‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 32 sur 85 · SI R CES PEINTURES · texte numérisé non relu

SI R CES PEINTURES

Premier fragment { i ).

Je commence par la bande carrée qui contient six figures. I^es trois qui sont à droite paraissent

(i) Quelques recherches que j'aie faites pour retrouver le dessin qui accompagnait ce mémoire, elles ont toutes été jusqu'aujourd'hui très-infructueuses. Peut-être Barthélémy renvoya le dessin de ces peintures à M. Bertin, qui le lui avait communiqué, et n'eu garda par discrétion aucune copie : cela est même fondé sur une lettie qui se trouve dans les papiers de

être (les Indiens occupés à la récolte du mais. Le premier est sur le point d'arracher une tige de cette plante; le second en tient deux épis dans sa main. Ils ont sur le dos des espèces tle crochets pour emporter la moisson , et qui sont arrêtés sur la poitrine par des liens auxquels un de ces moissoniieiu^s a pris soin d'attacher deux épis de maïs. L'ignorance du peintre ne lui a pas permis de distinguer ces crochets, mais on en trouve de semblables dessinés dans la trente-cinquième planche de Thévenot à la lettre G.

Le troisième moissonneur a quitté son travail pour être témoin d'un combat qui s'est engagé entre deux guerriers. Le premier tient de sa main droite une massue élevée, et de la gauche un bouclier auquel sont suspendues quantité de plumes jaunes : sa tète est .ornée d'un grand panache de plumes, et son corps revêtu d'une cotte d'armes de même couleur que le bouclier.

Barthélémy. J'avais d'abord eu le projet de retrancher cette expHcation ; mais il se peut que le dessin soit découvert lui jour, peut-être même qu'il v en a quckjue copie à Rouie, soit au Vatican, soit dans le musée de Yelletri; pour-lors, il serait facile de l'adapter aux i^ées de Barthélémy et d'en vérifier la justesse. Ces raisons, jointes à la x'épugnance de mutiler ses écrits , m'ont déterminé à conserver en entier celui-ci, qui , d'ailleurs, est de l'an 1771. Du reste, en jetant les veux sur les peintures historiques en usage chez les anciens Mexicains, et que plusieurs auteurs ont rapportées, il n'est pas de toute impossibilité de se représenter à peu près le monument que Barthéleniv décrit ici avec beaucoup de clarté. Noie de Vcdlteui .

] 56 U E s P E 1 N T Ll R E s

Cet liabillemeiit prouve que le guerrier dont il s'agit était un officier de distinction (i). En effet, les historiens espagnols prétendent queMontezunia avait institué , pour ceux qui se signalaient dans les combats , des espèces d'ordres militaires , dont le premier avait , entre autres privilèges, celui d'être armé de pied en cap en temps de guerre , tandis que les autres guerriers ne pouvaient l'être que jusqu'à la ceinture. L'empereur distribuait lui-même à ses officiers les cottes d'armes et les boucliers ; et de là vient que quantité de bourgades étaient obligées de lui en fournir tous les six mois ou tous les ans un nombre prodigieux, toutes enrichies de plumes de différentes couleurs (2). Ces plumes étaient appliquées sur des casaques de peaux impénétrables , ou de coton , assez bien piquées pour résister aux flèches (3).

Le guerrier tracé dans la peinture porte sur sa poitrine un haussecol, singularité dont je n'ai point vu d'exemple sur les autres monuments des Mexicains. Les historiens qui ont parlé des ordres militaires établis par Montezuma, disent encore que trois de ces ordres avaient été institués sous les titres des ordres de l'aigie, du tigre et du lion, et que les chevaliers suspendaient à leyr cou la figure

(i) Voyez Acosta, Gomara, et les autres. (2) Voyez Thévenot, planches i3, 14, et i5. y'i) Voyage de Gage, première partie , chapitre 19. Solix, Contj. du Mex. , liv. III.

MEXICAIN ES. iSy

tle l'un de ces animaux. Aurait-elle été représentée sur cette espèce de haussecol?

