‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy (volume 2)Chapitre 9 sur 115 · XXX ELOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXX ELOGE HISTORIQUE

cie (II) ; aucun ne s'est trouvé complet, et tous ont des différences plus ou moins sensibles. Cependant il ne perdit jamais l'espoir d'arriver à son but , en déchiffrant de nouvelles inscriptions , qui ne se trouvaient pas, comme celle de Malthe, accompagnées de versions littérales et correspondantes. Quoique la tentative eût été déjà faite ^ , il n'y avait pas moins un peu de hardiesse à la renouveler, sur-tout pour un homme qui ne veut ni se faire illusion , ni en imposer aux autres. Barthélémy fit pourtant cette tentative sur le monument de Carpentras , bas-relief égyptien , au bas duquel on voit quatre lignes d'écriture. L'explication qu'il donne au bas-relief est très-vraisemblable, et on ne peut qu'admirer ses efforts pour deviner le sens des mots qu'il suppose phéniciens^. Mais ne pouvaiton pas les rapporter à la langue égyptienne, qui, selon lui , avait beaucoup d'affinité avec celle de Phénicie , peu différente de l'ancien syriaque ? S'élevant dans la suite à des idées générales , il considéra les rapports que ces mêmes langues , et celle qu'on parlait le plus anciennement en Grèce, avaient entre elles, et ne craignit pas d'en conclure que toutes avaient une source commune: «et cette source, dit -il, pré- « sentée sous une autre image , est comme une grande

(i) Par le doctexu' vSwinton, Inscript. Citiœ , 1750.

(2) Cette inscription présente des formes de lettres qui ne se trouvent pas sur les autres monuments phéniciens. Elle n'est pas, comme celle de Malthe, accompagnée d'une inscription grecque correspondante, .le crois avoir bien interprété les trois premières lignes. Les cinq mots de la dernière sont au-dessus de ma portée. ( ISote manuscrite de Barthélémy . )

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« machine dont les parties détachées sont éparses parmi « les différents peuples d'Asie, d'Afrique et d'Europe; « et comme avec le temps elles s'y sont usées , il sera ce quelquefois impossible de les reconnaître et de les «réunir à leur tout^» On ne peut faire qu'un reproche à Barthélémy, dans ce dernier mémoire ; c'est d'y paraître trop prévenu en faveur du système bien moins vrai qu'ingénieux de son ami , le savant Deguignes, sur l'origine égyptienne des Chinois. Quand il fallait juger les opinions d'autrui , Barthélémy consultait trop son cœur, et quelquefois même elles lui inspiraient une sorte d'enthousiasme qu'il n'avait pas pour les siennes , et dont le temps et la réflexion ne le guérissaient pas sans effort. L'envie seule jpeul refuser de l'absoudre , elle ne pardonne qu'à la satiie.

En exposant les idées dont je viens de parler, Barthélémy réclamait pour elles de l'indulgence. Mais l'amour-propre n'accorde rien ou revendique tout ; et celui des savants n'est pas ordinairement le plus traitable. Si cette vérité avait besoin de preuves, on en trouverait une assez remarquable dans les procédés qu'il éprouva de la part du docteur Swinton, membre de la Société royale de Londres. Ce savant, après ayoir profité des premiers travaux de l'académicien français^, s'attribua ses découvertes, et le critiqua sans nul ménagement. Il prétendit avoir pour lui l'antériorité de date, au mépris des témoignages les moins douteux,

(i) Académie des Inscriptions, t. XXXII, p. 233. (i) Dans l'ouvrage qui a pour titre : De Num. quib. Samar. et Phen. litt., 1750.

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et sans s'embarrasser de l'usage que suivait l'académie des Belles-Lettres dans la publication de ses mémoires. Il accusa son rival de prendre le change sur la valeur de plusieurs lettres hébraïques, comme si leur affinité n'exposait pas quelquefois l'homme le plus habile à une pareille méprise, sur-tout dans la lecture des inscriptions, dont les copies manquent sans cesse de plus ou moins d'exactitude. Barthélémy répondit à toutes ces chicanes^ avec beaucoup de raison, de patience et de politesse ; et dans cette trop longue dispute , qui dura dix ans, il ne se départit jamais de cette modération , seule capable de lui concilier tous les suffrages. Aussi le docteur Matv, compatriote et confrère de son adversaire, ne craignait- il pas de lui écrire: «Je sais « bien, après la lecture des pièces, que j'aimerais mieux « me tromper avec vous qu'avoir raison avec lui ( III j.» L'attrait que Barthélémy avait pour ces discussions ne l'empêcha cependant point de s'occuper toujours de l'étude des médailles. 11 commença un traité élémentaire sur ce «sujet, dont il n'a laissé (}ue quatre chapitres*, écrits avec autant de clarté que d'agrément. Ce fragment, digne à-la-fois d'un excellent lit terateur et d'un véritable philosophe, nous fait vivement regretter que tout l'ouvrage n'ait pas été achevé. Sans doute il ne l'abandonna que pour se livrer enlièrement à la composition de son J^oyage du jeune

(i) Voyez sa leUie au niarquis Olivieri. etc.; deux lettres adressées aux auteurs du Journal des Savants, aoiit 1760, et novembre i7')'>, etc.

1,2 OKuvre.s diverses, tom. II.

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Anaclinrsis ^ et à ("elle des mémoires particuliers qu'il lisait à l'fVcadémie. Un des plus remarquai)les est celui où, réfutant les opinions de Pétau , d'Usserius et de Longuerue, sur l'ère des Parthes, qu'ils plaçaient trop haut, il la fixe irrévocablement, par une médaille de Vologèse 111, au 1 1 octobre de l'année 3ir avant Jésus-Christ, concourant avec celle des Chaldéens. C'était le sentiment du P. Hardouin ; mais ce savant jésuite était si décrié par ses étranges et nombreux paradoxes, que Fréret, en l'adoptant, avait montré quelque courage. Néanmoins cette dernière opinion n'était encore qu'une simple conjecture; et à Barthélémy seul appartient l'avantage d'en avoir démontré la vérité. Dans un autre mémoire relatif aux médailles frappées en Egypte, la huitième année du règne d'Antonin-le- Pieux , il prouve qu'on a exprimé quelquefois sur ces sortesde monuments le culte rendu auxastres, considérés comme les dispensateurs des biens et des maux. 11 ajoute qu'on ne peut pourtant en conclure que toutes les figures de la sphère céleste, retracées sur les médailles, doivent être prises pour des planètes ou des constellations. •

Les mémoires que Barthélémy lut, pendant quarante-cinq ans d'assiduité, aux séances de l'Académie, présentent tous des recherches neuves et précieuses, des vues utiles ou des aperçus pleins de finesse et de sagacité, quelquefois des découvertes heureuses. On n'y trouve ni charlatanisme, ni discussions oiseuses; jamais des assertions trop prononcées, des décisions trop tranchantes n'y indisposent le lecteur. Au contraire, souvent les opinions les mieux fondées ou les 1 c

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