‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: Littérature ancienne et beaux-artsChapitre 13 sur 76 · N^ IV · texte numérisé non relu

N^ IV

Explication des bas-reliefs d'un tombeau antique.

A l'entrée de l'église de Tôrtone, en dedans, on voit un tombeau antique trouvé dans le château. Il est très-beau et très-bien conservé, et a été érigé eq l'honneur de P. ^lius Sabinus, par sa mère Ântouia Tisipho. Cet iElius Sabinus mourut âgé de vingt-quatre ans. Les bas -reliefs du tombeau font presque tous allusion à son âge. Sur le devant Phaéton tombe de son char : cet emblème désignerait-il que Sabinus avait péri pour s'être engagé dans une entreprise audacieuse? Sur la même face Castor et PoUux. Auprès du premier on a tracé ces mots grecs : 0ÀPCEI KAI EYPENEL Auprès du second: OÏAEIC A0ANATOC. Peut-être que Sabinus avait un autre frère qui lui était fort attaché et qui avait souhaité que leur amitié fut éternisée 3ur ce monument , en s'y faisant ^représenter sous la figure de Castor, et avec une inscription qui l'exhortait à prendre courage ; tandis que son"^ frère paraissait sous la figure de Pollux , et une

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devise Cfok ahnonçait la nécessité de mdiarir. Au cèté droit de l'antel ^ deax génies ailés sont témoins d'un <^onibat entre un coq et nn antre aiÂmal. Le eoq est taincti ; le génie qui est de ce côté^^là pa^ raît consterné; l'autre tient une palme, et lui mon*tre que la victoire est de son côté. Ces deux génies sont^vraisenjblâblement ceux de la vie et de la mort : le coq représente Sabinus.

Au côté gRuche est l'autre bas -relief. Deux autres génies ont jeté leurs osselets; celui qui a perdu essuie ses larmes , pendant que le vainqueur se baisse et se fait un plaisir de lui montrer avec le doigt son osselet.

Par deçrière sont deux autres bas-reltefe. Dans fun , une figure à tête de bélier en embrasse une autre qui a un carquois pendu sur le côté droit : on voit deux lôbiens à leurs pieds et deux arbres par derrière. Dans l'autre bas -relief est un enfant qui semble gémir. J'ignore la signification de ces deux bas-reliefs.

Le couvercle est orné de plusieurs beaux drue'ments. Sur la face dé devant se trou^re tine urne d'où sortent deux ctîps de vigne chargés de feuilles et de raisins , et serpentant sur toute l'étendue du tombeau. Deux enfants tiennent chacun une grappe de raisin : une de ces grappes , qui ne tiettt plii^ à la vigne , est tombée avant sa maturité ; c'est Sa*bihus qui est mort. L'autre grappe tient encore ^au cep; mais le petit enfant qui semble vouloir l'enlever, ne désignerait-il pas quelque maladie dont les jours du frère de Sabinus étaient menacés ?

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Dans les quatre angks du oouTende cm ¥oit par devant deux tâtea de femmes : je ne sais ce qu'elles font là; Pair derrière est d'im coté Lédâ avec Suffi <cygné , et de l'autre un chien auprès d'un laurier.

pieds, poac. lig.

Largeur de tace 6 6 3

Hauteur non compris la base et le

couvercle a 9

Base. II

Largeur des côtés 2 8-

Saillie du couvercle i

Le couvercle se termine en pointe.

f^qyagâ de Plàtsance à ôoiôgne. t

Noos partfanes de Plaisance le 219 septewdbre 1755*, à midi, et arrirétmes à Parme à six heures, ayaot passé par Fioremiela, et de là à Bronui : le chemin est très^J^eau , assez bien aligné ; il se trouve sur r^oicienne t<^ iËmiha, qtd alkiit depuis Plai^ Bance jusqu'à Bîmini ; cependant M. Danville a raison dans son analyse, en disant que^ malgré cet alignement, il doit y avoir de petitses courbures. Le territoire est si beau, si intéressant, qu'il serait impossible d'en donner une véritable idée.

