‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 22 sur 85 · N" IX · texte numérisé non relu

N" IX

observations sur les Thermes de Titus.

J'allai avec Piranèse aux Thermes de Titus, pour voir les souterrains. Ils sont immenses, en face du Colisée et sous le théâtre des Thermes. Ce sont des salles parallèles fort longues, assez hautes encore, quoique presque toutes comblées : elles se trouvent éclairées par des jours d'en haut , percées d'un côté de chaque salle et répondantes à la cour comprise entre les Thermes proprement dits et la circonférence carrée. Au fond d'une de ces salles est l'endroit où l'on prétend qu'était le Laocoon , dont on voit la niche. Dans cette pièce, ornée de peintures , on voit le tableau de Coriolan. Il a été gravé d'après un dessin d'Annibal Carrache , conservé dans le cabinet du chanoine Victorius , et il forme la première planche du recueil de Pietro Sante-Bartholi. L'original de ce tableau est entièrement effacé. Il représentait quatre figures, Coriolan ,' sa mère Véturie , Volumnia sa femme , et une autre femme, qui toutes" le priaient de faire retirer ses troupes.

Vers le même endroit des Thermes, on va, par une foule d'ouvertures et de pièces, dans un corridor qui servait aux bains inférieurs : il est voûté, décoré de peintures en arabesques, et éclairé par

EHi ITALIE. lui

les mêmes jours qui sont clans les salies. L'enduit où est appliquée la peinture est dur, poli, blanc comme Talbàtre, et inaltérable à l'eau qui en découle sans cesse : la composition s'en trouve , je crois, dans Pline. Il est visible que ces salles, ces corridors, ainsi embellis, éclairés et distribués, ne pouvaient servir qu'à des bains, et que ce qu'on voit dans le jardin supérieur, c'est-à-dire, ces exhèdres, etc. , faisaient le second plan des Thermes de Titus. La même chose était à ceux de Caracalla. Nous y avons vu, avec MM. Moreau et Wailly, des souterrains éclairés par des trous semblables qui débouchaient* dans le jardin ; et le jardinier m'a dit qu'on en avait trouvé un grand nombre.

Je reviens aux Thermes de Titus (i); il en résulte que cette partie de l'Esquilin qui allait aboutir au Colisée de ce côté -là n'était pas autrefois aussi élevée. Piranèse a remarqué aussi que tout autour de ces édifices souterrains sont d'autres ruines qui s'y appuient sans s'y raccorder. Il conjecture que c'est un édifice plus ancien, et peutêtre la maison de INïécène. Effectivement on s'aperçoit d'un autre travail. Les parties anciennes sont composées de V opéra incerta, morceaux de brique, de tiifo et de pierres mêlées ensemble. L'autre n'est que de morceaux de brique, tas'olazza,

Piranèse a une bonne idée sur le Monte -Testaceo. Il dit, d'après Pline, que les vases de terre

(i) Ils ont été découverts sous Léon X, et gravés magnifiquement , sous Pie VI , [)ar les soins de Louis Mirri.

12Si VOYAGE

brisés servaient à faire le lastricum ou ciment. Or, quelle quantité n'en fallait-il pas pour un bâtiment comme celui des Thermes, etc.? Lorsqu'on voulait construire quelques grands édifices, on faisait des amas de ces morceaux : celui-ci avait été fait dans cette intention, qui ne fut pas remplie.

Notes sur quelques monuments de Rome.

Dans le palais Colonne , j'ai examiné avec soin la fameuse apothéose d'Homère, qui a tant exercé quelques savants du dernier siècle. Les cotés de la partie supérieure de ce bas-relief sont détruits; ce qui fait qu'elle semble se terminer en pyramide. Le premier mot n'est pas EYMEAIA; la première lettre peut être effacée. Ce n'est pas la seule observation qu'on pourrait faire sur les mots qui désignent les figures. Le travail en est très -bon; et je ne doute point que ce que les petits rats rongent ne soit un rouleau. La Muse placée sous Homère tient évidemment une Ivre i i \.

