‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 21 sur 85 · V.N ITAT, 1 r. I f · texte numérisé non relu

V.N ITAT, 1 r. I f

semblable à la république de (larthage, où les troupes auxiliaires faisaieut la principale force de l'état. Sans une pareille confédération , il n'était pas possible qu'une si ])etite ville pût soutenir un pareil établissement. I^es académiciens associés envoient, en forme de tribut, ou des dissertations, ou des monuments. Les uns enrichissent son cabinet; les autres, le recueil des mémoires qu'elle a mis au jour. Ce cabinet renferme des manuscrits, des livres imprimés, des médailles, des pierres gravées et des figures de bronze. H y a dans toutes ces classes des choses singulières et précieuses. J'y ai copié l'inscription des fameuses tables eugubines, calquée sur les originaux avec beaucoup de soin. On trouve dans cetfe ville d'autres cabinets d'antiquités, qui s'augmentent journellement par les découvertes

continuelles qui se font aux environs de Cortone.

ci le (iL-rnicr en 1791 , auxquels ont Iravaillé d'abord les plus savants hommes de l'Italie, les deux Venuti, Poleni, Olivieri, Muratori, Fontanini, Mazzochi, Maffei, Lanii , etc., et dans ces derniers temps, Zanobi, Oderico, Lampredi, Fierli, Laparelli, Am^duzzi, Canovai, etc. Les savants étrangers, coopérateurs de ce recueil, sont Biraard-la-Bastie, Bourguet, Michel Founnont et Robert Walpole. Quoique les mémoiies soient fort inférieurs àceux de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres, à laquelle celle de Cortone a survécu, ils ne sont pas moins un monument précieux de littérature. On doit désirer que fous les gens de lettres qui restent en Europe s'empressent à fournir des mémoires à cette dernière société, qui, en les adoptant après un sévère examen, rendra son recueil plus important, et succédera à celle dont les amis des lettres déplorent la perte. Note de l'éditeur.

I l4 VOYAGE

En sortant de cette ville on côtoie les montagnes jusqu'au lac de Péruge, ou le lac de Trasimène , célèbre par la victoire qu'Annibal y remporta sur le consul Flaminius. Polybe l'a décrite en homme de guerre et en historien instruit du local. Il faut avoir sous les yeux la carte de l'Italie par M. Dan»ville. Flaminius était posté à Arezzo. 4nnibal part de Florence, traverse dans sa longueur toute cette belle vallée dont j'ai parlé plus haut : arrivé sur les bords du lac de Trasimène, il prend à gauche, c'est la route ordinaire, et distribue ses troupes sur ces montagnes et collines qui s'étendent depuis Cortone jusqu'à Passignano. Le consul, irrité du ravage qu'Annibal avait fait dans la plaine, le poursuit, double ces montagnes de Cortone qui se prolongent presque jusqu'au lac, et se trouve engagé danâ un terrain étroit et entrecoupé de collines , ayant le lac à sa droite , l'ennemi à sa gauche , en face le poste de Passignano occupé par les Carthaginois. Annibal s'empara aussitôt de la gorge par laquelle les Romains venaient d'entrer (i), et les défit entièrement.

Je ne dirai rien de Péruge , de Spoleto et autres villes qu'on trouve sur cette route, parce que tous les voyageurs en ont parlé. Je me suis borné à l'exa-

(i) Vid. Polyb. lib. III, paragr. 83, 84 , 85, pag. ^71, 372 et 373, tom. I, edit. Ernesti. Il faut également consulter sur ce passage d'Annibal une bonne dissertation du chevalier Guazzesi, imprimée en i75i , dans le tome VI des Mémoires de t Académie de Corlone.

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meu des cabinets que différents particuliers y ont rassemblés. L'antiquité n'est qu'une étude de rapports : plus on voit de monuments , plus on est en état de les éclaircir les uns par les autres. J'ai acquis peu de médailles dans ce voyage; mais j'ai acquis des lumières qui seront peut-être utiles au cabinet du roi et à mes successeurs. Elles roulent sur des médailles sans inscriptions que l'on croyaient frappées en Afrique, et qui, se trouvant communément dans ces cantons, paraissent avoir servi au commerce des peuples qui y habitaient. Elles roulent encore sur des monuments étrusques ou toscans, dont on n'a formé jusqu'ici aucune collection dans le cabinet du roi. Cette branche d'érudition, négligée en France, n'est cultivée avec succès en Italie que depuis une trentaine d'anné^^; auparavant on n'était pas en état de lire les inscriptions étrusques : on s'est aperçu depuis qu'elles ressemblaient aux anciennes lettres des Grecs et des Romains, et qu'ainsi les Toscans les avaient reçues des premiers et les avaient transmises aux seconds. Leur langue n'est pas encore éclaircife : on y distingué.néanmoins quantité de mots de la langue latine avant qu'elle fiit polie, et l'on présume avec raison que c'était la langue des habitants originaires du pays , enrichie par les Grecs , qui y avaient établi des colonies. Les monuments étrusques dispersés dans les villes de Toscane sont presque la seule histoire que nous ayons d'un peuple très-ancien , très-éclairé , et qui parait tenir aux Grecs , aux Égyptiens et aux Romains. Disciples des deux pre-