Au dôme ou cathédrale de Parme , on remarque la coupole peinte par le CcMrrège. Une partie a été

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8o VOYAGE

détruite par le temps, et l'autre partie n'est pas visible. Cette coupole est si élevée,, que les peintures ne peuvent avoir été faites poiur l'usage des hommes. On dit qu'elles représentent l'assomptiou de la Vierge ; une foule innombrable de saints .et d'anges se prosternent^ brûlent des parfums ou des branches d'olivier, idée singulière et neuve; d'autres jouent de divers instruments et même de tambours de basque. Les ennemis du Corrège disaient que c'était un ragoût de grenouilles : il est vrai qu'on ne voit que des jambes, des cuisses, des têtes, etc.

On voit dans l'église de Saint-Jean près du dôme , chapelle à gauche , deux tableaux du Corrège , l'un du martyre de saint Placide et de sainte Flavie , l'autre une descente de croix. I^e premier a de grandes beautés : les bras des bourreaux font l?ëellement des efforts pour plonger l'épée dans le sein de sainte Flavie , et pour couper la tête à saint Placide; mais rien n'est si beau que le tableau opposé. Jésus -Christ est étendu sur les genoux de la Vierge : à ses piçds la Madeleine; auprès de la Vierge , Marie Salomé , pt une autre figure indéfinissable auprès de Marie Salomé; un homme descend de la croix , tenant les clous dans sa main ; c'est celui qui a détaché le corps. Le caractère du visage est la fermeté. Je ne voudrais pas que sa tête fût environnée d'un pimbe; cet attribut le suppbse chrétien, et, en ce cas, il fau- (Irait qu'il fût un peu plus affligé. Je ne parle pas de la figure inconnue, et qui étend ses mains.

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EN iTALIE. 8l

d'une manière mconeevable. Le corps de Jésus- Chrïst est très-beau , les trois femmes sont dans la douletir, mais dans des douleurs variées ; la Vierge est morte, Madeleine se meurt et Marie Salomé est bien malade. On s'afflue avec cette dernière, on s'attendrit avec la seconde , mais on a le cœur déchiré avec la première. Le coloris est fort beau, et les draperies sont bien jetées. Je ne sais si c'est une illusion, on a plus de plaisir à fixer ses regards sur des expressions de douleur que sur celles de la joie. Ou ncpeut s'arracher du spectacle dont je viens de tracer une si légère ébauche. Ce sentiment profond dont la Vierge et la Madeleine paraissent pénétrées , agite l'âme du spectateur et la i^emplit. Pourquoi tant d'attraits pour ces si* tuations terribles? Sonyies-nous donc faits pour la douleur plutôt qjie pour le plaisir? Mon Dieu! cette pauvre Madeleine ; elle a dû bien souffrir.

Un autre tableau du Corrège était conservé autrefois chez des moines qui cherchaient à s'en défaire; aujourd'hui il se trouve au dôme par ordre de la ville. La Vierge tenant l'enfant Jésus , la Madeleine lui baise un de ses pieds , derrière la Madeleine , un enfant qui tient le vase de parfoms dont la Madeleine veut oindre apparemment les pieds de Jésus ; de l'autre côté on voit une grande figure d'homme , qu'on dit être saint Jérôme debout , tenant de la main droite un rouleau à l'antique déplié , de la gauche un livre à la moderne ouvert, dans lequel un ange montre à l'enfant Je* 2 6

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8a VOYAGE

SUS, ou les principes de la lecture, ou les prophéties qui le concernent.

