N^ IX
Observations sur les Thermes de Titus.
J'allai avec Piranèse aux Thermes de Titus , pour voir les souterrains. Ils sont immenses , eu face du Colisée et sous le théâtre des Thermes. Ce sont des salles parallèles fort longues, assez hautes encore, quoique presque toutes comblées : elles se trouvent éclairées par des jours d'en haut, percées d'un coté de chaque salle et répondantes à la cour comprise entre les Thermes proprement dits et la circonférence carrée. Au fond d'une de ces salles est l'endroit où l'on prétend qu'était le Laocoon , dont on voit la niche. Dans cette pièce , ornée de peintures , on voit le tableau de Cor iolan. Il a été gravé d'après un dessin d'AnnibaL Carrache , conservé dans le cabinet du chanoine Victorius , et il forme la première planche du recueil de Pietro Sante-Bartfaoli. L'original de ce tableau est entièrement effacé. Il représentait quatre figures, Coriolan, sa mère Véturie , Volumnia sa femme , et une autre femme, qui toutes le priaient de faire retirer ses troupes.
Vers le même endroit des Thermes, on va, par une foule d'ouvertures et de pièces , d^ns un corridor qui servait aux bains inférieurs : il est voûté , décoré de peintures en arabesques, et éclairé par
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les mêmes jours qui sont dans les salles. L'enduit où est appliquée la peinture est dur, poli, blanc comme Falbâtre , et inaltérable à l'eau qui en découle sans cesse: la composition s'en trouve, je crois , dans Pline. Il est visible que ces salles , ces corridors, ainsi embellis, éclairés et distribués, ne pouvaient servir qu'à des bains, et que ce qu'on voit dans le jardin supérieur, c'est-à-dire, ces exhèdres, etc. , faisaient le second plan des Thermes de Titus. La même chose était à ceux de Caracalla. Nous y avons vu , avec MM. Moreau et Wailly, des souterrains éclairés par des trous semblables qui débouchaient dans le jardin ; et le jardinier m'a dit qu'on en avait trouvé uiï grand nombre.
Je reviens aux Thermes de Titus (i); il en résulte qiie cette partie de l'EsquiUn qui allait aboutir au Colisée de ce côté -là n'était pas autrefois aussi élevée. Piranèse a remarqué aussi que tout autour de ces édifices souterrains sont d'autres ruines qui s'y appuient sans is'y raccorder. Il conjecturé que c'est im édifice plus ancien, et peutêtre la maison de Mécène. Effectivement on s'aperçoit d'un autre travail. Les parties anciennes sont composées de V opéra incerta, morceaux de brique, de tufb et de pierres mêlées ensemble. L'autre n'est que de morceaux de brique, tavolazza,
Piranèse a une bonne idée sur le Monte- Testaceo.lX dit, d'après Pline, que les vases de terre
(i) Ils ont été découverts sous Léon X, et gravés magnifiquement, sous Pie VI, par les soins de Louis Mirri.
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bmés servaient à faire le lastricum ou ciment. Or, quelle quantité n'en fallait-il pas pour un bâtiment comme celui des Thermes , etc. ? Lorsqu'on voulait construire quelques grands édifices, on fai^^ sait des amas de ces morceaux : celui-ci avait été fait dans cette intention, qui ne fut pas remplie.
Notes sttr quelques ifionuments de Rome.
Dans le palais Colonne , j'ai examiné avec soin la fameuse apothéose d'Homère, qui a tant exercé quelques savants du dernier siècle. Les côtés de la partie supérieure de ce bas-relief sont détruits; ce qm fait qu'elle semble se terminer en pyramide. Le premier mot n'est ^pas EÎMEAIA^ la première lettre peut être effacée. Ce n'est pas la seule observation qu'on pomrait faire survies mots qui dé^gnent les figures. Le travail en est très -bon; et je ne doute point que ce que les petits rats rongent ne soit un rouleau. La Muse placée sous Homère tient évidemment une lyre ( i ).
(i) Après avoir parlé d'autres bas-reliefs, l'un représei^ant les travaux d'Hercule, celui sur la .guerre de Troye, et un troisième dont le sujet est tiré du dixième livre de \ Odyssée, tous conservés à Rome, Barthélémy conjecture qu'ils étaient destinés par les rhéteurs grecs , chargés de l'éducation , à remettre sous les yeux les principaux traits de la mythologie. jlcad, des Inscr,^ tome XXVIII, pag» 596. JVote de réditeur.
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Au Capitole, dans le palais des Conservateurs, l'Esclave qui se tire une épine du pied est la plufe belle des figures de ce genre, quoique fen trouve lé travail on peu sec. On voit également dans ce palais la statue d'Hercule dorée, tenant la niassue. Elle est à côté des prétendues statues de Cicéron et de Virgile. On a enchâssé dans le mur d'une des salles les fameux restes des fastes capitolins.
