XXII ESSAI SUR LA VIE
à lin autre, lui répondit Barthélémy; mais je ne cède à personne le droit et le plaisir de publier qu'on ne saurait vous vaincre en bons procédés. Ainsi régnait alors, parmi ces illustres rivaux, l'émulation des vertus avec celle de la gloire : amalgame assez rare quelquefois dans la carrière des lettres, comme dans toute autre.
Devenu le successeur de tant d'illustres savants qui ont si bien servi la littérature, depuis l'établissement de l'académie (i), Barthélémy associa le travail annuel que cette compagnie attendait de ses membres, aux travaux journaliers qu'exigeait le' cabinet des médailles, et il s'acquitta de ce double devoir avec une exactitude que la plus vaste érudition pouvait seule permettre.
On trouvera à la fin de cet essai , non pas une notice que je ne suis pas en état de faire, mais une liste de ses ouvrages en ce genre. Explications de monuments hébreux, persans, phéniciens, égyptiens, arabes: toutes les nations, toutes les langues étaient soumises à ses recherches laborieuses et à sa judicieuse critique. Dans ce travail , il ne pouvait s'empêcher de relever souvent les erreurs de plusieurs savants estimables qui s'étaient livrés avant lui aux mêmes recherches; mais, en découvrant leurs fautes avec une sagacité à laquelle
(i) En i663.
DE J. J. BARTHÉLÉMY. XXIlï
rieii n'échappait, il ne les présente jamais qu'avec cette modestie, cette aménité qui était son caractère (listinctif. C'est ce qu'on peut obsei^er surtout dans sa belle dissertation sur les inscriptions trouvées à Palmyre par des voyageurs anglais. Elles sont accolées à des inscriptions grecques , et on avait plusieurs fois tenté d'expliquer les unes à la faveur des autres; mais on n'avait fait, avec beaucoup de lumières et de génie même, que des efforts de divination qui avaient conduit à des résultats fautifs. Barthélemv en donna une explication qui, par sa simplicité, sa clarté, fit oublier toutes les autres, sans dépriser leurs auteurs; et il alla jusqu'à former un alphabet pahnyrénien qui satisfit tout le monde savant: découverte qui pourra servir un jour à ressusciter la mémoire d'un peuple jadis célèbre par sa puissance, par ses exploits, par son commerce, son goiit pour les arts, sa magnificence, et dont la haine et la vengeance des Romains ont éteint presque jusqu'au souvenir.
M. de Boze, garde du cabinet des médailles, étant mort en lySS, Barthélémy, qui lui était associé depuis sept ans, ne pouvait manquer de lui succéder en titre <lans cette honorable place. 11 se trouva pourtant quelqu'un qui eut le courage ou la honte de la solliciter pour lui-nfême. Barthélémy, qu'on en informa, ne voulut pas savoir le noui du demandeur, ne fit aucune démarche personnelle, et se reposa de son sort sur la