Le Corrège'a pu supposer qu'une femme amie de la Vierge , instruite du mystère , est venue rendre ses hommages à l'enfant; il a pu anticiper l'effusion du parfum qui se fit chez Simon le lépreux. Ce serait une licence, mais pardonnable à im si grand peintre. Mais que fait cette grande fi- . gure? si c'est un saint Jérôme, il est ridicule; si c'est le maître d'école du village, c'est un person- Jiage bas est inutile. Il y a un bras de la Madeleine trèsHfnal dessiné, c'est le gauche, et d'autres inx^orrections de dessin. Mais que ce tableau est admirable ! sur le visage de la Vierge , quelle noble majesté, quel doux sourire , quelle beauté décente, quelle paix suave! dans ^lui de l'enfant, quelle joie naïve, quelle agréable vi'^acité! dans celui de l'ange , quelle satisfaction , quelle admiration, quel respect! dans celui de la Madeleine enfin, quel tendre empressement, quel amour! dans toutes les têtes, il y a finesse et élégance de traits; mais celle de la Madeleine est le modèle le plus par£aiit. Je ne ^ais où les peintres ont pris c[uc cette sainte fut si belle. Dans un temps où on la confondait avec la pécheresse, aurait- on cru que toutes les femmes de mauvaise vie avaient de la beauté? non certainement ; mais les peintres ont été bien aisés <le trouver pour les sujets saints une femme qui réunît en elle les perfections de la beauté : ils avaient Vénus poiu» les sujets de la fable; ils ont pris la Madeleine pour les sujets de l'histoire sa-

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crée. U faut voir comment ils profitent de la liberté qu'ils ont prise. La Madeleine n'est plus qu'une amante souvent passionnée , et quelquefois tendre même en versant des larmes. Les peintres pouvaient faire autrement; n'en doutons point : les plus licencieux donnent à la Vierge même un air <le décence ; ils auraient pu également trouver un caractère , une expression pour la Madeleine ; mais la plupart n'ont point de génie , et ceux qui en ont, sont souvent des libertins. Ceci est une vérité fo/idée sur ce principe que tout doit être peint avec ses propres couleurs.

Au Sépulcre, il y a trois tableaux du Corrège : dans l'un. saint Joseph cueille des fleinrs, les donne à l'enfant qui se jette sur les genoux de la Vierge, laquelle tient de sa main droite une tassel J'ai vu ce ti|feleau sur le soir : la figure de l'ange m'a paru mal pc^e.

U y a plusieurs autres ouvrages du Corrège à Parme : il faudrait du temps pour les voir, et des connaissances pour les apprécier. Voici l'idée générale que je me suis fedte de ce peintre: fin, gracieux ,*él%gant dans les têtes, surtout dans les têtes de femftes, habile à grouper, vrai et fort dans ses coulieùrs , souvent incorrect dans le dessin, savant dans l'art des expressions, non-seuleroexit par rapport à l'espèce, mais encore par rapport aux nuances (i).

( I ) Voyez , sur le mérite du Corrège , ce qu'en dit son admirateur Ant. Eaff. Mengs. Opère y t. I, p. 5o, t. II, p. i3r5.

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84 YOTAGX

DeuK Statues colossales de basalte oa de piore f ioire<, de douze pwà& romains de hauteur^ oot été trouvées , en 1 7^4 9 dans le palais des Césars , au^ jourd'fani le jarditi de Farnèse. L'une représente Hercule ou Garaoalla, tenant ia massue, la pean de lion et trois pommes; l'autre^ Bacchus appuyé sur un satyre : toutes les deux ont été gravées par les soins de AL Bianchini (i). Celle d'Hercule res* semble à Caracalla. Les deux satyres sont mutilés; il manque à celle d'Hercule le bras droit , et pres^ que tout le gaudtô, le reste du corps est bien conservé. Le groupe de Bacchus a plus souffert; il hii manque la janlbe droite, le bras droit et «me partie du ventre , qui a été restaurée. On avait contmencé 4 rétablir le reste, mais l'ouvrage a été interrompu; il va se reprendre, et on mettra ces deux grands morceaux dans le nouveau jwdin qu'on doit construire.