Dans la chambré des PMtosophes au Capitale, on Voit sur un bas-relief uhe femme qui tient une lyre à sept cordes. Elle est très-bien drapée et appuyée sur un autel. Vis-à-vis s'oiffre une femrbe presque toute liue, tenant de la main gauche l'aN chet. Sur l'autel est la figure d'un dieu, ayant dé la main droite une haste, dé l'autre ufte piâtère*, sur la tête Une écrevisse et un diadème. Ce sujet me paraît être un hymne chanté en l'honneur de de dieu par une de ces femmes , qui , peu contenté des sons qu'elle tirait de son instrument, pHé l'autre d'en tit*er de ^us expressifs. Ce bas-reJîef , qui est très -beau, renferme une idéfe poétique, dans le goût de Bion et de ÎMoschus. Je le crois fait en Sicile, et je ne doute pas que la figure tie sôit celle d'Apollon. D'ailleurs, rien de si touchant qt^è Fa figure qui ^'appuie sur le bras de ce toêittè Apollon.
Au Belveder, on admire la statue d'Apollon. Le bras gaiifcHè, depuis le cotide, est moderne, mais quatre des doigts sont antiques; les jambèls, qui étaient brisées, ont été bien remises; la main droite est moderne. On voit sur le côté de la 'cuisse
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gauche un reste de tenon. Quelques parties de la draperie sont encore modernes; ainsi que les bouts des gros doigts des pieds. Il n'y à point de prunelles (i). Sur la tête du serpent on aperçoit quelque chose de semblable au scarabée; serait-ce le symbole de l'ouvrier?
Le Laocoon n'a également point de prunelles, mais il est plus maltraité que l'Apollon. L'enfant de la droite est du même bloc,. tandis que celui de la gauche n'y pourrait tenir sans les serpents. Or, la partie du serpent inférieur, qui enveloppe l'enfant et qui vient aboutir à un autre pU , autour de la cuisse du Laocoon , ne se raccorde pas avec ce même pli, composé de plusieurs morceaux ajoutés ; la liaison n'est pas indiquée , c'est un bout de serpent coupé qui venait s'appuyer par-derrière sur la partie du serpent attachée à la cuisse du Laocoon. La partie supérieure qui sert de liaison est pleine de cassures et de parties modernes. Les trois figures ont été finies à la masse, et on y voit encore les coups de ciseau. Le bras droit et la partie du serpent du Laocoon, les doigts de son pied gauche, la tête du serpent qui mord Laocoon, les doigts du pied droit, la main et une partie du bras de l'enfant à gauche, les calottes des deux enfants, leurs bouts de nez, presque la base entière ou siège, excepté la partie antérieure, tout cela est moderne et a été restauré. Il y a sous
l'épaule droite du Laocoon une trace sur le marbre
(i) Voyez l'observation en note, pag. 109,
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qui semble désigner l'endroit où le serpent mordait; elle est plus épaisse qu'elle ne devait l'être pour y appuyer la queue; et, ce qu'il y a de singulier, c'est qu'elle a la même longueur et largeur que la tête où la morsure du serpent est placée de l'autre côté. Cependant il ne paraît pas vraisemblable que les têtes des deux serpents aient été du même côté.
Le 8 octobre 1756^ j'ai vu de près le tableau de la Transfiguration que l'on copiait pour mettre en mosaïque, à Saint -Pierre. Les deux figures qui sont en haut, à côté du mystère, représentent saint Laurent et saint Jules , et comme ce tableau fut acheté par les Médicis, après la mort de Raphaël, et qu'ils le donnèrent eux-m^paes à l'église où il se trouve à présent, on soupçonne que Laurent et Jules de Médicis y firent ajouter leurs patrons, ou par Jules Romain, ou par quelqu'un de l'école de Raphaël. Le peintre qui le copiait prétendait trouver de la différence dans les touches.
Dans le palais Rospigliosi, on conserve cinq tableaux du Poussin. Le premier représente les quatre états de la vie, qui dansent au son de la lyre , que le Temps a dans ses mains : un petit enfant auprès de lui tient un sablier ; et un autre fait des boules de savon, poiu* désigner que tout cela est fi:*ivole. L'on voit un terme de Janus, et au-dessus Apollon dans son char avec les Heures, qui l'accompagnent. Ce tableau est plein de poésie. La figure couronnée de fleurs, représentant , je crois, le Plaisir, m'a paru désagréable pour la tête , qui ressemble à
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celle d'une bacchante. L'autxe figure, sur le devant, est fort belle. Le Travail , qui regarde la Pauvreté en se plaignant, me paraît un trait bien heureux. L'idée du tableau me fait de la peine , et je n'en puis démêler la raison. Cette Pauvreté et ce Travail qui dansent ne désignent pas trop la vérité; à moins que le Poussin ait voulu dire simplement que ces quatre états roulent et circulent sans cesse.
Le même peintre, dans un second tableau, représente le Temps qui découvre la Vérité. Il est fort beau , et m'a fait naître une idée. Pqurquoi représente-t-on le Temps sous l'image d'un vieillard ? Il n'est pourtant ni enfant ni vieux ; il est toujours jeune, ou plutôt dans un âge parfait. A la vérité, l'imagé d'un vieillard avec des aîles est plus frappante et fait plus d'effet, qi^oiqu'elle exprime mcHi» la rapidité. Un second tableau du Poussin passe pour représenter la Peste ; je n'en ai pas trop compris la composition. Les deux autres m'ont échappé, ils me reviendront peut-être; mais s'ils ne me reviennent pas, je m'en consolerai.