(i) Après avoir parlé d'autres bas-reliefs, run l'eprésentaut les travaux d'Hercule, celui sur la guerre de Troye, et un troisième dont le sujet est tiré du dixième livre de XOdyssée, tous conservés à Rome, Barthélémy conjecture qu'ils étaient destinés par les rhéteurs grecs, chargés de l'éducation, à remettre sous les yeux les principaux traits de la mythologie. Acnâ. des Jnsrr., tomeXXVlII, pag. 5f)G. Note de l'cdite.ur.

EN ITALIK. l-i'S

Au Capitole, dans le palais des Conservateurs, l'Esclave qui se tire une épine du pied est la plus belle (les figures de ce genre, quoique j'en trouve le travail un peu sec. On voit également dans ce palais la statue d'Hercule dorée, tenant la massue. Elle est à côté des prétendues statues de Cicéron et de Virgile. On a enchâssé dans le mur d'une des salles les fameux restes des fastes capitolins.

Dans la chambre des Philosophes au Capitole, on voit sur un bas-relief une femme qui tient une lyre à sept cordes. Elle est très-bien drapée et appuyée sur un autel. Vis-à-vis s'offre une femme presque toute nue, tenant de la main gauche l'archet. Sur l'autel est la figure d'un dieu, ayant de la main droite une haste, de l'autre une pâture, sur la tète une écrevisse et un diadème. Ce sujet me paraît être un hymne chanté en l'honneur de ce dieuâjiar une de ces femmes, qui, peu contente des sons qu'elle tirait de son instrument, prie l'autre d'eu tirer de plus expressifs. Ce bas-relief, qui est très - beau , renferme une idée poétique , dans le goût de Eion et de Moschus. Je le crois fait en Sicile, et je ne doute pas que la figure ne soit celle d'Apollon. D'ailleurs, rien de si touchant que la figure qui s'appuie sur le bras de ce même Apollon.

Au Relveder, on admire la statue d'Apollon. Le bras gauche, depuis le coude, est moderne, mais quatre des doigts sont antiques; les jambes, qui étaient brisées, ont été bien remises; la main droite est moderne. On voit sur le côté de la cuisse

gauclie un reste de tenon. Quelques parties de la draperie sont encore modernes; ainsi que les bouts des gros doigts des pieds. Il n'y a point de prunelles (i ). Sur la tète du serpent on aperçoit quelque chose de semblable au scarabée; serait-ce le symbole de l'ouvrier?

Le Laocoon n'a également point de prunelles, mais il est plus maltraité que l'Apollon. L'enfant de la droite est du même bloc, tandis que celui de la gauche n'y pourrait tenir sans les serpents. Or, la partie du serpent inférieur, qui enveloppe l'enfant et qui vient aboutir à un autre pli , autour de la cuisse du Laocoon, ne se raccorde pas avec ce même pli, composé de plusieurs morceaux ajoutés; la liaison n'est pas indiquée, c'est un bout de serpent coupé qui venait s'appuyer par-derrière sur la partie du serpent attachée à la cuisse du Laocoon. La partie supérieure qui sert d^ liaison est pleine de cassures et de parties modernes. Les trois figures ont été finies à la masse, et on y voit encore les coups de ciseau. Le bras droit et la .partie du serpent du Laocoon, les doigts de son pied gauche, la tête du serpent qui mord Laocoon, les doigts du pied droit, la main et une partie du bras de l'enfant à gauche , les calottes des deux enfants, leurs bouts de nez, presque la base entière ou siège, excepté la partie antérieure, tout cela est moderne et a été restauré. Il y a sous l'épaule droite du Laocoon une trace sur le marbre

(i) Voyez l'obseiviition t'ii iiutc, paj,'. 109.

EiV ITALIE. 1q5

qui somble désigner l'endroit où le serpent mordait : elle' est plus épaisse qu'elle ne devait l'être pour y appuyer la queue; et, ce qu'il y a de singulier, c'est qu'elle a la même longueur et largeur que la tète où la morsure du serpent est placée de l'autre côté. Cependant il ne paraît pas vraisemblable que les têtes des deux serpents aient été du même côté.