La proportion de la brasse de -Parme au pied de Paris, est comme c[uatre cents à deux cent tr^ite^ imiL

La latitude de Parme, prise cette aniiée par le IL P. Tortosa , Jésuite , professeur de* mathf^atU qoes au collège de Parme, est dç 44* 4^^ 44'^ 3o^

Le tbéâftre si célèbre qu'on voit dans le palais est, dit-oa, de la construction de Yignole: il est^ea demi^rrale, a douii^ gradins en amphithéâtre, et au-*dessus deux rangs de loges^ depuis leurs «xtré* mités jusqu'au théâtre proprement dit, il y a un

(i) DelPalazBode' Cesuri. Verona, 173a, tab. XIX et XX.

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E]f ITALIE. 85

espace à,s$ez (Considérable où sont deux portes, au-^ (iessus les statues en stuc de deux prinees de la maison Famèse* Tout l'Intérieqr est en bois, lea gradins, les loiges, excepté les deux murs de refend qui sont sur le théâtre. Ce bois est d'une espèce <fe chêne, nommé pesso en Italien, le même dont on fait les tables de violott. lie pkrfterpe ikV nonde quelquefois jusqu'à hauteur des gradins pour y .donner des naumaehies au moyen d'u&e quinaûies dé petites chaloupes. ïâ^ soubassement des gradins et du théâu*e était couvert de ptoaib que les Allemands ont pris dans la dernière guerre.

Le hazard a fait qu'un éeho s'est rencontré dans cette salle y mais 11 ne résotnie que lorsque la salle est Tide. Tïous nous donnâmes une petite représen-» tation. Dn fond du théâtre je récitai des vers à voix a«sez basse qu'on entendait du fond de la loge opposée. Les voyageurs frappés de cet accident en ont fak honneur à l'arc^teele; mais plusieurs personnes nous ont assuré que dans les grandes représentations l'écho se tàit^ e} qu'on n'étend presque pas les acteurs. On dit que ce théâtre con* tient quatorzîe mille personnes ; il est assez dans le goût des anciois. De celui-ci on entre par ime porte latémle dans un autre Crès-jott, qui est du chevalier Berain.

Étant partis de Parme à sept heures et demie du malin, nous arrivâmes à Reggio, ou nom nous sommes arrêtés trois quarts d'heure pour voir des tableaux qu'on ne voit pas, étant mal pkcés. Nous fiâmes à Modène sur les deux heures , et nous wtn*

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dîmes visite à la housarde au père Zàcharte, jésuite, ^ui faisait la méridienne: interrompre son sommeil, pa3rcourir ses livres, lui foire quelques mauvais compliments, lui demander du chocolat, en prendre et partir, tout cela fut l'affaire d'une dertii-heuf e: Je tiens de lui qu'on ne trouve plus à Modène que quelques inscriptions de peu de conséquence et d^à publiées.

La route de Parme à Bologne est assez droite , et il y a un très-beau chemin. La campagne ebt toute hérissée de noyers, saules, chênes, peupliers et d'autres arbres alignés, divisant tout ce terrain en compartiments carrés , qui font autant de pièces de terre différentes^ toutes coupées par des canaux qui fournissent à deux grands qui bordent tout le chemin. C'est là que viennent aboutir toutes ces allées dont les arbres sont liés .ensemble par des guirlandes ou des festons de vignes; qnelques^-unes de ces guirlandes viennent même tomber dans le chemin. Chaque vigne s'appuie sur son arbtie comnie sur un si^g^sbée; dès qu'ils sont unis , ils ne s'abandonnent plus.