Je dois ajouter que, dans le champ du bouclier, on traçait pour l'ordinaire des symboles qui désignaient ou le grade de l'officier, ou la bourgade qui l'avait offert en tribut. Ici le bouclier présente quatre croissants et un cordon de petites plumes jaunes qui sépare le premier des trois autres. On trouvera dans Thévenot, planche XV, la représentation fidèle de ce bouclier, ainsi que de la cotte d'armes, et les noms des vingt-trois bourgades qui, de six en six mois, étaient obligées d'en fournir soixante à l'empereur du Mexique.

L'autre combattant est d'un ordre inférieur: il a les cheveux liés sur la léte ; son corps n'est couvert jusqu'à la ceinture que d'une casaque sans ornements. Il tient d'une main son bouclier, et de l'autre sa lance. Un troisième guerrier, du même état que le second, est étendu mort au-dessus des autres. 11 avait combattu avec la massue et le bouclier.

Dans le champ de bataille, entre les deux combattants, sont disposés perpendiculairement quatre symboles , dont le premier est surmonté de ce signe 'P, qui désigne le nombre de vingt: pour connaître ce qu'il représente, il faut jeter les yeux sur la planche XXXI V de Thévenot; on y verra à la lettre F une espèce de ballot ovale, sur lequel une turquoise était peinte de la même manière qu'elle est sur le monument que j'examine. Ainsi, ce premier symbole doit exprimer une redevance de vingt turquoises; car il faut observer qu'il dé-

1 58 DES PEINT U ri: s

sienne une turquoise. Plusieurs l)ourga(les étaient obligées de payer tous les ans à Tempereur une quantité de ces pierres plus ou moins fines. Le second symbole est un bras, auquel paraît attaché un reste de vêtement. J'ignore ce que représente le troisième. On reconnaît aisément dans le quatrième un bouclier traversé d'un dard.

La composition totale pourrait signifier qu'une nation ayant refusé de payer le tribut désigné par le premier et le troisième symbole , l'empereur avait fait marcher des troupes contre elle ; que quelques guerriers de cette nation avaient été tués ; que d'autres avaient perdu leurs boucliers , et que le combat s'était donné dans le temps qu'on faisait la récolte du mais.

Je n'ai pas parlé des inscriptions tracées au-dessus des figures par quelque Espagnol. Elles sont trèsdifficiles à lire, et je ne conçois pas qu'elles puissent désigner autre chose que des noms propres trèsinutiles à connaître.

Second fragmen t.

Les trois figures qui fixent d'abord l'attention paraissent être trois officiers principaux , ils sont revêtus de leurs cottes d'armes et chargés de plumes et de rubans.

Le premier tient une lance et deux dards; ce qui le caractérise est une espèce de plaque carrée qu'il porte au-dessus de la tête, et dans laquelle est peint un demi-cercle d'où s'échappent plusieurs

MF. XIC.V lîf ES. l5()

rayons de différentes couleurs, dont quelques-uns se terminent en petites boules. C'était le symbole ou l'enseigne de sa bourgade; car chacune de ces bourgades avait des armes particulières (i). Il parait que leurs chefs s'en paraient eux-mêmes lorsqu'ils marchaient à l'ennemi [ij , ou du moins que les peintres les en décoraient pour pouvoir les désigner.

Le second guerrier porte au-dessus de sa tète un cimier d'une hauteur démesurée. C'est peut-être l'enseigne de sa bourgade, ou l'attribut de sou grade. Ou en trouvera d'à peu près semblables dans les planches X\ et XLIII de Thévenot, et surtout dans la planche LIX, aux lettres R, S, T, V. Le second guerrier en porte sur ses épaules un quatrième, qui, .suivant les apparences, a été blessé tlans le combat. La figure du troisième guerrier est presque toute détruite; il avait sur la tète \in cimier plus élevé que les autres. Ils ont tous quatre, aux oreilles et aux bras, de ces turquoises dont on payait un tribut à l'empereur et qu'il distribuait à ceux de ses officiers dont il voulait honorer la valeur. Ils ont de plus des rubans rouges autour de la tète, du cou et des bras, ainsi qu'aux souliers, ce qui était encore une marque de distinction (3).