Le plafond de l'église de Saint-Louis vient d'être achevé par M. Natoire; et il me parait fort beaq. On y voit Jésus-Christ dans sa gloire ; saint Louis qui est représenté par la Religion , derrière lequel est Charlemagne. Des Vertus soutiennent les nuages cfui portent Jésus-Christ et saint Louis. En bas se trouve là France éplorée , auprès d'un autel ; un sol4^t qui tient un étendard , et dans le lointain le camp attaqué par la peste. Les têtes de femmes sont très-agréables et bien dessinée^. On a critiqué
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la jambe gauche de ss^int Louis, comme trop longue et estropiée. La figure de Charlemagne me parait froide et foire un mauvais effet. Il embrasse up gros glo!be avec son bras droit : sa tête est trop petite pour un gros corps. Je trouve aussi que nonseulement saint Louis parait malade , mais encore le Sauveur; d'ailleurs, ces deux figures se ressemblent. Néanmoins le plafond, dans son ensemble, m'a fait grand plaisir (i).
N^ XL Voyage à TUsculum et à Palestrine,
Arrivé à Tusculum, le i4 janvier 1756, j'examinai l'amphithéâtre, doutTenceinte, en pierre et ciment , est encore conservée. Le champ est plein de roseaux, et on aperçoit quelques restes des
(i) On jugera par ce petit nombre d'observations qu'aucun objet n'échappait à Barthélémy dans Rome. Cependant il n'a rien laissé d'une certaine étendue sur cette ville que le mémoire déjà cité, qui se trouve inséré dans le vingt - huitième volume du B^cueU de V académie des Belles-Lettres, Tout le reste ne consiste qu'en notes mémorat\v6s , mais sans auci^ie r^exion ni développement. Il avait co{)ié toutes les inscriptions qu'il avait vues , et cela seul formerait nn bon volume , et quelquesunes sont accompagnées de diverses leçons. De toutes ces nombreuses notes , je n'ai pu employer que celles rapportées dans cet article , et les deux précédents. Note de l'éditei^r.
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gradins : ils avaient vingt-huit pieds; et le plus grand diamètre de tout Famphithéâtre est de deux cent quarante. Les murs du côté du vallon étaient soutenus extérieurement par des massifs ou arcs-boutants. De ce coté, on trouve une voûte fort large et assez haute qui passait dans le grand diamètre dont je viens de parler.
A une portée de fusil de cet amphithéâtre sur une petite hauteur, on voit un vaste édifice, nommé dans ce canton, les caves de Cicéron. L'aspect en est très-beau : il s'étend en largeur au-dessus d'une plaine très-fertile, au milieu de laquelle passe le chemin qui conduit à Monte-Callino, ayant au midi Castel-Gandolfo , à gauche Monte-Cavo {Rocca di Papa) y à droite un petit rideau formé par différentes collines, sur l'une desquelles est la maison des jésuites, où l'on remarque une mosaïque représentant Rome ou Pallas.
Le bâtiment dont il s'agit présentait dans sa face méridionale plusieurs chambres vcfûtées en parallèles , dont la longueur paraît avoir été de trentedeux pieds, sur quinze et demi de large. Je n'ai pu déterminer la hauteur à cause des décombres. L'ouvrage est de pierres enchâssées dans de grosses couches de ciment : les murs sont revêtus de pierres en losange, et, par intervalle, d'une bande de briques. On y compte tlix pièces communiquant toutes avec une longue galerie voûtée d'environ treize pieds de large. Au fond de chaque pièce est une portç cintrée , entourée de grandes briques. De cette galerie on communiquait à d'autres pièces
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vis-à-vis des premières : elles sont pleines de décombres; et quelques-unes, dont la voûte est entière, paraissent n'avoir reçu Je jour que par la porte; on n'aperçoit aucune totnmunication entre elles. Perrière €st encore une galerie obscure , mais plus basse ; enfin y une troisième ^ qui l'est encore davantage.
A droite de la première galerie sont plusieurs pièces carrées ou oblongues, la plupart privées de lumière. De -là on entre daiis les pièces du côté droit, à la lueur des flambeaux; elles sont petitas et enfilées les unes dans les autres. On y descend par des crevasses faites dans les voûtes qui servent de plancher. L'édifice paraît en totalité avoir été de forme carrée; et ce qui en reste, mesuré p&r en haut, a deux cent quatre-vingts pieds de façade. Il est tourné du côté de Rome , et on y jouit d'une vue admirable. Ce fut là vraisemblablement où Cicéron se livrait tout entier à l'étude de la philosophie, où il composa ses beaux dialogues qui ont immortalisé le nom de Tusculum : c'est encore dans le territoire de cette ville où LucuUus et Mécène, et plusieurs autres illustres Romains , eurent aussi des maisons de campagne; je n'ai pas eu le temps d'en faire une recherche assez exacte pour en parler d'une manière satisfaisante (i).
Dans le mois de juillet de la même année, j|^'allai voir l'émissaire du lac Albano, qui est à Castel- Gandolfo , presque à l'opposite de Palazzold , et dont
(i) Voyez Chaupf, Description de la maison de campagne d'Horace, tome II, page 234.