Ayant passé le petit Rhin, fleuve nuisible à l'état de Bologne, surtout depuis qu'il ne peut plus se jeter dans le Pô, nous sommes arrivés, le vendredi sur les sept heures, à Bologne, où se trouvent deux cardinaux, dont l'un est lë^t et par conséquent étranger, et l'autre archevêque et par conséquent originaire du lieu. Sabellioni était légat, ^ Malvezzi archevêque. Nous entendîmes la messe à Sainte^ Pétrone , où assistaient les deux cardinaux : il y

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avait belle et grande musique de Pesto, exécutée par plus de quarante violons et de cent musiciens. Cette musique finit au credo.

Les maisons de Bologne sont bâties de brique^ de même que les églises ; les colonnes même sont de cette matière, quoique cannelées. On prépare quelquefois la brique pour la faire servir à ces colonnes , en la faisant en forme de triangle curviligne. Il n'y a point de marbre aux environs; on se sert, mais rarement, du rougeatre de Vérone, de celui de Massa et de Carrara , qui ne peut guère arriver que par Venise. C'est la même chose à Parme, où les jésuites ont fait construire un autel de marbre qui revient à plus de 20,000 livres. On ne trouve point d'ardoise, qu'ils ne connaissent ici que sous le nom de pierre de Lasagne. La même chose est à Parme.

On trouve sur les hauteurs voisines de petites, pierres dures à plusieurs lits dont on peut faire des camées , beaucoup de coquilles pétrifiées j et une sorte de pierre qui n'est qu'un composé de grains de sable, tendre, légère et propre à couvrir les terrasses. Le terrain depuis Modène jusqu'à Bologne est fort gras, argilleux, retenant les eaux qui s'y trouvent en abondance.

Plaçons-nous à Plaisance, de là jusqu'à Rimini, où allait aboutir la voie ^milienne: des marais sans nombre y étaient autrefois formés par les pluies d'automne et les eaux des Apennins, qui devaient naturellement se répandre dans cette plaine entourée de montagnes jusqu'au Pô, où

eHes se trouvent retenues par k nature du sol. ^mîlius Scaurns, suivant Strabon, dessécha les marais par des canaux navigables depuis le Pô jus-* qu'à Parme (i). Xylander a corrigé le texte et a mis a Placentia Parmam ugque. Il pr^end <]ue (itopjATiqwv) est Parme, et Cluvier.est de son sentiment; Casaubon en doute. Je ne sais pourquoi l'on veut changer le Pô en Plaisance. Que seraient devenues toutes ces eaux transportées dans des canaux depuis Plaisance jusqu'à Parme ? on peut conserver le texte comme il est , et supposer que les canaux allaient de Parme jusqu'au Pô.

Quoiqu'il en soit, on voit par ce passage que le pays était fort marécageux, et que la voie iEmilienne devoit être fort élevée : j'ai cru en découvrir des vestiges; ils sont semblables à ceux qu'on trouve au sortir de Tortone, et qu'on serait d'abord tenté de prendre pour des restes d'aquéduc. Le petit Rhin, qui est près de Bologne , inonde une partie du territoire vers le Pô, où il ne trouve plus d'issue.

Dans Bologne il y a soixante-dix mille habitants; et dans le territoire, vingt mille.

L'étendue de ce territoire est, de l'est à l'ouest, d'environ trente milles , du nord au sud d'environ cinquante milles.

L'institut est un établissement digne d'Auguste ou de Louis XIV : il a été formé par un ^mple officier disgracié, et un ecclésiastique de Bologne

^ (i) Geogr., lib. V, édit. Vignon, p. i5o.

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iKHOimé BoUette en a donné l'histoire. On trouve dans cette ville de belles peintures, des cabinets, de belles suites d'histoire naturelle , un cabinet de médailles données en grande partie par le pape ré* gnant (Benoit XIV), dans lequel est une suite de médailles grecques du cardinal Porto Carrero, enfin, un cabinet d'antiques, où l'on remarque des sarcophages même en brique, trois morceaux de peintures antiques, une tête de femme, et un Hercule dans le jardin des Hespérides.

