‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 64 sur 115 · XL ESSAI SLR LA VIE · texte numérisé non relu

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matériaux. Cette reconnaissance leur était due par un homme leur associé dans les diverses compagnies savantes qui s'étaient empressées d'inscrire son nom dans leurs fastes; car, outre l'Académie française, l'Académie des Inscriptions et l'Académie de Marseille, il était encore de celles de Madrid, de Cortone, de Pezaro, de Hesse-Cassel , enfin de celle des Antiquaires et de la Société royale de Londres.

Par ce concours de motifs patriotiques et personnels, Barthélémy avait à cœur de finir sa carrière en publiant une notice, une description exacte et raison née des richesses dont le dépôt lui était confié. L'opération était dispendieuse par la quantité de gravures qu'exigeait un semblable recueil, et elle avait besoin non-seulement de l'attache, mais des secours du gouvernement. Barthélémy obtint, en 1787, l'aveu du ministère, et il semblait n'avoir plus rien à désirer. Mais la bonne volonté de M. de Bieteuil , alors ministre d'état, zélé pour la gloire des lettres, fut arrêtée par diverses circonstances impérieuses. L'embarras des finances , à cette époque désastreuse , fut suivi des assemblées des notables, qui amenèrent les états généraux, d'oii sortit un nouvel ordre de choses; et tels furent les ol^stacles qui, s'opposant d'abord à l'exécution de cette belle entreprise, en firent bientôt oublier le projet. Ce fut là le premier succès que manqua Tabbé ns sa poursuite continuelle des avantages de la I/i

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téraliire. La fortune stMiil)lait avoir attendu la (in de sa carrière , pour lui faire sentir le poids de ses inévitables disgrâces; et il ne tarda pas à avoir l'occasion de se rappeler et de s'appliquer le mot si connu du sage Solon au roi Crésus : « Nul homme ne peut «être réputé véritablement heureux avant sa mort.»

Dès l'année 179a, la diminution de ses forces et sa décadence progressive se faisaient remarquer sensiblement; et, au commencement de l'année suivante, on le vit sujet à tomber dans des faiblesses, dans des évanouissements qui le laissaient sans connaissance pendant des heures entières. Courageux et calme par caractère, il ne s'inquiétait pas de ces accidents [)assagers ; mais ses amis en prévoyaient avec douleur le danger trop prochain.

Il avait alors soixante-dix-huit ans, remplis par soixante années de travaux; et il touchait à une disgrâce que son âge, ses infirmités, sa conduite ne permettaient pas seulement de soupçonner.

Le 3o août i'jc)3,:i\ iiit dénoncé sous -prétexte d'aristocratie (1) (accusation qui pouvait surprendre un homme à qui la langue grecque était si familière), et son neVeu partagea cette inculpation , ainsi que cinq ou six autres de leurs coopérateurs à la biblio-

(i) Àpirc/.paTEÎ?. , aristocratie . |^ouverncnicnt des grands, ou des pcrsonnts les plus considérables d'nn état.

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thèque. La dénonciation était du nommé Duby, commis à la bibliothèque, et consignée dans une lettre de lui au nonnné Chrétien , limonadier, membre de la section dont est la bibliothèque , qui lut cette lettre à la section d'abord , et ensuite à la commune. Duby ne connaissait pas Chrétien; Chrétien ne connaissait pas Duby ; Barthélémy n'avait jamais vu ni l'un ni l'autre; et il est aisé de juger qu'il n'était pas mieux connu d'eux. Dans les temps de trouble, où la défiance paraît de première nécessité, tous les dénonciateurs sont écoutés, et toutes les dénonciations sont reçues. Celle-ci eut son effet , et les prévenus d'accusation furent conduits à la prison des Magdelonettes. On alla chercher Barthélémy chez madame de Choiseul où il était alors. Il fit promptement ses adieux à sa protectrice, qui les reçut avec un attendrissement qu'il partageait, mais qu'il ne lui montrait pas. C'est de là que ce respectable vieillard fut mené au lieu de sa détention, où il trouva son neveu Courçay, (jui avait annoncé à ses camarades l'arrivée prochaine de son ^ncle. La victime ne tarda pas , et s'offrit en sacrifice avec la sérénité peinte sur le visage. Son ame, aussi élevée que simple et modeste, jouissait du calme que donne la conscience d'une vie sans reproche. Ce n'était pas qu'il pût se cacher le danger de sa situation combinée avec son grand âge et ses infirmités. Il sentait qu'il ne pourrait résister que peu de jours aux inconnuodités d'une prison où

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il manquerait des secours qui lui élaieut nécessaires.. Il le sentait, et il le dit à son neveu; mais il se résignait en paix à sa destinée, sans se troubler par des réflexions, des souvenirs du passé, qui aggravent souvent le malheur des prisonniers. L'époque de son arrestation n'avait pas échappé à l'observation de ceux dont il devenait le camarade. C'était le 2 septembre , l'anniversaire trop mémorable d'une journée que nos neveux effaceront , s'ils le peuvent , des fastes de la France. Ce triste souvenir semblait être un mauvais augure du sort de Barthélémy; mais aucun des prisonniers n'eut l'indiscrétion de le lui rappeler.

Us vinrent tous au devant de lui avec empressement à la porte de la prison , et l'accueillirent avec les témoignages d'une vénération profonde et d'un attendrissement sincère. Son entrée dans la maison de deuil et de larmes avait l'air d'un triomphe. Le concierge, nommé Vaubertrand, et dont il est juste de conserver le nom, eut pour lui des attentions touchantes, et lui marqua tous les égards qu'il pouvait lui marquer. On le plaça dans une petite chambre avec son neveu, qui lui prodigua les soins les plus tendres , et ce fut là qu'il reçut dans la soirée la visite de madame de Choiseul. Cette femme si délicate , dont une extrême sensibilité use les ressorts , mais à qui l'amitié fait toujours trouver des forces, n'avait pas perdu un moment pour éclairer la religion du gouvernement sur l'erreur

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