CIV ESSAI SUR LA VIE
Le cabinet s'était singulièrement accru et embelli entre les mains de Barthélémy: son activité, sa vigilance ne négligeaient aucun objet ; et ses correspondances, qui embrassaient, avec un égal succès, toute la France et toute l'Europe, lui procuraient chaque jour de nouveaux trésors. La Suède et le Danemark se prêtèrent à cette contribution , comme avait fait l'Italie, et complétèrent, pour leur part, la collection des médailles modernes , dont la suite avait été négligée après la mort de M. Colbert , ce grand homme , qui ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer ou à la richesse ou à l'ornement de la France.
Mais les médailles modernes, qui n'apprennent guère que ce qu'on sait d'ailleurs, ne paraissaient pas à Barthélémy un objet aussi intéressant, pour le cabinet, que les antiques ; et c'était à la recherche de celles-ci <{u'il donnait, avec raison, ses plus grands soins. Il n'y a que les initiés dans ce genre de travail , qui puissent avoir une idée des difficultés qu'il présente, des peines infinies qu'il coûte. Veiller sans cesse à la découverte des monuments rares, précieux, uniques même qui se trouvent enfouis dans divers cabinets ; les y déterrer à force de vigilance et d'activité; se les procurer en les achetant avec économie; ne les insérer dans une des suites qu'après s'être assuré , par un examen minutieux, de leur authenticité, et des singularités qui les distinguent de quelques autres à peu près semblables; les inscrire enfin au catalogue, avec leur description claire et précise : telle est la foule de détails auxquels Barthélémy dut sacrifier, pour l'intérêt du cabinet dont il avait la garde, une grande partie de son temps, de ce temps qu'il employait si
DE J. J. BARTHELEMY. CV
bien et si agréablement pour lui dans ses étwcTes particulières. Il se livra à ce travail obscur et pénible avec tant d'ardeur et de constance , qu'il parvint à doubler les richesses du cabinet. Il y avait trouvé vingt mille médailles antiques, il en a laissé quarante mille; et je tiens de lui que , dans le cours de son administration , il lui en avait passé par les mains et sou» les yeux quatre-cent-mille.
Outre celles que lui procuraient des hasards fréquents , suite naturelle et juste salaire de ses correspondances suivies sans relâche, il fit l'acquisition importante de plusieurs collections précieuses, formées par divers amateurs éclairés et savants. Celles de Cary, de Clèves , de Pellerin et d'Ennery lui fournirent une foule d'objets du plus grand prix par leur belle conservation et leur rareté. Il y en avait même plusieurs aiîhiques dans le recueil de Clèves, quV embellirent singulièrement la suite des médailles impériales en or.
La collection de Pellerin était la plus complète qu'aucun particulier eût jamais possédée. Il avait été très-long-temps premier commis de la marine , et une correspondance de plus de quarante années avec tous nos consuls du Levant , l'avait enrichi d'une infinité de médailles grecques inconnues jusqu'alors.
Le cabinet étant parvenu à un si haut degré d'accroissement et de réputation, il était temps d'en publier les trésors et de les communiquer à tous les savants de l'Europe. C'était la dernière opération qui devait couronner les longs travaux de Barthélémy, et c'eût été en même temps de sa part un moyen de s acquitter envers tous les antiquaires français ou étrangers qui lui avaient fourni à l'envi tant de précieux