V[II F.SSAT SUR LA VTE
possesseur d'un beau cabinet de médailles, et d'une précieuse collection de livres assortis à ce genre de curiosité utile. Ils passaient des journées entières à converser ensemble sur les objets de la littérature les plus intéressants pour l'histoire ancienne ; après quoi Barthélémy, toujours insatiable d'étude, se retirait à la maison des Minimes, où le père Sigaloux, correspondant de l'académie des Sciences, faisait des observations astronomiques, auxquelles il associa le jeune homme, qui, ne sachant pas encore circonscrire ses travaux pour les rendre profitables, perdait son temps à entasser des acquisitions disparates.
Il ne tarda pas à s'en corriger. Il sentit que, pour sortir d'une médiocrité de talents peu préférable à l'ignorance, il faut s'enrichir de connaissances approfondies dans un seul genre de choix, sans courir d'un objet à l'autre avec un enthousiasme frivole qui ne permet que de les effleurer tous.
Il se rendit à Paris pour se livrer tout entier à la littérature , qui devait lui avoir un jour de si grandes obligations ; et il se présenta avec une lettre de recommandation à M. de Boze, garde du dépôt des médailles, et secrétaire-perpétuel de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ce savant, estimable à tous égards, le reçut avec beaucoup de politesse, et lui fit faire connaissance avec les membres des trois académies les plus distingués , qui dînaient chez lui deux fois
DlC J. J. BARTHELEMY. XÏX
par semaine. Dans cette société, Barthélémy se pénétra de plus en plus d'amour pour les lettres, et de respect pour ceux qui les cultivent. M. de Boze étudiait le jeune homme avec soin ; il ne tarda pas longtemps à le connaître, et lui accorda son amitié, sa confiance même , autant que le lui permettait un caractère dont une prudence et une réserve excessives faisaient la hase.
L'âge et la santé de M. de Boze ne lui permettant plus de se livrer au travail pénible du cabinet des médailles, il avait compté s'associer M. de La Bastie , savant antiquaire , de l'académie des Inscriptions. Il le perdit par une mort prématurée, et il le remplaça dans ses intentions par Barthélémy, dont l'association, à la garde du cabinet, fut constatée quelques mois après par M. Bignon, alors bibliothécaire, et par M. de Maurepas , ministre du département.
De ce moment Barthélémy, pour qui la pratique de ses devoirs était un besoin impérieux , donna toutes ses peines, tout son temps, ses jours, ses nuits à l'arrangement des médailles, que l'âge et les infirmités de M. de Boze ne lui avaient pas permis d'achever. Ce fut un travail extrêmement considérable. La collection du maréchal d'Étrées , celle de l'abbé de Bothelin , toutes deux si nombreuses et si intéressantes, étaient empilées dans des caisses , sans ordre et sans indications. 11 fallait en examiner toutes les pièces avec soin.
XK. ESSAI sur. I. A VIF
les comparer à celles (jui étaient précédemment insérées clans l'ancien recueil, distinguer celles qui seraient à conserver, et enfin les inscrire avec ordre dans un supplément au catalogue. On sent toutes les difficultés d'une pareille opération. Elle fut faite avec une exactitude et une persévérance infatigables. Les difficultés n'étaient qu'un attrait de plus pour Barthélémy.
Au milieu de ces occupations multipliées, il commençait à jouir avec délices d'un genre de vie vraiment conforme à son goût et à ses talents , quand il se vit avec effroi près d'être forcé d'entrer dans une carrière bien différente. En partant de Provence, il avait vu à Aix M. de Bausset, alors chanoine de la métropole. Ils étaient amis et compatriotes, M. de Bausset étant né à Aubagne , oii sa famille, établie depuis long-temps, jouissait à juste titre de la considération publique. Il avait présenté à son jeune ami une perspective de fortune dans l'état ecclésiastique, en lui promettant de se l'attacher en qualité de vicairegénéral , dès qu'il serait parvenu à l'épiscopat. Barthélémy avait accepté avec reconnaissance une offre si flatteuse; et M. de Bausset, qui venait d'être nommé à l'évêché de Béziers , ne manqua pas de rappeler avec force à son ami leur engagement mutuel. Il est aisé de sentir l'embarras, l'anxiété de Barthélémy dans cette occasion qui allait l'arracher à ses occupations chéries- Il était trop scrupuleux observateur de sa parole pour
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songer à la retirer, quoique les circonstances fussent bien changées. Il n'envisagea d'autre moyen que celui d'eniraffer M. de Bausset à la lui rendre, en renonçant
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de lui-même à une acquisition dont il n'ignorait pas le prix. Il y réussit. Le prélat , orné de toutes les qualités que nous chérissons aujourd'hui dans un héritier de son nom et de ses vertus, avait l'esprit trop juste pour ne pas reconnaître les convenances de la position de Barthélémy, et le cœur trop bon pour ne pas lui conserver son amitié, en lui rendant la liberté.
M. Burette mourut le lo mai i']^']-, et Barthélémy (ut élu à la place d'associé dans l'académie des Inscriptions , M. Le Beau s'étant abstenu généreusement en sa faveur de toute démarche pour lui-même. Une autie place vaqua peu après , et M. Le Beau fut unanimement élu. C'était là le prélude d'un combat de générosité entre ces deux savants et vertueux hommes. M. tle Bougainville, accablé d'infirmités, se démit du secrétariat de l'académie, et proposa à M. d'Argenson (i) de le remplacer par Barthélémy. Le ministre y consentit , mais Barthélémy refusa la place , et se fit préférer M. Le Beau. Celui-ci, quittant le secrétariat quelques années après, voulut le céder à l'abbé, en lui disant : Je vous le devais et je vous le rends. Je le cède
[\) Le minisUc de la gueiie, qui avait aussi les acadéiuies dans son déparleinenl.