DE J. .1. BARTHÉLÉMY. XXXVI
T/amioe suivante, M. de vSaint-Priest , alors ministre du département de Paris et des lettres, offrit à Barthélémy 1 honorable place de bibliothécaire du roi , vacante par la démission de M. Le ISoir. L'abbé recul cette offre flatteuse avec reconnaissance , et refusa la place : ne croyant pas , accoutumé comme il l'était à des travaux littéraires libres et indépendants, pou voir se charger des détails minutieux et forcés de cv grand dépôt.
Circonscrit par son goût et par sa modestie dans le soin et les travaux du cabinet des médailles, il s'y livrait avec une ardeur toujours nouvelle, aidé par son neveu Barthélémy Courcay qui lui avait été associé en 17G8, et qui est aujourd'hui titulaire de la place. C'est faire assez l'éloge du neveu que de dire qu'il est digne criin tel oncle, et c'est une justice qu'on ne peut se dispenseï de lui rendre.
Le cabinet s'était singulièrement accru et embelli entre les mains de Barthélémy: son activité, sa vigi lance ne négligeaient aucun objet; et ses correspondances, qui embrassaient, avec un égal succès, toute la France et toute l'Europe, lui procuraient chaque jour de nouveaux trésors. La Suède et le Danemark se prêtèrent à cette contribution , comme avait tait •l'Italie, et complétèrent, pour leur part, la collection des médailles modernes , dont la suite avait ete négligée après la mort de M. Colbert,ce grand homme ,
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qui ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer ou ù la richesse ou à l'ornement de la France.
Mais les médailles modernes, qui n'apprennent guère que ce qu'on sait d'ailleurs, ne paraissaient pas à Barthélémy un objet aussi intéressant, pour le cabinet, que les antiques ; et c'était à la recherche de celles-ci qu'il donnait, avec raison, ses plus grands soins. II n'y a que les initiés dans ce genre de travail , qui puissent avoir une idée des difficultés qu'il présente, des peines infinies qu'il coûte. Veiller sans cesse à la découverte des monuments rares , précieux , uniques même qui se trouvent enfouis dans divers cabinets ; les y déterrer à force de vigilance et d'activité; se les procurer en les achetant avec économie; ne les insérer dans une des suites qu'après s'être assuré , par un examen minutieux , de leur authenticité , et des singularités qui les distinguent de quelques autres à peu près semblables; les inscrire enfin au catalogue, avec leur description claire et précise : telle est la foule de détails auxquels Barthélémy dut sacrifier, pour l'intérêt du cabinet dont il avait la garde, une grande partie de son temps, de ce temps qu'il employait si bien et si agréablement pour lui dans ses études particulières. Il se livra à ce travail obscur et pénible avec tant d'ardeur et de constance , qu'il parvint àdoubler les richesses du cabinet. Il y avait trouvé vingt mille médailles antiques, il en a laissé quarante mille;
DR T. J. BARTU ELIIMY. XXXIX
et je tiens de lui que, dans le cours de son adminib tration, il lui en avait passé par les mains et sous les yeux quatre-cent-mille.
Outre celles que lui procuraient des hasards fréquents, suite naturelle et juste salaire de ses corres-, pondances suivies sans relâche, il fit l'acquisition importante de plusieurs collections précieuses, formées par divers amateurs éclairés et savants. Celles de Cary, de Clèves , de Pellerin et d'Ennery lui fournirent une foule d'objets du plus grand prix par leur belle conservation et leur rareté. Il y en avait même plusieurs d'uniques dans le recueil de Clèves, qui embellirent singulièrement la suite des médailles impériales en oi-.
l^a collection de Pellerin était la plus complète <[u'aucun particulier eiit jamais possédée. Il avait été très-long-temps premier commis de la marine , et une correspondance de. plus de quarante années avec tous nos consuls du Levant , l'avait enrichi d'une infinité de médailles grecques inconnues jusqu'alors.
Le cabinet étant parvenu à un si haut degré d'accroissement et de réputation, il était temps d'en publier les trésors et de les communiquer à tous les savants de l'Europe. C'était la dernière opération qui devait couronner les longs travaux de Barthélémy, et c'eût été en même temps de sa part un moyen de s'acquitter envers tous les antiquaires français ou étrangers qui lui avaient fourni à l'envi tant de précieux