Le 8 octobre i^SG, j'ai vu de près le tableau de la Transfiguration que l'on copiait pour mettre en mosaïque, à Saint -Pierre. Les deux figures*qui sont en haut, à côté du mystère, représentent saint Laurent et saint Jules, et comme ce tableau fut acheté par les Médicis, après la mort de Raphaël, et qu'ils le donnèrent eux-mêmes à l'église où il se trouve à présent, on soupçonne que Laurent et Jules de IMédicis y firent ajouter leurs patrons, ou par Jules Romain, ou par quelqu'un de l'école de Raphaël. Le peintre qui le copiait prétendait trouver de la différence dans les touches.

Dans le palais Rospigliosi, on conserve cinq tableaux du Poussin. Le premier représente les quatre états de la vie, qui dansent au son de la lyre , que le Temps a dans ses mains : un petit en« f;iut auprès de lui tient un sablier ; et lui autre fait des boules de savon, pour désigner que tout cela est frivole. L'on voit un terme de Janus, et au-dessus Apollon dans son char avec les Heures, qui l'accompagnent. Ce tableau est plein de poésie. La figure couronnée de fleurs, représentant, je crois, le Plaisir, m'a paru désagréable pour la tête , qui ressemble à

IlG VOYAGE

celle d'une bacchante. L'autre figure, sur le devant, est fort belle. Le Travail, qui regarde la Pauvreté en se plaignant, me paraît un trait bien heureux. L'idée du tableau me fait de la peiùe , et je n'en puis démêler la raison. Cette Pauvreté et ce Travail qui dansent ne désignent pas trop la vérité; à moins que le Poussin ait voulu dire simplement que ces quatre états roulent et circulent sans cesse.

Le même peintre, dans un second tableau, représente le Temps qui découvre la Vérité. Il est fort* beau, et m'a fait naître une idée. Pourquoi représente-t-on le Temps sous l'image d'un vieillard ? Il n'est pourtant ni enfant ni vieux ; il est toujours jeune, ou plutôt dans un âge parfait. A la vérité, l'image d'un vieillard avec des aîles est plus frappante et fait plus d'effet, c|uoiqu'elle exprime moins la rapidité. Un second tableau du Poussin passe pour représenter la Peste ; je n'en ai pas trop compris la composition. Les deux autres m'ont échappé, ils me reviendront peut-être; mais s'ils ne me reviennent pas, je m'en consolerai.

Le plafond de l'église de Saint-Louis vient d'être achevé par M. Natoire ; et il me paraît fort beau. On y voit Jésus-Christ dans sa gloire ; saint Louis qui est représenté par la Religion , derrière lequel est Charlemagae. Des Vertus soutiennent les nuages qui portent Jésus-Christ et saint Louis. En bas se trouve la France éplorée , auprès d'un autel ; un soldat qui tient un étendard, et dans le lointain le camp attaqué par la peste. Les têtes de femmes sont très-agréables et bien dessinées. On a critiqué

EN JTALli:. 127

la jambe gauche de saint Louis, comme trop longue et estropiée. La figure de Charlemagne me paraît froide et faire un mauvais effet. Il embrasse un gros globe avec son bras droit : sa tête est trop petite pour un gros corps. Je trouve aussi que nonseulement saint Louis paraît malade, mais encore le Sauveur ; d'ailleurs , ces deux figlires se ressemblent. Néanmoins le plai^ond, dans son ensemble, ma fait grand plaisir (i).

N° XL Voyage à Tusculum et à Paleslrine.

Arrivé à Tusculum, le \[\ janvier lySô, j'examinai rampliithéâtre , dont l'enceinte, en pierre et ciment, est encore conservée. Le champ est plein de roseaux, et on aperçoit quelques restes des

(i) On jugera par ce petit nombre d'observ^ations qu'aucun objet n'échappait à Barthélémy dans Rome. Cependant il n'a rien laissé d'une certaine étendue sur cette ville que le mémoire déjà cité, qui se trouve inséré dans le vingt -huitième volume du Recueil de V académie des Belles-Lettres. Tout le reste ne consiste qu'en notes mémoratives , mais sans aucune reflexion ni développement. Il avait copié toutes les inscriptions qu'il avait vues , et cela seul formerait nn bon volume , et quelquesunes sont accompagnées de diverses leçons. De toutes ces nombreuses notes , je n'ai pu employer que celles rapportées dans cet article , et les deux précédents. Note de l'éditeur.

gradins : ils avaient vingt-huit pieds; et le plus grand diamètre de tout Tamphithéâtre est de deux cent quarante. Les murs du coté du vallon étaient soutenus extérieurement par des massifs ou arcs-boutants. De ce coté, on trouve une voûte fort large et assez haute qui passait dans le grand diamètre dont je viens de parler.

