LXXXVIII ESSAI SUR LA VIE
par semaine. Dans cette société, Barthélémy se pénétra de plus en plus d'amour pour les lettres, et de respect pour ceux qui les cultivent. M. de Boze étudiait le jeune homme avec soin; il ne tarda pas longtemps à le connaître, et lui accorda son amitié, sa confiance même , autant que le lui permettait un caractère dont une prudence et une réserve excessives faisaient la hase.
L'âge et la santé de M. de Boze ne lui permettant plus de se livrer au travail pénible du cabinet des médailles, il avait compté s'associer avec M. de La Bastie , savant antiquaire , de l'académie des Inscriptions. Il le perdit par une mort prématurée, et il le remplaça dans ses intentions par Barthélémy, dont l'association, à la garde du cabinet, fut constatée quelques mois après par M. Bignon, alors bibliothécaire, et par M. de Maurepas , ministre du département.
De ce moment Barthélémy, pour qui la pratique de ses devoirs était un besoin impérieux , donna toutes ses peines, tout son temps, ses jours, ses nuits à l'arrangement des médailles, que l'âge et les infirmités de M. de Boze ne lui avaient pas permis d'achever. Ce fut un travail extrêmement considérable. La collection du maréchal d'Etrées , celle de l'abbé de Rothelin , toutes deux si nombreuses et si intéressantes, étaient empilées dans des caisses , sans ordre et sans indications. Il fallait en examiner toutes les pièces avec soin, les comparer à celles qui étaient précédemment insérées dans l'ancien recueil, distinguer celles qui seraient à conserver, et enfin les inscrire avec ordre dans un supplément au catalogue. On sent toutes les difficultés
DE J. J. BARTHELEMY. LXXXIX
d'une pareille opération. Elle fut faite avec une exactitude et une persévérance infatigables. Les difficultés n'étaient qu'un attrait de plus pour Barthélémy.
Au milieu de ces occupations multipliées, il commençait à jouir avec délices d'un genre de vie vraiment conforme à son goût et à ses talents , quand il se vit avec effroi près d'être forcé d'entrer dans une carrière bien différente. En partant de Provence, il avait vu à Aix M. de Bausset, alors chanoine de la métropole. Ils étaient amis et compatriotes, M. de Bausset étant né à Aubagne, où sa famille, établie depuis long-temps, jouissait à juste titre de la considération publique. Il avait présenté à son jeune ami une perspective de fortune dans l'état ecclésiastique, en lui promettant de se l'attacher en qualité de vicairegénéral, dès qu'il serait parvenu à l'épiscopat. Barthélémy avait accepté avec reconnaissance une offre si flatteuse; et M. de Bausset, qui venait d'être nommé à l'évêché de Béziers , ne manqua pas de rappeler avec force à son ami leur engagement mutuel. Il est aisé de sentir l'embarras, l'anxiété de Barthélémy dans cette occasion qui allait l'arracher à ses occupations chéries. Il était trop scrupuleux observateur de sa parole pour songer à la retirer, quoique les circonstances fussent bien changées. Il n'envisagea d'autre moyen que celui d'engager M. de Bausset à la lui rendre, en renonçant de 4ui-même à une acquisition dont il n'ignorait pas le prix. Il y réussit. Le prélat , orné de toutes les qualités que nous chérissons aujourd'hui dans un héritier de son nom et de ses vertus, avait l'esprit trop juste pour ne pas reconnaître les convenances de la position