D'UNE SECONDE LETTRE
DE M. STANLtT A l'aBBÉ BARTHELEMY.
A. la Roche- Esca tpéf , dans l'île de Wight, ce 22 septembre 1773.
JU AN S la lettre pleine cl' érudition, et de la plus saine critique dont vous m'avez honoré, j'ai trouvé assurément plus de traits historiques, et plus de réflexions politiques, que tout autre que vous, monsieur, n'aurait pu rassembler par rapport à un siècle aussi reculé; et la recherche que vous avez eu la bonté de faire me sera infiniment utile, non simplenient parce que je désire, en général, de m'instruire , mais parce qu'elle m'éclaire sur des devoirs que ma situation dans ce pays-ci m'oblige de remplir. Je n'ose presque vous marquer avec combien d'impatience j'attends les deux autres parties que vous me faites espérer, tant je crains d'abuser du loisir que vous avez employé en ma faveur; je sens cependant que ce sera la plus grande grâce que l'on puisse m accorder. Jai bien étudié ce que j'ai reçu
(le votre part; je ne vous y réponds pas en détail, mais j'y trouve beaucoup de nouvelles raisons pour nie confirmer dans mes principes; c'est plutôt une proposition négative que j'ai soutenue dans notre parlement, n'ayant pu convenir de la généralité de cette assertion , que toute prise faite sur l'ennefni appartient à l'état : c'est plutôt une question de fait, que de droit naturel ou de droit des gens; car, en la traitant, il faut supposer des sociétés trop formées, et des intérêts trop compliqués pour la considérer sous ce premier point de vue; et le second suppose des matières de discussion entre des nations indépendantes, dont il ne s'agit nullement ici. Je ne trouve guère de règle universelle dans la pratique qui ne soit établie sur quelque principe il'une égale étendue, et il me paraît que tout contrat entre le souverain et une partie des sujets, qui lui assure nommément de certains services de la part de ces derniers, est susceptible de conditions différentes, suivant les conventions faites entre les parties, ou suivant les usages établis. Notre compagnie des Indes a eu , depuis sa fondation, par les Chartres royales, le droit de faire la guerre ou la paix avec les puissances de ces contrées, et par conséquent, à ce que l'on a toujours cru, les droits accessoires qui regardent les prises, les sauve-gardes, le butin, etc., etc. Les généraux qu'elle a employés se sont enrichis par ces acqui- "sitions, et ils prouvent qu'ils ne se sont attribués que ce que les coutumes de ces pays les autorisaient à prendre. Effectivement, la compagnie n'a
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rien répété, et même, en plnsieiirs occasions, a approuvé leur conduite : mais quand leurs actions ont baissé, et quand le parlement a examiné les causes de cette décadence, quelques membres ont voulu exiger la restitution de ces richesses; et ne sachant pas trop bien comment les adjuger à la compagnie, qui ne formait pas de prétentions sur elles, ils ont voulu ériger un titre de propriété appartenant à l'état, sur le principe général dont il a été question , dans l'idée de se servir ensuite de ces sommes pour payer les dettes et faire rehausser les actions. Comme on a été très-mécontent de l'état de Heurs affaires, et que l'opulence est sujette à l'envie, la proposition générale a passé, comme j'ai eu l'honneur de vous mander, malgré quelques doutes que j'ai alors suggérés; mais, quand on en est venu à des a])plications particulières, et en premier lieu à Milord Clive (i), qui avait rendu des services très-distingués, il a su se justifier par des raisons qui ont prévalu, et par des exemjiles pris soit dans les Indes, soit ailleurs. Cependant, comme ces débats, où j'ai pris part, pourraient vraisemblablement se renouveler, il m'est fort important de ne pas perdre l'espèce de supériorité que j'ai obtenue, etc. .....
(i) Ce général réalisa i3o millions tournois à son retour en Angleterre; mais la plus grande partie était le fruit des vexations les plus révoltantes, exercées principalement sur les Indiens du Benuale.