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l'ouverture peut être de douze ou quinze pieds. Voici l'idée que je mè sui? formée de ce canal. Il est soutenu de chaque c6té par deux murs qui, à vingt-cinq pieds de profondeur, deviennent- plus épais de quatre à cinq; et jusqu'à huit et demi en l'endroit où le roc commence. L'eau entrait dans la montagne par plusieurs rangs de trous, les uns sur les autres, d'environ neuf pieds de diamètre, et creusés dans de grandes pierres. On ne peut savoir si dans l'origine eUeis étaient liées avec du ciment ; elles le sont actuellement. Plusieurs gros chênes verts ombragent l'entrée du canal sur le* quel je ne m'arrêterai pas davantage, JeaurBaptiste Pirahèse en ayant donné une exacte description (i). Dans la montagne, sous le château du pape, sont des grottes, dont uue a servi autrefois de temple ou de bain- On y a élevé tout autour des murs recouverts de brique^ et de pierres en losange, ornés de niches qui sont percées de trous carrés; ceux* ci paraissent aboutir à la montagne, et je n'ai pu en deviner l'usage. Il y a une voûte très -hardie, faite avec de petites pierres et du ciment. On monte au-dessus' ^ar un chemin pratiqué au fond d'une des niches , et on y trouve une pièce sans jour qui est simplement la partie supérieure de la grotte, ms»guée par la voûte dont je viens de parler.
,(i) Antickità (TAlbanoedi Casiel Gandol/b, 10-4**. Ce savant et habile architecte a. publié, depuis 1750 jusqu'en 1786, neuf ou dix grands ouvrages qu'il faut nécessairement lire pour bien connaître les antiquités de Rome et de ses environs. Note de l'éditeur.
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Le î8, je me mis en marche pour Monte-Cavo.
On prend par-dessus le Belveder, en côtoyant la ▼illa Brasciano, jusqu'à ce qu'on rencontre le chemin de Monte-Castino. On va vers la Mocata , audessus de l'ancien Tusculum ; on se rend à Rocca di Papa. Le chemin est très-beau et entre des cha* taigniers. Rocca di Papa se trouve adossé à une pointe de montagne où était peut-être le temple de Vénus. On traverse ce village par une montée très-escarpée ; et ayant pris sur la droite on arrive dans cet endroit que la tradition dit avoir été le camp de César, et qui paraît être le lieu où s'assemblaient les peuples latins. C'est une plaine de figure circulaire, entourée de montagnes couvertes de bois, et ouvertes du côté de Tusculum^ à l'exception de la pointe de montagne qui couvre R^céa d^j^apa. Monte-Cavo est à droite. En y montant, on ti^uve le chemin ancien , pavé de grandes pierres, et qui est bien conservé, et conduit jusqu'à la cime. La, s'offre une plaine assez grande, au bas de laquelle sont les deux lacs de Memi et d'Albano, formant le plus bel aspect dtf monde. Tous deux ont la forme d'entonnoir. Celui de Nemi est plus réguKer dans sa rondeur; leur position ressemble à une lunette, et l'isthme qui les sépare paraît d'en haut n'avoir qu'un mille. Cette plaine, qui est à peu près de forme carrée, a du levant au couchant environ cent dix pas, et du nord au midi quatre-vingt-dix. Elle pourrait avoir été autrefois plus grande et circulaire; car autour règne un terrain mobile , avec des débris , et terminé , à une
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distance de vingt pas au moins , par une haie d'arbrisseaux disposée en cercle. Je n'ai vu en cet endroit aucun mur; on y a tellement remué des terres qu'il est impossible de rien découvrir du temple de Vénus.
Le ao juillet jj'arç^vai, avec le baron de Gleichen , à Palestrine, et nous aperçûmes le reste de la voie ancienne qui conduisait à Praeneste : elle a en certains endroits douze pied^ hi|it pouces de large , en d'autres douze pieds huit pouces , et dix pieds onze pouces. Palestrine , l'ancienne Prœneste , est célèbre par la mosaïque qui couvrait autrefois le sanctuaire d'un temple à Praeneste. On la voit, aujourd'hui dans le palais des princes Barberin> à Palestrine. Sa longueur est d'environ dix-huit pieds^ sa largeur de quatorze pieds quelques pouces. Elle représente, dans sa partie supérieure, un; pays de montagnes rempli de chasseurs et d'animaux, qui ne laisse aucun lieu de douter que la ^Jie ne soit en Egypte. Les noms de ces animaux sont tracés en caractères grecs. Je les ai vérifiés avec d'autant plus de soin , que dans les gravures quelques-uns ne répondent pas aux animaux qu'ils désignent, que d'autres ont été omi», et que plusieurs ont été entièrement altérés.- Dans la partie inférieure de la mosaïque on voit le Nil serpentant autour de plusieurs petites îles, des bateaux à rames ou à voiles, des Égyptiens. poursuivant des crocodiles qui se cachent dan% les roseaux, des cabanes rustiques, des édifices superbes, dei prêtres s'occupant de cérémonies religieuses dans leurs tem-
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pies, des Égyptiennes couchées âii bord d\in canal, sous un berceau, en tenant des coupes ou des instruments de musique; enfin, une tente superbe, auprès de laquelle un général, suivi de plusieurs soldats armés de lances et de boucliers, s'avance vers une femme qui, tenant une palme de la main gauche, lui présente de la droite une espèce de guirlande. J'ai examiné avec la plus scrupuleuse attention chaque signe ; mais je n'en donnerai point ici l'explication, parce que je compte en faire l'objet particulier d'un mémoire (i) pour l'académie. Je ferai seulement une observation sur ce que le père