Dans toute cette plaine, depuis l'arc de Suze jusqu'à la mer, il n'y a point de grands monuments; c'est i^ parce qu'ils n'avaient point de pierres, et que tout se fait encore en brique; 2" qu'il n'y a pas de pays dans le monde qui ait plus souffert par les causes physiques et morales, par l'exhaussaaaent du sol, et par les inondations des eaux et des barbares.

Bologne fut habitée d'abord par les Étrusques, qui la nommèrent Felsina^ ensuite par les Gaulois Boïens, qui peut-être l'appelèrent Bononic à cause de la ville de ce nom qui est dans la Gaule Belgique. Elle devint colonie romaine l'an 5Q3 de la fondation de Rome, et reçut alors trois mille nouveaux habitants. Après bien des guerres intérieures, elle s'est donnée au pape Nicolas dans Je treizième siède.

A l'église de Saint-Jean in Monte ^ on admire un tableau de Raphaël. Il représente sainte Cécile, sainte Madeleine, saint Augusytin, saint Jean et saint Paul, surmontés d'une gloire de six anges*

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Sainte Cécile tient un orgue renversé qui lui sert apparemment d'attribut, mais on ne tient pas un orgue comme un violon : toutes les têtes sont fort belles; celle de la Madeleine est très-décente, elle m'a paru ressembler un peu à celle de sainte Cécile. L'attitude de saint Paul est admirable ; on y lit la profondeur, la sublimité des idées dont elle était remplie , et le courage intrépide qui l'animait. Il me semble qu'il doit être difficile à un peintre de placer cinq grandes figures debout sur le devant d'un tableau, sur-tout lorsqu'elles ne sont pas animées par un intérêt commun ; mais Raphaël les a si bien groupées, contrastées et peintes, qu'on se laisse aller à l'admiration. On avait sans doute exigé de ce grand peintre de mettre tous ces saints ensemble. Otez ce motif et analysez ce tableau , vous verrez sainte Cécile les yeux tournés vers I19 ciel , et tenant d'une main une file de tuyaux d'orgue ; à la droite saint Paul qui de sa main droite soutient sa tête, de la gauche s'appuie sur son épée ; et près de la sainte d'un côté est saint Jean , dont on ne voit guère que la tête , de l'autre son commentateur saint Augustin, caractérisé par laie crosse; ils lorgnent la sainte : ensuite Madeleine qui , les yeux fixés sur les spectateurs , tient un vase de parfimis. Ne prenons pas garde aux attributs , ils ne servent qu'à caractériser les personnages: mais ces personnages que font -ils là? quelle est l'action principale à laquelle les autres sont assorties? J'avoue mon tort: je ne puis encore m'accoutumer à ces assemblages bizarres de saints que

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tios peintiles mettent en compagnie, quoiqu'ils n aient jamais eu rien à démêler ensemble. Du reste, ce tableau est si beau, les draperies sont si fines, si bien jetées, le dessin est si correct, qu'on a raison de le regarder comme un des plus divins morceaux du divin Raphaël.

A Saint-Paul, au maître autel, il y a im groupe en marbre de l'Algarde. Saint Paul à genoux, plein de résignation , de fermeté et de douceur, attend le coup fatal qui va le frapper. Le bourreau debout tient Tépéè levése et ne montre guère plus de mouvement que s'il devait abattre une tête de pavot; son visage respire la fureur, et son corps est tranquille. Les draperies des deux figures sont belles ; et le morceau, en tout, produit l'admiration.

Au Corpus Dominiy ou Sainte-Catherine, le tableau du maître autel, qui est de Francischini , représente la cène. Jésus-Christ n'est pas à table ; il est debout et donne la communion aux apôtres: cette supposition fournit plus de liberté au peintre; il en a profité. L'apôtre qui va recevoir le corps, celui qui ,^ après l'avoir reçu, s'en va les mains jointes , les' autres qui sont également affectés, tout cela jette beaucoup de mouvement dans ce tableau, qui d'ailteùrs ne brille pas moins par les autres parties de l'art.