A une portée de fusil de cet amphithéâtre sur une petite hauteur, on voit un vaste édifice, nommé dans ce canton, les caves de Cicéron. L'aspect en est très-beau : il s'étend en largeur au-dessus d'une plaine très-fertile, au milieu de laquelle passe le chemin qui conduit à îMonte-Callino, ayant au midi Castel-Gandolfo , à gauche Monte-Cavo {Rocca di Papa), à droite un petit rideau formé par différentes colHnes, sur l'une desquelles est la maison des jésuites, où l'on remarque une mosaïque représentant Rome ou Pallas.

Le bâtiment dont il s'agit présentait dans sa face méridionale plusieurs chambres voûtées en parallèles, dont la longueur parait avoir été de trentedeux pieds, sur quinze et demi de large. Je n'ai pu déterminer la hauteur à cause des décombres. L'ouvrage est de pierres enchâssées dans de grosses couches de ciment : les murs sont revêtus de pierres en losange, et, par intervalle, d'une bande de briques. On y compte dix pièces communiquant toutes avec une longue galerie voûtée d'environ treize pieds de large. Au fond de chaque pièce est une porte cintrée , entourée de grandes briques. ])e cette galerie on communiquait à d'autres pièces

P.N ITALIF. ro<)

vis-à-vis des premières : elles sont pleines de décombres; et quelques-unes, dont la voûte est entière, paraissent n'avoir reçu le jour que par la porte; on n'aperçoit aucune communication entre elles. Derrière est encore une galerie obscure, mais plus basse; enfin , une troisième , qui l'est encore davantage.

A droite de la première galerie sont plusieurs pièces carrées ou oblongues, la plupart privées de hnnière. De -là on entre dans les pièces du coté droit, à la lueur des flambeaux; elles sont petites et enfilées les unes dans les autres. On y descend par des crevasses faites dans les voûtes qui servent de plancher. L'édifice paraît en totalité avoir été de forme carrée; et ce qui en reste, mesuré par en haut, a deux cent quatre-vingts pieds de façade. Il est tourné du coté de Rome , et on y jouit d'une vue admirable. Ce fut là vraisemblablement où Cicéron se livrait tout entier à l'étude de la philosophie, où il composa ses beaux dialogues qui ont immortalisé le nom de Tusculum : c'est encore dans le territoire de cette ville où LucuUus et Mécène, et plusieurs autres illustres Romains, eurent aussi des maisons de campagne; je n'ai pas eu le temps d'en faire une recherche assez exacte pour en parler d'une manière satisfaisante (i).

Dans le mois de juillet de la même année, j'allai voir l'émissaire du lac Albano, qui est à Castel- Gandolfo , presque à l'opposite de Palazzolo , et dont

(i) Voyez Chaupy, Description de la maison de campaj^ne d'Horace, tome II, page aS/J-

l3o VOYAGÏÏ

roiiverture peut être de douze ou quinze pieds. Voici l'idée que je me suis formée de ce canal. Il est soutenu de chaque côté par deux murs qui, à vingt-cinq pieds de profondeur, deviennent plus épais de quatre à cinq; et jusqu'à huit et demi en l'endroit où le roc commence. L'eau entrait dans la montagne par plusieurs rangs de trous, les uns sur les autres, d'environ neuf pieds de diamètre, et creusés dans de grandes pierres. On ne peut savoir si dans l'origine elles étaient liées avec du ciment ; elles le sont actuellement. Plusieurs gros chênes verts ombragent l'entrée du canal sur lequel je ne m'arrêterai pas davantage, Jean-B^Ltiste Piranèse en ayant donné une exacte description i^i). Dans la montagne, sous le château du pape, sont des grottes, dont une a servi autrefois de temple ou de bain. On y a élevé tout autour des murs recouverts de briques et de pierres en losange, ornés de niches qui sont percées de trous carrés; ceuxci paraissent aboutir à la montagne, et je n'ai pu en deviner l'usage. Il y a une voûte très -hardie, faite avec de petites pierres et du ciment. On monte au-dessus par un chemin pratiqué au fond d'une des niches , et on y trouve une pièce sans jour qui est simplement la partie supérieure de la grotte, masquée par la voûte dont je viens de parler.