(i) Ce .mémoire, imprimé dans le trentième volume du Recueil de Vacadcmie^ pag. 5o3 , est divisé en deux, parties. Dans la première, Barthélémy examine quel est Tobjet dir monument; dans la seconde, il en explique les détails. D'abord il rapporte cet endroit où Pline dit : « Les pavés qu'on nomme « Ùihostrota furent en usage à Rome sous Sylla , et Ton voit ^ encore à Praeneste celui qu'il fit construire dans le temple de « la Fortune. » Liv. XXXVI, chap. aS. Et il feit voir qu'on ne peut s'en servir pour expliquer la mosaïque de Palestrine. Il y en avait plitsieurs dans cette ville : à quel signe distinguera-t-on celle dont parle Pline? Il serait nécessaire de prouver qu'elle était dans le même temple de la Fortune que celui où elle a été trouvée. Il faut donc rejeter toutes les conséquences qu'on a tirées du' passage de Pline. Barthélémy, qui cherche dans la mosaïque même les lumières propres à l'éclairer, y reconnut Hadrien.. L'habillement des soldats est un habit romain; une galère qu'on y voit, est figurée comme sur des médailles d'Hadrien ; on y reconnaît l'îiiglc de l'empire. En conséquence de ces traits', et de quelques autres qui caractérisent un sujet rciniaÎB , Barthélémy fait voir qu'il n'est point de prince à qui Itrf^
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Yulp dit, dans son Tjatium Antiq. tom. IX, p. \\l\\ d'un phare qu'il suppose avoir été au temple de
détails de la mosaïque^ conviennent mieux qu'à l'empereur Hadrien.
Ce prince passa en Egypte dans la quinzième année de son règne, y fit un séjour assez long , la parcourut presque tout entière , et pénétra jusqu'à Thèbes, accompagné de l'impératrice Sabine. Il rapporta avec lui le goût des monuments qu'il avait admirés; sa maison de Tivoli fut embellie de statues é^;yptieimes , et son voyage fut rappelé dans la mosaïque de Palestrine ; en effet , on y aperçoit sa figure à la tète de plusieurs soldats. Il tient dans sa main un vase, et trois autres vases sont posés sur une espèce de buffet. Or, ce prince, écrivant d'Egypte à son beaufrèi% Servien, lui dit : « Je vous envoie des vases à boire, que « le prétrç d'un temple est venu ^'offrir. » Ces vas^s , appelés rhyton, étaient fort en usage dans- l'Egypte. Ce trait seul est un fort, préjugé pour le sentiment de Barthélémy. On en trouve d'autres dans la suite du mémoire , qui servent à le confirmer davantage. Auprès de la tente, on voit un chien dont le cou est orné d'un collier; on sait qu'Hadrien aimait ces animaux au point de leur élever des tombeaux.
Les savants ne sont pas d'accord sur le temple où la mosaïque a été trouvée : les uns pensent que ce temple était celai de la Fortune y d'autres, un asyle .où l'empereur Antonin faisait élever un certain nombre de jeunes filles. Barthélémy croit avec l'abbé Dubos, que c'était un temple de Sérapis, où étaient encore les figures disis , d'Anubis , d'Harpocrate , etc. Une inscription trouvée à Palestrine, sert à établir ce sentiment. Ce temple, où était la mosaïque, avait été bâti, suivant l'inscription , par C. Yalerius Hermaïscus ; et une autre inscription en fixe l'époque sous le consulat de Barbarus et de Regulus , l'an de Jésus-Christ 167 , dix- neuf ans après la mort d'Hadrien. On voit par là que l'objet de la mosaïque qui représente l'Egypte, avait un rapport direct avec l'édifice qu'elle décore; cfesteequi
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U Fortune, et aperçu de Ja pleine mer. Ce qu'il prend pour les reste& ite ce pàare est évidemment
ne se trouve point dans les autres explications qui ont été don* nées de monument.
L'auteur de la mosaïque a représenté l'arrivée d'Hadrien nonseulement dans un canton de l'Egypte, mais encore dans* la saison de Tannée où cet événement s'est passé, ce que l'on reconnnoit par le débordement du Nil , qui convre toute la cam~ pagne depuis Iç mois de septembre qu'il est dans sa plus grande élévation ; par le Iptus , qui ne paraît sur la surface du Nil que dans le mois d^juillet, d'août et de septembre; par les raisin^ dont un berceau est chargé, qui annoncent la vendange .qui se foit vers la fin de juillet ; enfin , par le millet monté en épis , qui n'est dans cet état qu'au commencement de septembre. C'est donc cette partie de l'fmnée qui est représentée sur la mosaïque-
A l'égard du lieu de la scène , Barthélémy pense que la mosaïque désigne un canton de la haute Egypte , et particulièrement l'île d'Éléphantine. L'hippopotame, qui vient de l'Ethiopie dans la haute Egypte seulement , uti puits particulier pour mesurer les àocroissemenis du Nil , et qui ne se trouvait qu'à Memphis et à Éléphantine, sont deux, circonstances qui appuient cette conjecture. De plus , l'île était habitée en partie par des Éthiopiens que l'on voit encore sur la mosaïque. Tout cela s'accorde singulièrement avec le voyage d'Hadrien. Ce prince , qui était à Thèbes dans les mois de novembre et décembre , devait être à Élépbantine en août et septembre.