A Saint-Phihppe de Neri, on voit Jesus-Christ enfant, la Sainte Vierçe, saint Joseph, le Père Éter^ nel en haut, accompagné de plusieiu^s anges qui montrent à l'enfant les instruments de la passion. La tête de Tenfant levant ses regards vers son père,

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est d'une beauté inconcevable; celle de la Vierge est fort belle aussi: elle est attentive au mystère révélé* A l'égard de saint Joseph, il ne parait pas avoir connaissance de cette apparition ; mai^ comme il doit y prendre part , le peintre le représente lisant un livre ; et je suis sûr que c'était le chapitre d'Isaïe, ou le psaume de David y qui parle de la pas^n. Ce tableau e$t de l'AIbane.

A SairitrMichel in Boscho est un tableau du Guerchin. Saint Thomas, instituteur des oUvetans, y re^ çoit sa règle des mains d'un ange: le saint est à genoux, range sort des nuages, la Vierge est aiidessus du saint, tenant de la gauche F^nfant Jésus , et de la droite les armes de la maison, qui $pnt trois petites montagnes surmontées d'une croix entourée de deux btau^hes d'olivier. C'est un des plus beaux tableaux qui soient à Bologne. Les têtes ^i sont charmantes, et les draperies fort bonnes : il fait effet ; n^ais jamais figure plus inutiL^ que celle de la Vierge daujs ce tableau : le saint ni l'ange |ie la regardent pas; il semblé qu'elle vient là pour voir si l'ange s'acquitte bien de sa commision. Satis doute les moines l'avaient voulu ainsi; il3 avaWat distribué les personnages au Guide , comme si Au* giiste avait voulu distribuer à Virgile ceux qu'il devait m'ettre en œuvre. C'est un grand malheur que les peinb*es soient tant de fois obhgés de se plier aux volontés capricieuses de ceux qui les fout travailler. I^es Italiens appellent oes sortes âe ta* bleaux oblîgutiy tabicaux ou sujets de commande* Le cloître de cette nmiaon ^tait autrefois cou-

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vert de trés4)eUes fresques que le temps a fort eodommagées. Il y en avait de plusieurs peintres di£Gérents, et, entre antres, d'un des Carrdéhes; mats celle qui fusait le plus graud effet était un saint Benoit préchant dans le dés^, par le Guide. Ce sont les plus belles têtes que j'aie jamais vues , sur-tout la tête de femme qui est dans le milieu , ^ qu'on nonmiait la turbaniine, parce qu'elle est couverte d'un turi>an. Un peiiilre i^ommé Yiani a tiré une copie de ce tableau en 1689 , et l'a mise dans te sanctuaire.

Dans la vallée sur laquelle domine, du côté de l'ouest, le couvent de Saint-Mkhel, est un monu* m^it smcien qu'on appeUe les bains de Marins, il est de brique, de forme ronde, et s'élève sur terre de qudques pieds, couvert par une plate-forme, au milieu de laquelle est un soupirail. L'entrée est en bas; elle introduit d'abord à une pièce qui sert coaxme de vestibule, et ensuite à une autre qui prend jour par le soupirail et dans laquelle on descend par un escalier de plusieurs marches; le sol en est divisé par plusieurs parties creusées et capables de contenir de l'eau , et dans le milieu est un vide & travers lequel passe le jour d'«n haut pomr éclairer une autre salle qui est dessous. Il règne autour du mur un espace de quelques pieds pour passer librement, et des ouvertures en forme de portes qui donnemt entrée à des aqueducs qui vont bien avant dans la montagne. Ces aqueducs sont fort hauts; deux petits ruisseaux conduisent l'eau jusqu'à ces p^ts bassins dont j ai parlé. Une