(i) Anûchita cV Albanoe di Ca.stel Gandolfo, in-4°. Ce savant et habile architectf a piililit-, dt'])ui.s 1750 jusqu'en 1786, neuf ou dix grantls ouvr<fges qu'il faut nécessairement lire pour bien connaître les antiquités de Rome et de ses environs. Note de l'éditeur.

v.y iTALu:. i3t

Le i8, je me mis en marche pour Monte-('avo. On prend par-dessus le Belveder, en côtoyant la villa Brasciano, jusqu'à ce qu'on rencontre le chemin de Monle-Castino. On va vers la Mocara , audessus de l'ancien Tusculum ; on se rend à Rocca di Papa. Le chemin est très-beau et entre des châtaigniers. Rocca di Papa se trouve adossé à une pointe de montagne où était peut-être le temple de Vénus. On traverse ce village par une montée très-escarpée ; et ayant pris sur la droite on arrive dans cet endroit que la tradition dit avoir été le camp de César, et qui paraît être le lieu où s'assemblaient les peuples latins. C'est une plaine de figure circulaire, entourée de montii^iies couvertes de bois, et ouvertes du côté de Tusculum, à l'exception de la pointe de montagne qui couvre Rocca di Papa. Monte-Cavo est à droite. En y montant, on trouve le chemin ancien, pavé de grandes pierres, et qui est bien conservé, et conduit jusqu'à la cîme. Là, s'offre une plaine assez grande, au bas de laquelle sont les deux lacs de Nemi et d'Albano, formant le plus bel aspect du monde. Tous deux ont la forme d'entonnoir. Celui de Nemi est plus régulier dans sa rondeur; leur position ressemble à une lunette, et l'isthme qui les sépare paraît d'en haut n'avoir qu'un mille. Cette plaine, qui est à peu près de forme carrée, a du levant au couchant environ cent dix pas, et du nord au n)idi quatre-vingt-dix. Elle pourrait avoir été autrefois plus grande et circulaire ; car autour règne un terrain mobile, avec des débris, et terminé, à une

1 3*2 VOYAGF.

distance de vingt pas au moins, paT une haie d'arbrisseaux disposée en cercle. Je n'ai vu en cet endroit aucun mur; on y a tellement remué des terres qu'il est impossible de rien découvrir du temple de Vénus.

Le 20 juillet, j'arrivai, av€c le baron de Gleiclien, à Palestrine, et nous aperçûmes le reste de la voie ancienne qui conduisait à Pra^neste : elle a en certains endroits douze pieds huit pouces de large, en d'autres douze pieds, huit pouces, et dix pieds onze pouces. Palestrine , l'ancienne Prœneste , est célèbre par la mosaïque qui couvrait autrefois le sanctuaire d'un temple à Pra^neste. On la voit aujourd'hui dan^ le palais des princes Barberin, à Palestrine. Sa longueur est d'environ dix-huit pieds, sa largeur de quatorze pieds quelques pouces. Elle représente, dans sa partie supérieure, un pays de montagnes rempli de chasseurs et d'animaux, qui ne laisse aucun lieu de douter que la scène ne soit en Egypte. Les noms de ces animaux sont tracés en caractères grecs. Je les ai vérifiés avec d'autant plus de soin , que dans les gravures quelques-uns ne répondent pas aux animaux qu'ils désignent, que d'autres ont été omis, et que plusieurs ont été entièrement altérés. Dans la partie inférieure de la mosaïque on voit le Nil serpentant autour de plusieurs petites îles, des bateaux à rames ou à voiles, des Égyptiens poursuivant des crocodiles qui se cachent dans les roseaux, des cabanes rustiques, des édifices superbes, des prêtres s'occiipant de cérémonies religieuses dan* leurs tem-

