les tournât vers cette ville que l'éruption d'un volcan avait mise à couvert des ravages du temps et de la barbarie. Elle n'offrait pourtant plus qu'une mine d'antiquités, qu'on avait exploitée avec moins d'intelligence que d'avidité. Après l'avoir visitée, il en sortit pour se rendre à Portici, où se trouvaient déposées les richesses souterraines d'Hcr-

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culanum. La plus précieuse de toutes aurait été sans doute la possession de quelques anciens manuscrits, si l'on avait pu les lire; mais, pour y parvenir, il aurait fallu les dérouler; c'est ce qu'on n'a fait jusqu'aujourd'hui que d'une manière fautive et tiès-lente, à l'égard seulement de deux ou trois. Le morceau d'un, coupé même de haut en bas, ayt^nt vingt-trois lignes, était mystérieusement conservé. Barthélémy n'eut la permission de le voir que par une faveur signalée. Il l'examina avec une attention si forte qu'il le retint tout entier. Ensuite, descendant sous quelque prétexte dans la cour du château , il traça sur un papier ce fragment (ju'il venait de se graver dans la mémoire. Il contenait quelques traits de la révolution démocratique qui força les philosophes de l'école pythagoricienne , zélés partisans de l'aristocratie, de quitter les villes de la i^rande Grèce, dans le cinquième siècle avant l'ère vul- ,'.;aire. Barthélémy envoya le même jour à- l'Académie ce précieux fragment, en recommandant toutefois le secret, pour ne pas compromettre Paternp, garde du cabinet de Portici, et Mazochi , qui l'avait secondé. Ce dernier devint son ami et eut toujours pour lui la plus haute estime. Barthélémy ne cessait d'admirer sa piété, sa modestie et sa grande érudition. Il forma aussi des liaisons avec le prélat Bayardi , homme d^nwe polymatliie fatigante, mais recommandable par les qualités du cœur. Il était chargé d'expliquer toutes les antiquités découvertes à Herculanum, à Pompeia et à Paestum.

Ayant parcouru ces villes, qui venaient de reparaître après tant de siècles, Barthélémy retourna à Borne, et V trouva son bonheur dans la connaissance de ma-

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dame de Stainville, depuis duchesse de Choiscul , et de son inari, ainbassadeuf de France. Quarante an:» d'un attachenierit aussi pur que la vertu n'avaient pu affaiblir l'impression q^je firent sur lui les qualités rares et touchantes de cette respectable amie. 11 en traçait lui-même, quelques mois avant sa mort, ce portraitc «Madame la comtesse de Stainville, à peine âgée de «dix-sept ans, jouissait de cette profonde vénération « <!Ju'on n'accorde communément qu'à un long exercice « de vertu. Tout en elle inspirait de l'intérêt; son âge, «sa figure, la délicatesse de sa santé, la vivacité qui «animait sa parole et ses actions, le désir de plaire, «qu'il lui était si facile de satisfaire, et dont elle raj)- « portait les succès à un époux, digne objet de sa ten- « dresse et de son culte; cette extrême sensibilité qui « la rendait heureuse ou malheureuse du bonheui- ou « malheur des autres; enfin, cette pureté d'ame qui ne « lui permettait pas de soupçonner le mal ' , etc. »

Personne n'oublia moins ses amis dans la faveur (|ue le duc de Choiseul ; aussi personne n en conserva plus dans la disgrâce; ce qui pourtant serait un phénomène dans l'histoire du ccei\r humain, si cela rte tenait pas à des circonstances qu'on nous dispensera de rappeler. Au retour de ses ambassades, appelé au ministère, et jouissant d'un grand crédit, cet homme célèbre prévint toujours par ses bienfaits Barthélemv, et Ten accabla, comme celui-ci se plaisait à le répéter; il obtint pour lui des pensions sur des bénéfices et des journaux, la trésorerie de Saint-Martin de l'ours; en-

(i) Notes maiiiiscntes de Baithéltniv.

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fin, il le nomma à la place de secrétaire général des Suisses et Grisons ^ . Une pareille fortune ne put l'éblouir; il fut empressé de la communiquer aux gens de lettres qu'il aimait et dontjes besoins lui étaient connus. Quelquefois il refusait pour qu'on leur donnât, et plus souvent il se dépouillait en leur faveur. C'est ainsi qu'il partagea à deux de ses amis une pension assez considérable dont il jouissait sur le Mei'cure ^ et leur en remit les brevets, qu'il avait fait expédier en leur nom , sans même les en informer. Il abandonna également à un autre homme de lettres le privilège lucratif de cet ouvrage périodique. Le tiers de son revenu fut de cette manière sacrifié, où plutôt, passant en d'autres mains, il ne cessa d'être pour lui un objet de jouissance. Cependant Barthélémy se trouvait encore assez riche et pouvait se procurer toutes les commodités du luxe. Sa modération l'en préserva ; il se permit seulement de dire: «J'aurais pris une voiture, si «je n'avais pas craint de rougir, en trouvant sur mon «chemin des gens de lettres à pied qui valaient mieux «que moi.»» Nonobstant cela, quelques-uns d'entre • (i) En 1759, on lui donna quatre mille livres sur l'archevêché d'Albi; en 1760, cinq mille livres ^nr \e Mercure ; eu 1-65, la trésorerie de Sarint-Martin., valant net sept mille livres; en 1768, la place de secrétaire des Suisses, elle produisait vingt mille livres, et avait été créée par le duc du Maine en faveiu' de Malésieux, de l'Académie des Sciences. Barthélémy perdit, en 1772, à la retraite du duc de Choiseul , cette place, sur laquelle il conserva une pension de dix mille livres. Il avait encore un traitement annuel de trois mille livres en qualité de yarde des médailles, et lui de deux mille, comme pensionnaire de l'Académie des Belles-Lettres.

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