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de ces ouY^rlures conduit, par le 0K>yen d'un petit escalier de trois à quatre marches, à une autre petite salle de bains; et de celle-ci on va, par le moyen d'un autre escalier, à une troisième salle qui est sous la ]yemière. On prétend qu'ici est un aqueduc qui transporte cette eau à la fontaine da palais pubtic; cette fontaine où l'on voit de si belles figures de Je^in de Bologne, yn Neptune qui écarte les jambes, et en bas des femmes qui se terminent en poisson. Observez que ce bain ou ce réservoir d'eau n'a subsisté si long-temps que parce qu'il est sur le penchant d'une montagne, et que les eaux et les barbares n'ont pu le détruire*

La tour Asinelli , bâtie dans le douzième siècle par un nommé Asinelli, est haute de trois cent soixante«seize pieds de Bologne* L'ancien escalier est détruit, on y a substitué des échdles qui serpentent autour des murs; ainsi le milieu est absolument vide. Il y avait autrefois d'espace en espace des planchers dont il ne reste plus que les naissances. Vers le haut , les cotés de la tour ont environ treize pieds dans œuvre; l'épaisseur des murs est en bien des endroits d'environ cinq pieds. A quoi pouvait servir un bâtiment de cette natiu'e? Au-dessus est une cloche. Les pères Grimaldi et Riccioli ont mesuré géométriquement la distance de la tour Asinelli. Suivant une inscription tracée sur cette tour, ellp penche de trente-huit pouces du côté de Toocident. r

De dessus la tour on voit le haut de la fiarir sande qui est à coté; ou a demandé si elle avait

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«té construite avec cet air penché, ou si quelque accident le lui avait donné. Il parsdt assez clairement que c'est un ouvrage de l'art : i® il y a trois de ces tours en Italie; est-il vraisemblable que la nature eut répété un efFet si extraordinaire jusqu'à trois fois? 2? il n'y a pas de crevasse dans la tour, ni sur le côté même opposé à celui qui est penché; 3® on prétend à Bologne que par-dehors l'inclinaison est de sept pieds, et par- dedans d\in pied seulement : si cela est , la question est décidée ; il faut avouer que l'ouverture supérieure de cette tour paraît bien placée dans le milieu. Je n'ai pas pu y monter; mais je l'ai vu de dessus la tour Asinelli, qui n'en est distante que de quelques toises. J'ajoute néanmoins que cette observation ne conclut rien; l'architecte de la Garisande, qui, pour empêcher qu'on ne montât sur le haut , ne l'a munie d'aucun garde-fou, et en a même fermé l'ouverture avec une grille de fer, a pu placer cette ouverture dans le milieu, afin de tromper ceux qui voudraient épier son ouvrage de dessus la grande tour; car, à quelques pieds de l'ouverture, on voit une bâtisse qui semble prendre une autre direction.

L'endroit où l'on croit que se fit la division du monde entre les triumvirs, est à cinq railles et demi de Bologne , au lieu nommé Saint-Chiamo , en-deçà du Lavino. On y voit une colonne avec deux inscriptions, l'une à l'est et l'autre à l'ouest; l'une antique et l'autre moderne. Magini , dans sa carte du territoire de Bologne, faite en iSgg, place

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96 VQTAGE

cette eptrevue dans l'endroit nommé Forcelli, entre le Ghironda et le Lavino ; mais les lieux ont bien changé depuis Magini.

Il y a une inscription célèbre a un mille de Bologne ( AELIA. LAELIA CRISPIS), dans un endroit nommé CasteUo Reahe, où est un séminaire : elle est enclavée dans le mur d'une cour. Une autre inscription par-dessous montre que celle-ci n'est qu'une copie.

^NIGMA QVOD PEPERIT GLORLE

ANTIQUITAS

NE PERIRET INGLORIUM

EX ANTIQUATO MARMORE

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