L'édifice placé au-dessus du premier guerrier,

(i) Voyez Tlu'venot , planches 2,3,4,5,6, etc. ' 1/2) Idem, planche 2.

■>) Gomaia , liv. II. Solis , Conq. (hi Mex., liv. III , chap. iG.

i6o desPeintures

est un temple. C'est ainsi que les temples sont figurés dans la planche LVI de Thévenot, à la lettre G; et dans la planche LIX, lettre G.

A coté du temple, et dans la partie inférieure du fragment, sont deux figures presque entièrement nues : ce qui prouve que ce sont des gens du peuple. Elles semblent pousser des cris, et se livrer à des mouvements impétueux : ce qui rappelle la description que les historiens font des danses et des fêtes publiques des Mexicains (i). Elles tiennent dans leurs mains des symboles, qui se trouvent aussi répandus dans le champ du tableau. Je serais porté à croire que ce sont des fleurs ; car le peuple en répandait sur la tète des vainqueurs Ta).

D'après ces observations, je présume que cette peinture représentait plusieurs guerriers revenant d'une expédition couronnée par le succès; que la juarche triomphale se faisait auprès d'un temple , et que le peuple, dans l'ivresse de sa joie, la témoignait par des cris, des danses et les fleurs qu'il répandait sur les guerriers.

Au-dessous d'eux est une bande jaune chargée de ce même symbole que j'ai pris pour des fleurs , et d'un autre que je n'ai vu nulle part. Les points dont ce dernier est accompagné prouvent que ce n'est pas un simple ornement. La bande jaune désigne le chemin des triomphateurs. Le symbole inconnu me paraît représenter des pastilles de par-

(i) Solà , Conq. du Mex. , liv. III, chap. i5. (2) Solis , Conq. du Mex. , liv. II , chap 3.

fiirn , que dans ces sortes d'occasions les prêtres brillaient en l'honneur des dieux (i). Suivant cette idée, les points indiqueraient la quantité des pastilles que , pendant la marche , on devait jeter successivement sur le brasier; et les fleurs, celles qu'il était ordonné de répandre sur les guerriers à des intervalles marqués, et dont on ne pouvait pas fixer le nombre. J'avoue néanmoins que, pour insister sur cette conjecture , il faudrait que la peinture fût entière, ou que nous eussions plus de pièces de comparaison.

Enfin , dans un des coins inférieurs du fragment est un espace peint en bleu et divisé par compartiments, dans chacun desquels est un petit cercle marqué par un point dans le milieu. Je crois qu'il désigne la nuit. Les Mexicains la représentaient par une demi -sphère chargée d'étoiles, ou de petits cercles tels que nous les voyons ici (2). Ce symbole prouverait donc que l'expédition ou la marche s'est faite pendant la nuit.

En étudiant avec soin les gravures de Thévenot, il m'a paru que la manière dont les peuples du Mexique exprimaient leurs idées n'était pas aussi grossière que l'ont supposé quelques auteurs, et

(i) Dans la planche 53 de Thévenot, lettre Q, on voit, dans une cassolette , une pastille de parfum ou de copal, semblable, pour la forme , à celles qui sont tracées ici. Je dis pour la forme, car la gomme de copal était d'une autre couleur.

(2) Voyez Thévenot, planche Sa, lettre P; planche 55, lettres D, E.

•i II

iGl DES PEINTURES MEXICAIiAES.

que, si l'on voulait être instruit des progrès de l'esprit humain parmi ces Indiens , il n'y aurait pas de voie plus sûre que de rassembler tous les monuments échappés à la barbarie du premier évèque de Mexico.

