‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 10 sur 85 · C II K Z 1. 1- S A N C I K N S · texte numérisé non relu

C II K Z 1. 1- S A N C I K N S

Eiilin, les Étolieiis , suivant Polybe (i), assiégeaient une ville; ils étaient sur le point de la prendre, et il était temps de nommer un autre stratège (c'est le nom qu'ils donnaient à celui qui, clicC de la république, commaridait en cette qualité les armées). I.e stratège, qui était encore en place, représenta qu'ayant supporté les travaux du siège et encouru les dangers, la justice exigeait qu'après la prise de la ville, il eut la disposition du butin ^ et il inscrivit son nom sur les dé])ouilles que l'on consacrait. A la suite de quelques contestations suscitées par celui qui devait lui succéder, les états ordonnèrent que l'ancien stratège partagerait avec le nouveau l'avantage de disposer du butin et d'inscrire son nom sur les dépouilles (2). Elles appartenaient donc au général cliez les Étoliens.

Je n'ai rapporté que des faits , parce qu'il n'est question cpie d'un usage; j'en ai supprimé un trèsgrand nombre, parce qu'ils étaient inutiles; j'en ai peut-être omis d'intéressants, mais je ne les ai pas connus , et je n'ai pas eu assez de temps et de livres pour m'en procurer la connaissance. Je doute néanmoins qu'ils fussent assez décisifs pour détruire le résultat des faits que j'ai recueillis. Voici ce résultat, du moins tel que je le conçois.

i"". Dans les temps héroïques où la plupart des guerres avaient pour objet non des acquisitions à

(i) Lib. II, pa},'. 91. Edit. Casaul).

(t.) Le texte poile: -niv o':/covcii.îav twv ).açûfiwv , ce qui sigiiiKo l'économie, l'administration , la disposition des prises.

4o DU BUTIN

faire, mais des insultes à venger; où les soldats, n'ayant point de paie réglée, ne pouvaient subsister que par les prises faites sur l'ennemi; où la plupart même ne se confédéraient avec leurs généraux que dans l'espoir de se ménager pour le reste de leur vie des ressources contre le besoin, le général de l'armée.présidait au partage du butin; il en distribuait une partie à l'armée, en réservait une autre pour lui, et une troisième pour exciter l'émulation entre les officiers et peut-être entre les soldats. C'est ce qu'on a vu par les passages d'Homère cités plus haut.

1^. Quand les troupes furent soudoyées, l'état dut naturellement avoir des prétentions sur la partie du butin qu'on destinait auparavant à l'armée. Aussi lui remit-on souvent les sommes qui provenaient des prises faites sur l'ennemi. C'est ce qui paraît par les exemples de Cimon, de Timothée et de Lysander.

3''. Ce droit, si toutefois on peut lui donner ce nom, ne fut pas établi par une loi. Voilà ce qu'on peut présumer du silence des législateurs et des orateurs grecs. Il ne fut jamais assez général pour que, dans certaines occasions, les chefs de l'armée n'eussent pas la liberté de distribuer ou de laisser le butin aux troupes. C'est ce qui se pratiqua, en effet, après la bataille de Platée, après la victoire de Myronides, dans presque toutes les campagnes que firent les généraux d'Athènes et de Lacédémone vers le temps de la guerre du Péloponèse. 11 ne fut jamais exercé avec rigueur, puisque nous

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ne coTiiinissoiis aucune accusation intentée contre le général qui en aurait négligé l'observation, puisque Agésilas, dont la conduite parut toujours irréprochable (i), procurait à ses amis les moyens d'enlever à l'ennemi des richesses qu'il aurait pu réserver pour les besoins de l'état.

4'*. Le général avait une part dans le bulin; on le voit par l'exemple de Démosthène. Cette portion était, par l'usage, fixée au tiers de la somme totale, du moins à Lacédémone ; on le voit par Cléomène. Il pouvait de j)lus recevoir des présents de la part de ceux qui mendiaient sa protection, ou qui voulaient lui témoigner de la reconnaissance; c'est ce qui paraît par le discours de Cimon, et par la conduite désintéressée deTimothée.

Ainsi, des trois parts que l'on faisait du butin dans les siècles les plus reculés, la première fut toujours assignée au général ; la seconde revint quelquefois à l'état, resta quelquefois à l'armée; la troisième, destinée à récompenser la valeur, fut qiielquefois laissée à la disposition des généraux comme à Platée; d'autres fois l'état lui substitua des couronnes, des statues, des inscriptions, des éloges publics, etc.

Ce résultat est conforme à l'idée que vous vous étiez faite de la pratique usitée parmi les anciens. On le trouvera, suivant les apparences, dans la discussion des faits de l'histoire romaine. Je n'ai pas

(i) Xenopli. in Ai;es. cap. lo.

eu le temps de les approfondir, non plus que ceux de l'histoire moderne; mais, à moins que des affaires imprévues ne me détournent, malgré moi, de ces recherches, je vais m'y livrer avec une nouvelle ardeur.

J'ai l'honneur d'être, etc.

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