‹ Œuvres diverses de J.J. BarthélemyChapitre 75 sur 85 · AU PERE GOURDIN · texte numérisé non relu

AU PERE GOURDIN

La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , mon Révérend Père , exigeait quelques recherches qui en ont suspendu la réponse. M. Gal-

(i) On doit se rappeler en lisant cette lettre qne Barthélémy écrivait à un ministre , autrement il s'y serait épargné des détails connus de tous les antiquaires. Il avait rendu un compte fort exact de ce qu'il avait observé dans son voyage, an comte d'Argenson, qui lui demanda, après sa retraite, une copie de cette correspondance , dont je n'ai pu retrouver qu'un petit nombre de fragments , etc. ISote de l'éditeur.

35o LETTRES.

land lut, en effet, dans la séance publique de l'académie des belles-lettres, du 3 mai 1707, une dissertation sur une médaille qui porte le nom de Cléopatre, et qu'il attribuait à la Bérénice de Titus. Vous êtes étonné de n'en trouver aucune mention dans nos mémoires. Votre surprise cessera quand j'aurai mis sous vos yeux ce qui se passa dans les séances suivantes. Je vois par des notes manuscrites, écrites de la main de M. de Boze, que, dans celle du 6 mai, tous ceux qui s'appliquaient à l'étude des médailles , se déclarèrent ouvertement contre l'explication de M. Galland, et la détruisirent par quantité d'objections, dont voici le résultat, tel qu'il est dans les notes citées:

« Enfin, M. Galland ne saurait prouver que Bé- « rénice ait jamais quitté ce nom, qu'elle ait jamais « pris celui de Cléopatre, qu'on l'ait jamais appe- « lée 0EA NEOTEPA", ni qu'elle ait jamais été a reconnue pour femme de l'empereur Titus. Il « semble donc qu'on ne puisse avancer un fait de « cette conséquence sur le témoignage équivoque « d'une médaille dont la légende ne dit rien de « semblable, et dont la lecture même est con- « testée. M

M. Galland était présent et ne se rendit point. Dans la séance du 10 il répondit à ces objections, et termina son mémoire par un trait digne de remarque :

« Pythagore, dit-il, ne demandait à ses disciples « que sept ans de silence pour s'instruire des prince cipes de sa philosophie avant que d'en écrire on

LETTRES. 35f

« d'en vouloir juger. Sans que personne l'eût existé « de moi, j'ai gardé un silence plus rigide et plus « long dans l'étude des médailles. Ce silence a été cf de trente années. Pendant tout ce temps-là, « je ne me suis pas contenté d'écouter un grand « nombre de maîtres habiles, de lire et d'examiner « leurs ouvrages , j'ai encore manié et déchiffré « plusieurs milliers de médailles grecques et lati- « nés, tant en France que dans la Syrie et dans la « Palestine, à Constantinople, à Smyrne, à Alexan- « drie et dans les îles de l'Archipel. Le sort d'un <■( antiquaire est bien déplorable au prix de celui « d'un expert dans les arts les plus mécaniques. « L'expert, souvent peu expérimenté et choisi par « caprice ou par faveur , "ne laisse pas d'être cru « en justice , et l'on ne veut pas s'en rapporter à « un antiquaire qui a de l'acquit dans la connais- « sance des médailles, et qui les explique avec au- « tant de franchise que de bonne foi. »

J'ai copié ce long passage parce qu'il contient quelques détails sur les travaux et sur les voya^^es de M. Galland. Il faut convenir que ses plaintes étaient injustes. Il parlait devant des arbitres qu'on ne pouvait conduire par la voie d'autorité. Tels étaient M. Vaillant, M. Simon, M. de Boze et M. Baudelot. Suivant les apparences, il persista dans son opinion, qui depuis n'a trouvé aucun partisan, et qui ne pouvait pas en avoir. La médaille dont il s'agit est certainement de Cléopatre, reine d'Egypte. Les mots du revers ATT TOT KAIC. doivent s'expliquer par ATTOKPATOPOC TOI

KAICAPOC, imperatoris filii Cœsaris , qu i j)araissent ne convenir qu'à Auguste. Mais comment le nom de ce prince est-il associé sur une médaille avec celui de Cléopatre? C'est une difficulté qu'on ne pourrait résoudre que par des conjectures; il faudrait même examiner auparavant la médaille. Elle n'est point dans le cabinet du roi , ni dans aucun de ceux que j'ai vus. Après la mort de M. Foucault, elle passa dans celui des ducs de Parme, qui depuis a été transporté à Naples.

M. Galland s'était laissé séduire par l'espoir d'une découverte , et l'académie , en gardant le silence sur cette question, prouva les égards qu'elle avait pour un confrère estimable. Il en méritait beaucoup. Il était également versé dans la connaissance des monuments antiques et dans celle des langues orientales. Son nom est avantageusement connu dans la littérature : il ne manquait à sa mémoire qu'un historien digne de lui (i), et cet historien est maintenant trouvé.

J'ai l'honneur d'être, etc.

(i) Le père Gourdin, bibliothécaire de l'abbaye de Saint- Ouen, à Rouen, travaillait alors à une histoire littéraire de Picardie, et avait écrit, le 8 juillet 1784, à Barthélémy, pour avoir les renseignements dont il est question dans la lettre de ce dernier. Note de l'éditeur.

A IVL RAST('\

Je vais tâcher, monsieur, de répondre aux questions que vous m'avez fait l'hoinieur de me proposer.

Première question. Quelles sont les principales villes grecques qui firent frapper des médailles en l'honneur de Julien l'Apostat, après son élévation à l'empire?

Réponse. Du temps de Julien, la langue latine était tellement répandue qu'on n'en employait plus d'autre sur la monnaie. Nous avons de ses médailles avec les noms abrégés d'Antioche, de Constantinople, de Cyzique et d'autres villes d'origine grecque, comme nous en avons d'autres avec les noms d'Aquilée, de Lyon, de Sirmium et d'autres villes qui n'étaient pas originairement grecques. Mais sur les unes et sur les autres les noms sont en caractères latins.

, féconde question. Quelle'» furent les légendes , marques, chiffres, etc. , en caractères grecs relatifs à son apostasie ?

(i) Sa leUrc est tlu 5 janvier 1782, et la copie de celle de Barthélémy, sans date, comme plnsieurs de celles que j'ai trouvées dans ses cartons. Note de V éditeur.

Réponse. J'ai déjà dit qu'on ne trouvait point de légendes grecques sur la monnaie de ce prince. A. l'égard des marques relatives à son apostasie , il suffira d'observer que jusqu'à Constantin , les empereurs ou les monnétaires faisaient graver sur la monnaie les figures des divinités du paganisme ; que Constantin et ses premiers successeurs abolirent cet usage, et que Julien le rétablit. On représenta souvent sur ses médailles les dieux d'Egypte, tels qu'Osiris , Isis, Serapis, Anubis , etc.

. Troisième question. Quels furent ceux où il prenait le nom et la figure de Serapis ?

Réponse. On trouve sur quelques médailles de ce prince le nom de Serapis DEO SERAPIDT, tantôt avec une seule tète , tantôt avec deux tètes, qu'on peut prendre pour celles de Serapis et d'Isis ou pour celles de Jidien et d'Hélène, son épouse.

Je .suis , etc.

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