Il serait facile, par le moyen des élèves de peinture, d'avoir une copie exacte et enluminée des peintures mexicaines qui sont à la bibliothèque du Vatican, et qui, suivant Acosta, s'y trouvent accompagnées d'une explication. On pourrait déterrer l'original de celles que Thévenot a publiées, et en copier les couleurs. J'ai lu quelque part qu'il est à la bibliothèque du roi, où l'on m'a pourtant assuré qu'il ne se trouve pas. Des relations en Espagne augmenteraient nos trésors en ce genre. On graverait ensuite ce recueil au simple trait, on l'enrichirait des couleurs des originaux , comme on a fait pour la tactique des Chinois et pour les peintures antiques publiées par MM. de Caylus et Mariette ; enfin, on y joindrait les explications qu'on avait apportées du Mexique et celles que l'analogie pourrait indiquer. J'ose dire que ce projet, qui réunirait sous un point de vue toute la littérature des Mexicains, serait digne du ministre éclairé à qui l'histoire de France et celle des Chinois ont déjà tant d'obligations.

POUR M. DOMBEY, SUR SON VOYAGE AU PÉROUf).

Or M. Dombey a un dessinateur avec lui, il pourrait faire dessiner plusieurs monuments qui restent des anciens Péruviens, et qui suffisent pour donner une idée de leur architecture. Ce sont des temples, des palais, des tombeaux. Garcilasso de la Vega en cite plusieurs. Don Antoine de Ulloa en

(i) Ce mémoire sur les antiquités du Pérou, et les réflexions sur les peintures mexicaines, ont été composés à la prière de M. Bertin, ministre, ami des lettres, et dont la mémoire doit être chère à tous ceux qui les cultivent. Il avait fait des collections importantes de différents monuments de l'Asie et de l'Améiique; on ignore quel en a été le sort. C'est à son zèle qu'on est redevable de la précieuse collection des mémoires sur les sciences et les arts de la Chine, dont M. de Bréquii;nv a été l'éditeur. M. Bertin avait des liaisons étroites avec ce savant respectable , ainsi qu'avec Barthélémy, qui lui communiqua, en 1777, le mémoire pour M. Dombey, naturahste recommandable par sa grande modestie, son rare -désintéressement et ses utiles travaux. Il avait été envoyé au Pérou, aux frais du gouvernement, en 1776, et il en revint en octobre 1785. IS'otf de l'cdit.

l64 IN STRICT IONS

a fait dessiner quelques-uns, et, entre autres, une espèce de palais des rois de Quito, qui se nomme Callo, et qui sert de maison de campagne aux Augustins de Quito. Mais il ne nous en a pas donné les proportions, et c'est une omission qu'il serait facile de réparer.

Les monuments de Cusco sont ceux qui méritent le plus d'attention. On y voit les restes d'un temple du Soleil , et d'autres édifices dont les pierres sont d'une grandeur si énorme que , malgré la perfection de la mécanique, on aurait, dit-on, de la peine à les remuer aujourd'hui. Il faudrait avoir des dessins exacts de ces édifices, ainsi que les proportions de ces pierres, et s'informer si elles n'auraient pas été tirées de quelque carrière voisine ; car c'est peut-être pour ajouter au merveilleux qu'on suppose qu'elles avaient été transportées de fort loin.

Les voyageurs ont cité d'autres monuments situés dans la vallée de Pachacamac, à Tomebamba, à Guamanga, etc. Ils ne méritent peut-être pas que M. Dombey prenne la peine de se rendre en ces lieux; mais, s'il y passait par hasard, il faudrait en avoir des dessins. On dit la même chose de tous les monuments un peu considérables qui se trouveront en des endroits où ses recherches le conduiront naturellement.

Dans les tombeaux on trouve communément des haches de cuivre, des miroirs de pierre, des vases d'argile I, des aiguilles et d'autres petits meubles qu'on enterrait avec les morts. Il en est venu en

POUR M. DOMBKY. l65

France et dans ies différents cabinets de l'Europe. Les vases d'argile doivent être d'une mince valeur; mais comme ils représentent pour l'ordinaire une tète d'Indien, il serait bon d'en avoir deux ou trois pour se former une idée générale de la manière de dessiner de ce peuple.

