‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: Littérature ancienne et beaux-artsChapitre 20 sur 76 · QUELQUES PEINTURES MEXICAINES · texte numérisé non relu

QUELQUES PEINTURES MEXICAINES

Jr EU de temps après que Fernand Corlès fut arrivé dans le Mexique, il reçut de l'empereur Montezuma des ambassadeurs qui avaient à leur suite des peintres fhargés de représenter sur des toiles de coton rhabillement et les armes des Espagnols, ainsi que le nombre et l'état de leurs troupes. Ce général , s'en étant aperçu, cru devoir profiter de cette occasion pour donner à Montezuma une grande idée de ses forces. Des courses de bagues, un combat de cavalerie, diverses évolutions militaires, des décharges fréquentes de la part de l'infanterie et de la cavalerie, remplirent les Indiens de terreur et fournirent à leurs peintres le moyen de déployer leurs talents. On les vit aussitôt dessiner des sol-, dats rangés en bataille, peindre des chevaux dans l'agitation des combats, inventer de nouvelles images pour rendre les nouveaux objets dont ils étaient frappés; ils figiu'aient un coup de canon par du feu et de la fumée , et le bruit de l'artillerie par ces traits lumineux dont ils avaient coutume de

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représenter la foudre. Il faut observer qu'ils suppléaient quelquefois à Tinsuffisance de l'image ou de la figure par de« signes de convention qu'ils plaçaient tout auprès (i).

Ce récit des historiens espagnols peut nous donner une idée de l'écriture mexicaine. Tantôt elle se bornait à copier fidèlement les objets matériels, tantôt elle appliquait à la circonstance actuelle des images étrangères, quelquefois elle employait des signes dont on était convenu; tels étaient, entre autres, ceux dont ils se servaient pour exprimer les nombres: les premiers étaient désignés par des globules; cette note P signifiait vingt; un épi, quatre cents; une bourse garnie de quatre houppes, huit mille.

Dès que les Mexicains avaient imaginé des signes pour rendre sensibles les idées que la peinture ne pouvait exprimer; il est visible que si leur empire avait subsisté encore quelques siècles, leur écriture, par des progrès successifs, serait devenue

(i) Herrera, qu'on doit regarder comme un auteur classique, eu ce qui concerne les premiers temps de la découverte de l'Amérique, parle des peintures des anciens Mexicains en ces termes : « Ils avaient des livres d'histoire et des calendriers sur « lesquels ils faisaient leurs remarques au moyen de figures. « Pour désigner les événements, c'étaient des roues, chacune « exprimant un siècle , et à côté ils peignaient les plus mémo- « râbles ; par exemple , ils dessinaient un chapeau et un habil- « lement long de couleur rouge , dans le signe de la canicule , « pour marquer l'invasion des Castillans , etc. » Fojrez liv. II , chap. 28 , etc. Note de V éditeur.

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entièrement hiéroglyphique, comme celie des Egyptiens et des Chinois.

Des Ijistoriens espagnols ajoutent que les pein^ très mexicains étaient assez habiles pour rendre exactement l'entretien de Cortès avec les ambassadeurs de Montezuma. Si le fait est vrai , on doit supposer qu'ils avaient auparavant disposé sur leur toile des représentations relatives aux éclaircissements que desirait Montezuma. Comme ce prince voulait savoir si les Espagnols étaient dans la résolution de quitter ses états ou de suivre leur route jusqu'à la capitale, il ne fut pas difficile aux peintres de tracer le chemin que les Espagnols devaient tenir. Cette explication est fondée siir ce que les toiles des peintres étaient déJR imprimées (i) quand ils se présentèrent devant Cortès; c'est-àdire, que les questions de l'empereur s'y trouvaient énoncées par de faibles esquisses aisées à terminer.

Ce qui est plus difficile à concevoir, c'est la manière dont ils pouvaient rendre les idées morales et abstraites. Nous n'avons sur cela que de faibles lumières.