La seconda partie de ce mémoire a pour (Ajet les figures , les édifices, les barquati ou bateauit, les animaux et les plantes que l'on voit dans la mosaïque. U faudrait que le lecteur eût sous les yeux cette peinture , pour entendre tout ce que Barthélémy dit de curieux sur ce sujet. Il y fait remarquer de nouveau les traits qui caractérisent Hadrien , différents usages de l'Egypte pour l'explication desquels il a été obligé de lire touîi les ouvrages qui parlent de ce pays. Note da l'éditeur.
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une grande arcade ou niche, revêtue de petites pierres en lozange/dans la maison d'un pauvre paysan; au milieu on y a fait un plancher, au-dessus duquel on monte difficilement. On y voit effectivenîent des écoulements noirs d'une mutière huileuse, comme celle des moulins à huile, avec de grandes taches blanches, produites, ce me semble, par de la chaux délayée dans l'eau. Le payss» les prenait pour des. figures sans tête, et disait que c'était de la peinture antique. Il y a eu peut-être par- dessus quelque moulin à huilfe, ou quelque fabrique dans laquelle on employai** ^es matières huileuses. Quoi qu'il en soit , c'est un exemple assez remarquable de Ta manière dont se trompent les plus savants antiquaires.
En venant de Gensano, on descend à Larica. Au-delà de ce lieu, en venant de Rome, est le seizième raille, et le quinzièn^e aurdelà du prétendu tonabeau des Horaces. C'esyt un *grand massif, composé de petites pierres et de ciment. Il était autrefois revêtu de grosses pierres , et portait sur un soubassement dont la corniche paraît d'un côté à fleur de terre. Sa largeur est de quarante-cinq pieds. Il se trouve posé sur le roc , taillé en cet endroit, dé même que la partie de la voie* appicnne qui y passe. Il en résulte qu'il est moins ancien que cette voie ; ainsi il ne peut être le tombeau des Horaces. Des cinq pyramides qui accompagnent ce moimment, deux , du côté de la voie appienne, sont assez hien conservées, quoique leur sommité paraisse mancjuei:. Elles avaient de vingt à vingt-cinq
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pieds (le hauteur. Celle du milieu était plus haule ; et il n'en reste plus que le noyau, composé de pierres et de ciment. Les grosses pierres dont il se trouvait revêtu n'étaient point liées. Sa base est encore entière, et peut avoir quarante pieds de circonférence. De cette base à celle des quatre autres pyramides, il n'y a qu'un pied de distance: les pierres de revêtement ont plus de quatre pieds de longueur sur plus de deux de hauteur. Des deux pyramides du côté de la campagne, l\ine est entièrement détruite ; et il ne reste qu'une partie du noyau de l'autre, dont les pierres étaient liées par des crampons (i).
N^ xii.
Des fouilles d'Herculanum.
Les fouilles d'Herculanum se font actuellement à près de quatre-vingt-dix pieds de profondeur. On y descend par un escalier pratiqué dans fti lave. Ces souterrains ressemblent à des carrrières^ les passages en sont exhaussés et faciks. On es( occupé depuis long-temps à fouiller un palais itomtii^e, où l'on a déjà trouvé pli^siçurs statues et différents manuscrits. Les murs étaient de briques
(i) En lisant cet article, on doit se rappeler quç Barthélémy n'avait pas achevé d'en faire la rédaction. Note de Véditeur.
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chargées de peintures , et la plupart des appartements se trouvaient pavés de marbre. Telle était, entre autres, un pièce que Ton venait tout récemment de déblayer , et qui avait dix-lmit pieds en carré. Non loin de là on monte par un escalier de douze à quinze marches à une chambre plus petite encore, mais également pavée de marbre; et dans un autre endroit on a trouvé un second escalier qui conduisait peut-être aux caves de la maison. Mais l'eau qui sortait à gros bouillons n'a permis de le découvrir que jusqu'<a la quatrième marche. Cette eau, qui est douce, arrête fort souvent les ouvriers, et fait présumer qu'une petite rivière s'est perdue au milieu de ces débris.
Quand on a fouillé un appartement, on enlève les peintures et les mosaïques dont il était orné , et on le remplit ensuite de décombres. Les fouilles paraissent d'ailleurs bien conduites. Lorsqu'on s'est assuré du sol de la ville, on suit un mur dans sa direction et dans ses sinuosités, on pénètre dans 1^ ouvertures; on mine tout, niais en même temps on dessine tout, de manière qu'on pourra se flatter d'avoir un jour le plan de la ville , rue par rue, et maison par maison. Ceux qui n'ont pas vu les travaux et les Ueux ont blâmé cette conduite: ils auraient désiré qu'on eût découvert, ou du moins débarrassé, la vHle en entier. Mais ce proj.et «était d'une difficile exécution. i° Pour démolir cette route énorme qui couvre la ville souterraine, il eût fallu détruire avec le village de Portici plusieurs maisons de campagne, et enlever dans l'espace
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de plusieurs milles jusqu'à ceut pieds de terre et de laves, o,^ Il n'était pas possible de conserver les maisons dans leur premier état. La plupart ont reçu une si forte secousse que les murs en sont déjetés ou même renversés. Les poutres. et tous les bois sont brûlés; la rouille a dévoré le fer, et l'humidité a détruit ce que les autres accidents paient épargné. De plus , qu'aurait-on fait d'une foule de maisons petites, obscures et peu commodes? Si on l'avait laissé sans habitants, on les aurait laissé sans réparations; si on y avait placé des habitants, ils auraient bientôt converti cette ville ancienne en une ville moderne. D'ailleurs, \e$ maisons ne font aujourd'hui qu'un corps avec cette lave qui les a conservées en les comblant. Privées de ce soutien, exposées aux impressions de l'air voisin de la mer ou aux torrents qui descendent du Vésuve, elles tomberaient bientôt en ruine. Mais fallait*tl encore, pour remplir un simple objet de curiosité, détruire le village de Portici, et tant de maisons de campagne qui bordent la côte? détourner un grand chemin, et enlever^ l'espace de plusieurs milles , une si grande masse de terre et dé laves, et tout cela, pour donner aux étrangers le faible spectacle d'une ancienne ville, assemblage irrégulier de maisons chétives et toujours prêtes à s'écrouler?