On découvre dans les mêmes tombeaux de petites fissures de divinités en or et en argent, dont le travail est surprenant : elles sont creuses , d'une seule pièce, et sans la moindre soudure; d'ailleurs, l'or ou l'argent, mince comme une feuille de papier, paraît si fragile qu'on ne conçoit pas qu'on ait pu les évider ou les jeter en moule. 11 faudrait tacher d'en acquérir une ou deux. En général, il ne faut pas négliger tous les petits ouvrages qm attestent l'intelligence et l'industrie des anciens Péruviens (i).

(i) Oiitre une très-grande quantité d'objets d'histoire naturelle destinés pour le Jardin des Plantes, M. Dombey rapporta diverses antiquités qui ont été déposées au cabinet des antiques, le 3i janvier 1786. En voici l'état d'après les registres de ce cabinet; trente vases de différentes grandeurs; deux instruments propres à resserrer les fils passés par la navette ; quatre idoles de terre, grossièrement dessinées; deux topos d'argent, ou é])ingles arrondies de femmes ; deux autres dii même métal , en tornie de croissant; des haches de cuivre; un sceptre de bois a\ ec des figures d'une espèce de pélican [alhatras)-^ des fragments de l'habillement d'un prêtre du temple de Pachacamac; une tuiiiqiu' déjeune vierge, ou vestale du même temple; un diadème, ou borla, de cette vestale; un stiiet d'or, trouvédans le tombeau d'un Inca de Pancartambau, près de Cusco, servant à percer k"i

11 serait important d'avoir beaucoup de mots de leurs anciennes langues, et surtout de celle qu'on nomme quicJieca, et qui était la langue des Incas. Il faut distinguer les peuples qui parlent ces différentes langues, et observer attentivement la manière dont ils prononcent les mots. On nous a rapporté quelques-unes de leurs chansons; il faudrait en multiplier le nombre, parce qu'il serait possible d'y trouver quelque trait de l'histoire de ces peuples ou de leiu* mythologie. Je dis de leur mythologie, parce que certains peuples du Pérou avaient un culte différent de celui du Soleil.

Les Péruviens n'ont jamais connu l'écriture. On prétend qu'ils y suppléaient de deux manières : i** par des peintures informes, à peu près semblables à celles des anciens Mexicains; s'il s'en trouvait quelque fragment, il serait bon de l'acquérir, ou d'en tirer une copie; -i^ par des quippos, c'est-à-dire, par des nœuds de laine qui, par la variété de leurs couleurs et de leurs coiifigurations, rendaient toutes les idées de ces peuples (i j. Ces quippos sont encore en usage chez eux (2).

oreilles; un diadème d'argent; deux balances; une idole d'or, représentant une vestale; une épilatoire d'or; deux plaques d'or trouvées sur les yeux d'un Inca; une idole de bois d'Otaïti; enfin, lin collier d'une sauvage Pehvenche du Chili. Note de l'éditeur.

(i) Voyez Acosta , liv. VI, chap. 8 ; etc.

(2) Par ce moyen, ils conservent, durant plusieurs années, non -seulement l'état circonstancié des contributions en nature qu'ils ont payées, mais encore les détails des concussions, ou des malversations des agents espagnols du fisc, etc.

POUR M. DOMBEY. l6']

Tres-peu d'Indiens en connaissent parfaitement le mécanisme, et ne le révèlent à leurs enfants qu'à la fin de leur vie. S'il était possible de leur dérober ce secret, nous serions plus en état de juger de la portée de leur esprit et des combinaisons dont il est capable.

Au reste, si on démêle un jour les migrations et l'origine des différentes nations de l'Amérique , ce ne sera que par la comparaison de leurs vocabulaires. II serait donc très-important d'en rassembler un grand nombre, et d'y ajouter ceux des îles découvertes en dernier lieu par les Anglais, dans la mer du Sud. Ils ont donné de longues listes de mots indiens; on en trouve plusieurs épars dans les autres voyageurs, au temps de la conquête de l'Amérique. Il faudrait qu'un homme de lettres prît la peine de. dépouiller ces ouvrages et de classer les débris des langues indiennes. La moisson serait abondante, et j'ose assurer qu'un tel recueil ferait honneur à notre littérature.

Page 1