EN ITALIE. l'y]

pics, (les Égy{3tiennes couchées au bord d'uu canal, sous un berceau , en tenant des coupes ou des instruments de musique; enfin, une tente superbe, auprès de laquelle un général, suivi de plusieurs soldats armés de lances et de boucliers, s'avance vers une femme qui, tenant une palme de la main gauche, lui présente de la droite une espèce de guirlande. J'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention chaque signe ; mais je n'en donnerai point ici l'explication, parce que je compte en faire l'objet particulier d'un mémoire (i) pour l'académie. Je ferai seulement une observation sur ce que le père

(i) Ce mémoire, imprinu- dans le trentième volume du Recueil de l'académie, pag. 5o3 , est divisé en deux parties. Dans la première, Barthélémy examine quel est l'objet du monument; dans la seconde, il en explique les détails. D'abord il rapporte cet endioit où Pline dit : ■( Les pavés qu'on nomme « lithostrota furent en usage à Rome sous Sylla, et l'on voit « encore à Prseneste celui qu'il fit construire dans te temple de '■ la Fortune. « Liv. XXX"\'I, chap. 25. Et il fait voir qu'on ne peut s'en servir pour expliquer la mosaïque de Palestrine. Il y en avait plusieurs dans cette ville : à quel signe distiiîguera-t-on celle dont parle Pline? Il serait nécessaire de prouver qu'elle était dans le même temple de la Fortune que celui où elle a été trouvée. Il faut donc rejeter toutes les conséquences qu'on a tirées du passage de Pline, Barthélémy, qui cherche dans la mosaïque même les lumières propres à l'éclairer, y reconnaît Hadrien. L'habillement des soldats est un habit romain ; une galère qu'on y voit, est figurée comme sur des médailles d'Hadrien ; on y reconnaît l'aigle de l'empire. En conséquence de ces traits , et de quelques autres qui caractérisent un sujet roinain, Barthélémy fait voir qu'il n'est point de prince à (pii Icn

l34 VOYAGE

Yiilpi dit, clans son Latium Antiq. tom. IX, p. 1 14, cluii phare qu'il suppose avoir été au temple de

détails de la mosaïque conviengent mieux qu'à l'empereur Hadrien.

Ce prince passa en Egypte dans la quinzième année de son règne, y fit un séjour assez long, la parcourut presque tout entière, et pénétra jusqu'à Thèbes, accompagné de l'impératrice Sabine. Il rapporta avec lui le goût des monuments qu'il avait admirés; sa maison de Tivoli fut embellie de statues égyptiennes, et son voyage fut rappelé dans la mosaïque de Palestrine ; en effet, on y aperçoit sa figure à la tète de plusieurs soldats. Il tient dans sa main un vase, et trois autres vases sont posés sur une espèce de buffet. Or, ce prince, écrivant d'Egypte à son beaufrère Servien, lui dit : « Je vous envoie des vases à boire, que « le prêtre d'un temple est venu m'offrir. » Ces vases , appelés rhyton, étaient fort en usage dans l'Egypte. Ce trait seul est un fort préjugé pour le sentiment de Barthélémy. On en trouve d'autres dans la suite du mémoire , qui servent à le confirmer davantage. Auprès de la tente, on voit un chien dont le cou est orné d'un collier; on sait qu'Hadrien aimait ces animaux au point de leur élever des tombeaux.

Les savants ne sont pas d'accord sur le temple où la mosaiique a été trouvée : les uns pensent que ce temple était celui de la Fortune, d'autres, un asyle où l'empereur Antonin faisait élever un certain nombre de jeunes filles. Barthélémy croit avec l'abbé Dubos, que c'était un temple de Sérapis, où étaient encore les figures d'Isis , d'Anubis, d'Harpocrate , etc. Une inscription trouvée à Palestrine, sert à établir ce sentiment. Ce temple, où était la mosaïque, avait été bâti, suivant l'inscription , par C. A alerlus Hermaïscus ; et une autre inscri])tion en fixe l'époque sous le consulat de Barbarus et de Regulus, l'an de Jésus-Christ i57 , dix-neuf ans après la mort d'Hadrien. On voit par là que l'objet de la mosaïque qui représente l'Egypte, àvait un rapport direct avec l'édifice qu'elle décore; c'est ce qui

Page 1