miers, ils furent les maîtres des derniers, en fait de religion et des sciences qui polissent une nation. Les principaux traits de la guerre de Troie et de celle de Thèbes sont tracés sur une infinité de ces monuments. J'ai acquis un beau médaillon d'argent avec la tète d'Alexandre-le-Grand et une légende étrusque [ij. Les Toscans, ainsi que les Egyptiens, terminaient leurs figures en gaine, et ornaient leurs tombeaux de pyramides. C'est ce peuple de qui les Romains empruntèrent les jeux du cirque, les combats de gladiateurs, la manière de combattre, et la plupart de leurs cérémonies religieuses: c'est lui qui construisit à Pvome le temple de Jupiter Tarpeïen, et vraisemblablement aussi cet égout admirable qui subsiste encore, et qui seî;vait à l'écoulement des eaux depuis le Forum Fioinanum jusquanTihre : les grands quartiers de pierre dont il est revêtu rappellent l'idée des anciens murs de Cortone, de Volterre, de Fiesola et d'autres villes de Toscane. Ces Etrusques recherchèrent d'abord la solidité, qui, jointe à la régularité, fofme toujours le grand. Dans la suite, soit à force de réflexions, soit par des idées reçues de la Grèce, ils mirent plus d'élégance et de pureté de dessin dans leurs ouvrages. On peut s'en convaincre par l'examen suivi de leurs monuments,

(i) .Barthélémy a fait mention de cette médaille très-singulière, et sxir laquelle il est permis d'avoir quelques doutes, dans son Mémoire sur les anciens monuments de Rome. Acad. de^ Inscript,, tome XXYTII , page 597. Note de l'éditeur.

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et il en résulte que la Toscane fut le berceau des arts dans les deux grandes époques de leur forma tion et de leur renaissance en Europe, je veux dire du temps de la république romaine et sous les Médicis.

Hemarques sur le Panthéon.

M. Baldani, chanoine du Panthéon, m'a assuré qu'en pavant cette église, on s'était aperçu que tout autour des murs il y avait un massif qui avait plus de douze palmes de saillie en dedans, et qui laissait dans le milieu im espace circulaire rempli de terre. Le massif qui servait d^ base ou de fondement à tout l'édifice, est composé de ciment et de petits morceaux de pierre ou de brique ; ce qui fait un corps très-dur et très-solide. En racommodant la voûte, on vient de s'apercevoir que le maçonnage n'allait que jusqu'à la corniche, et qu'elle était composée de matoni, de tufo, et de l'écume de la lave du Vésuve ; ce qui rend cette voûte très-légère. Elle était en dedans ornée de caissons, et les bandes qui séparent les caissons, de même que l'espace compris entre ces mêmes caissons et l'ouverture, recouverts d'une composition arrêtée par des feuilles de plomb attachées par des clous de bronze, comme tous les orne-

ments de la voûte. Cette enveloppe intérieure étant tombée par morceaux, on a pris le parti de l'ôter, et Ton a fait en conséquence cette belle machine qui marche sur la corniche : c'est par là qu'on s'est aperçu que la coupole n'était pas parfaitement ronde , et qu'en certains endroit^ la différence allait jusqu'à une palme et demie.

Il y avait autrefois deux urnes de porphyre, l'une (jui est à présent à Saint -Jean de Latran, et contient le corps de Clément XII ; l'autre , à demi brisée , avait été vendue, depuis long-temps, à un particulier. L'abbé Baldani a trouvé cette anecdote dans les archives de son chapitre.

En continuant de travailler à la coupole du Panthéon , on a détaché , au mois de février 1707, les marbres qui couvraient les murs de cette espèce dattique : ils étaient attachés par des crampons de bronze, à ce cjue m'a dit le chef des ouvriers , homme intelligent, le même qui a fait cette belle machine dont je viens de parler. En abattant l'appui d'une fenêtre de Tattique , on a trouvé des 7/2ato7u on briques antiques, avec différentes inscriptions (i) , qu'il serait trop long d'expliquer ici , mais qui prouvent que toutes ces briques étaient tirées d'une manufacture, du temps d'Hadrien , et que ses esclaves exploitaient. Il paraît

(i) On n'en rapportera que deux : la premirre est conçue en ces termes : EX FIGLINIS MARCIANIS C. CALP. ET AJST. FAVORIS DOLIARE; et la seconde : DOL. ANTEROTIS. SEVERI. CtESARIS. n.

que cette maïuifacture s';)|)pelait Isiaca, parce qu'elle était voisiue d'uu temple d'isis , peu éloigné (lu Panthéou ; et on aura , dans la restauration de ce dernier édifice , employé ])ar préférence des briques faites dans cette manufacture (i). Quoi (ju'il en soit, il paraît constant que les quatre briques inscrites et trouvées au Panthéon sont ou des dernières années de l'empire de Trajan , ou des premières d'Hadrien, qui rétablit ce bel édifice.

(i) On trouvera des notes instructives sur le Panthéon, les «lillérentes restaurations et les fouilles qui v ont été faites, 1° dans FontaïKi; '?.° dans Nardini, Roma Jntica; 3" dans les Recherches de Flaminio Vnccn, qui sont quel(]iiefois à la lin de l'édition de Nardini; 4° di^ns l'ouvrage de Piranèse le père, et dans celui que le fds a publié depuis. Ce qu'on sait encore, c'est qu'un très-beau fragment de ligure de jeune homme avec; une corbeille sur la tète, espèce de cariatide, fut trouvé dans les fouilles de ce monument, lors de la restauration du parement. On voit ce fragment au palais Farnèse. On trouva encore les débris d'un char de bronze et des pieds de chevaux , qui pouvaient avoir appartenu à un quadrige placé au sonnuet du fronton à l'extérieur. Il paraît également certain i\\w l'on descendait plusieurs marches dans l'intérieur; ce (jui était nécessaire pour donner à cet édifice ime proportion élégante. Les chanfreins ou biseaux qui se voient actuellement au-dessus des filets bas des caissons de la voûte sont dans une inclinaison qui indique également que le point *d*e vue était plus bas originairement, ces chanfreins ne devant point être aperçus du sol antique. [Note communiquée par M. Legrand , archilecte.)

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