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N^ XIIL Du cabinet de PorticL
Tous les monuments trouvés à Hçrculanum sont rassemblés dans les cabinets que sa majesté Skt^ Itenne a fait construire à Portici. Ceux à qui la garde de ce dépôt est confiée, fidèles aux ordres de ce prince, ne laissent prendre aucune note, et rien ne peut tromper leur vigilance. On n'a donc que la liberté de se rappeler. à loisir ce qtt'on a remarqué de plus essentiel , et de négliger des détails dont la plus heureuse mémoire ne pourrait se charger qu'au préjudice des articles plus considérables. On en peut juger par l'état sommaire de tous les monuments d'antiquité contenus dans les cabinets de Portici. Environ huit cents morceaux de peinture ^ trois cent cinquante statues, bustes, têtes de différentes grandeurs, soit de bronze, soit de marbi'e; sept cents vases différents par la forme ou la grandeur, presque tous de bronze, et la plupart destinés aux «sages de la vie civile; une vingtaine de trépieds de bronze; environ quarante candélabres ou chandeliers de fei même matière, sur lesquels on posait les lampes qui éclairaient les appartements ; huit cents manuscrits, et six cents autres morceaux, comme des lampes :, des instruments, des anneaux, des bracelets, des colliers, des miroirs, etc.
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Parmi les statues dont j'ai parlé je comprends dans ce nombre toutes les petites figures de bronze et de marbre, multipliées aujourd'hui dans presque tous les cabinets d'antiquités. Ces sortes de monuments ne méritent de l'attention que lorsqu'ils représentent des formes élégantes, lorsqu'ils 'font connaître des attributs propres à ca]::actériser les ^iyinijjjés dps anciens , çnfin , lorsqu'ils restituent l'exacte ressemblance xle ces hommes célèbres dont nous admirons les actions ou les écrits. Je jne contenterai de citer quelques petits bustes qui portent les noms d'Êpicure,, de Zenon, de Démor stjiène et du philosophe épicurien Hermachus. Les statues de grandeur naturelle sont au nombre d'en^ virori quarante, dont près de la moitié est en bronze, et le reste en marbre. Parmi ces dernières on ^ beaucoup célébré la £gure équestre de Nonius Balbus, que sa majesté Sicilienne a fait placer dans le vestibule du cabinet de Portici. Les artistes conviennent tous du mérite de ce monument, et ne craignent pas de le comparer au Marc-Aurèle du Capitole. C'est en donner une grande idée. On a découvert une autre figure équestre de marbre , mais fort mutilée, et qu'on a restaurée avec un art infini. Parmi les statues de bronze on peut remarquer deux figures de jeune homme, d'environ quatre pieds de proportion, trouvées sur les bords d'une fontaine : ils sont dans l'attitude de gens prêts à se jeter dans l'eau. L'expression, *Ie dessin et le travail en. sont admirables. Les autres statues ont aussi de grandes beautés. Dans celles qui pa-
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raissent n'avoir représenté que de simples particuliers, on aperçoit une manière de yêtements assez semblable à celle qui est encore en usage aux environs de Naples.
Il paraît que, dans l'éruptioii du Vésuve qui combla la ville d'Herculanum, les habitants eurent le temps de s'échapper au danger, et de sauver la plupart de leurs effets. Voilà ce qui fait qu'on n'a point trouvé de bijoux en or, et qu'on n'y a découvert que de petits vases en argent. Ceux de bronze sont en très-grand nombre, et, en général , d'un contour agréable et d'un travail excellent. Les ornements y sont diversifiés en cent façons différentes , mais toujours avec sagesse : tantôt ce sont des feuillages incrustés en- argent, qui circulent sur le bord ou au cou du vase, tantôt ce sont de jolies petites figures entrelacées qui tiennent lieu d'anses: la plupart sont en forme d'aiguière, d'é* cuelle, de soucoupe. Les antiquaires, qui, pour relever le prix de leurs travaux, veulent ehnobllr tout ce qu'ils expliquent, regardent pour l'ordinaire ces monuments comme des vases de sacrifice; mais la quantité qu'on en découvre tous les jours dans la ville d'Herculanum , prouve qu'ils étaient simplement destinés aux usages de la vie civile. Le soin qu'on a pris de les embellir, prouve en même temps que le goût des Grecs ne se bornait pas aux grands ouvrages, mais qu'il s'étendait jusqu'aux plus petits objets. Il en est un qu'il ne faut pas oublier; il consiste en des balances de diffîérentes façons, et surtout en deux pieds de bronze qui
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contiennent environ onze pouces de notre pied de roi. Un pain fixe aussi l'attention des curieux : on y trouve une inscription qu'on verrait à peine , si on pouvait l'examiner sans obstacle, et qu'on voit encore moins depuis qu'on l'a recouvert d'une glace. Cette inscription contient deux lignes. J'ai cru lire dans la seconde le mot latin qui signifie pois chiches. Il parait que la police ordonnait de marquer sur chaque pain le genre de farine dont il était composé.