Quoique cette écriture fut soumise à certaines règles, on était pourtant obligé à tout moment d'inventer de nouveaux signes pour les nouvelles idées qu'acquérait la nation ; et cela exigeait, de la part des artistes, de l'expérience et une sorte de talent. Â.ussi leur profession était -elle honorée parmi les Indien^, et nous voyons qu'on avait donné

(ï) Solis, Conq. du Mex.

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par 4liitMictioH4i une ville de la province de Guatimala le nom ^Amatiilaniy qui signifie villfi des leitreSf parce que. ses habitants excellaient dans l'art d'écrire (i). ♦

L'art de lire n'exigeait pas moins d'étude. Il faisait partie de l'éducation , et hes enfants apprenaient dans les écoles publiques à découvrir le sens des peintures offertes à leurs yeux (2). On sent aisément que ces peintures n'étant accompagnées d'aucune inscription , et la plupart ne présentant point de symboles propres à caractériser les principaux personnages, on ne pouvait pour lordinaire pénétrer ces mystères sans le secours de la tradition qui se perpétuait dans les écoles publiques (3) et dans les chansons que tout le monde savait par cœur.

I^es Espagnols, dans les premiers temps de la conquête , étaient bien éloignés de s'occuper de cet objet. 11$ trouvèrent dans les temples , et dans les maisons des particuliers, quantité de volumes dessinés et peints avec plus ou moins de grossièreté. Les uns avaient rapport au culte sacré, les autres contenaient les annales de la nation ; d'autres, à ce qu'on prétend, traitaient de l'histoire. naturelle. Il aurait fallu rassembler ces monuments et en demander l'explication aux Mexicains éclairés qui avaient échappé au carnage. On prit un autre

(i) Voyage de Gage, part. IV, chap. 1.

(a) Solisy Conq. du Mex., liv. III, chap. 16.

(3) Antoine Herrera y Voyage, Uy. XI, chap. 1^.

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parti. Un cordelier, nommé Zumarranga , élu premier évéque de Mexico, se fit apporter tous les volumes qu'on put découvrir, et, sous prétexte qu'ils contenaient des caractères magiques, il les fit brûler.

Il s'est sauvé de cet incendie : i° un recueil que l'on conserve, dit on, dans la bibliothèque du Vatican , et qu'on a toujours négligé de publier ; a*^ un morceau que Gemilli Carreri a fait graver, et qui représente un cycle de cinquante-deux années solaires, désignées par leurs symboles et disposées de manière qu'on pouvait dessiner sous chaque année les événements dont on voulait conserver le souvenir; 3** une collection de peintures que Thévenot, d'après Purchas, a publiées sous le titre Ôl Histoire de V empire du Mexique ^ représentée par figures (i). Ce monument, gravé en plus de soixante planches, est divisé en trois parties : la première contient la chronologie et les principaux exploits des empereurs du Mexique ; la seconde, la nature et la quantité des tributs que ces princes retiraient des bourgades soumises à leur empire ; la troisième, des détails sut les mœurs des Mexicains. Elles sont accompagnées, dans l'ouvrage de Purchas et dans celui de Thévenot , d'une interprétation traduite de l'espagnol en anglais et en

(i) Il y en a une quatrième , au musée de Velletri, appartenaut au cardinal Borgia. On y remarque un i*ouleau de peau, long de quarante-cinq palmes romains, et peint des deux côtés. M. l'abbé Fabrega, Mexicain, travaille à Tt^xpliquer.

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i'rançais. L'bistorique de ce précieux raonumeut est à la tête de l'explication ; j'ignore ce qu'est devenu l'original. Aux trois tableaux que je viens de citer, on doit ajouter plusieurs morceaux qui sont en Espagne entre les mains de quelques particuliers et les deux peintures récemment apportées du Mexique.

Ces dernières ne sont que des fragments , et se trouvent dénuées de l'interprétation que les Mexicains étaient seuls en état d'en donner; elles ne peuvent donc fournir que des conjectures. Celles cjue je vais proposer seront fondées, tant sur le récit des historiens que sur l'analogie qui se trouve entre les figures de ces tableaux, avec celles des planches publiées par Purchas et Thévenot^

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