Au reste , toutes les différentes classes de monuments déterrés à Herculanum feraient la matière de plusieurs articles, mais je ne m'arrête qu'aux manuscrits, comme étant le plus essentiel. Pour en avoir d'abord une juste idée, il faut concevoir une bande de papier plus ou moins longue , et large d'environ un pied. On distribuait sur la longueur de cette bande plusieurs colonnes d'écriture, séparées entré elles et allant de droite à gauche. On la roulait ensuite , mais de façon qu'en ouvrant te manuscrit on avait sous les yeux la première colonne Su page de l'ouvrage , et que la dernière se trouvait dans l'intérieur du rouleau.
Les manuscrits d'Herculanum ^rent trouvés dans une chambre d'un palais qu'on n'a pas encore achevé de fouiller. Ils sont de papier d'Egypte et noirs comme du charbon. On fut long-temps sans connaître le moyen de les dérouler, et dans cette incertitude, on prit le parti d'en couper quelquesuns dans toute leur longtieur, comme si on divisait un cylindre suivant la direction de son axe. Cette
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opération laissait apercevoir distinctement récriture. Mais les manuscrits furent entièrement perdu». Les différentes couches de papier étaient tellement collées ensemble qu'on les réduisait en poussière en les détachant, et tout ce qu'on pouvait se promettre par cette voie^ c'était de conserver une seule page ou colonne d'un manuscrit qui en con* tenait peut-être cent.
Il se présenta dans ces circonstances un moine industrieux et patient qui proposa un moyen de dérouler entièrement le^ manuscrits. Il fit des essais qui demandaient beaucoup de temps, mais qui réussirent ; il les continue avec le même succès et la même lenteur. Il cherche le bord extérieur du manuscrit; il y attache plusieurs fils de soie qu'il roule autour d'autant de chevilles engagées dans un petit châssis. Il tourne ces chevilles avec précaution et le manuscrit se dépKe imperceptiblement* On ne doit pas compter sur les premières couches du papier, elles sont déchirées ou pourries. Il faut parvenir à une certaine profondeur et rencontrer la partie du manuscrit qui n'est que calcinée. QuaaA on a déroulé quelques colonnes, on les coupe et on les colle sur de la toile. Il faut plusieurs mois pour déplier un de ces manuscrits, et depuis le temps qu'on y travaille^ on n'a pu sauver que les trente-huit dernières colonnes d'un ouvrage grec contre la musique, fait par un nommé Philodémus, dont il est parlé dans Strabon et dans d'autres auteurs anciens (i). Son nom et le sujet de son livre
(i) M. Charles Rofini a publié à Naples, en, 179*5, 4c troisième
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se sont heufeftisement trouvés à la fin du manuscrit. Ces trente-huit colonnes ont quelques petit^ lacunes, mais, en général, l'écriture en est trèsbelle et très-lisible.
On montre aussi deux autres colonnes de deux manuscrits grecs qu'on avait partagés, avant qu'on eut le secret de les déroiîler. L'une et l'autre paraissent avoir fait partie d'un traité de philoso|)hie. Celle que j'ai examinée avec le plus de soin contient vingt-huit lignes; j'en ai retenu vingt-trois^ que j'enverrai incessamment à l'académie. J'ai tâché de retenir aussi la forme des lettres et le nombre que chaque ligne en contient, et je ne crois pas m'être trompé : au reste , cette page ne m'a paru renfermer que des généralités sur les philosophes , et le nom d'Épicure s'y trouve cité avec honneur. Le tnanuscrit que l'on déplie actuellement paraît être un traité de rhétorique : on y distingue du moins ce nom en plusieurs endroits (i).
livre de cet ouvrage «cpl jioucix^ç, sur lequel M. Schut2, professeur à lena , s'est empressé de faire des observations qui ont paru en 1795. Voilà doue le seul fruit qu'on ait encore retiré de la découverte presque miraculelise de tant de manuscrits.
(i) Pour faire connaître le sort des manuscrits dont Barthélémy vient de parler, je rapporterai lextrait de trois lettres du secrétaire de l'ambassade de France à Naples, chargé d*eu prendre des informations. La première est du premier juin 1786. « Les papyrus y que M. Bertin a su qui avaient été jetés à la mer, « sont ceux qu'un mauvais chimiste avait dissous par une pré- « paration mercurielle, en voulant les rétablir comme ils étaient « avant l'embrasement. C*est une perte sans ressource ; s'il était « arrivé qu'on eût jeté en mer des rouleaux entiers, ils n'au- 2 10
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