‹ Œuvres diverses de J.J. Barthélemy: Littérature ancienne et beaux-artsChapitre 23 sur 76 · MEXICAINES · texte numérisé non relu

MEXICAINES

rayons dç différentes couleurs, dont quelques-uns se terminent en petites boules. C'était le symbole ou l'enseigne de sa bourgade; car chacune de ces bourgades avait des armes particulières (i). Il paraît que leurs chefs s'en paraient eux-mémi^lorsqu'ils marchaient à l'ennemi (2; , ou du moins que les peintres les en décoraient pour pouvoir les désigner.

Le second guerrier porte au-dessus de sa tête un cimier d'une hauteur démesurée. C'est peut-être l'enseigne de sa bourgade, ou l'attribut de soti grade. On en trouvera d'à peu près semblables dans les planches XV et XLIII de Thévenot, et surtout dans la planche LIX, aux lettres R, S, T, V. Le second guerrier en porte sur ses épaules un quatrième , qui , suivant les apparences , a été blessé dans le combat. La figure du troisième guerrier est presque toute détruite ; il avait sur la tête un cimier plus ^evé que les autres» Ils ont tous quatre, aux oreilles et aux bras , de ces turquoises dont on payait un tribut à l'empereur et qu'il distribuait à ceux de ses o£Sciers dont il voulait honorer la valeur. Ils ont de plus des rubans rouges autour de la tête, du cou et des bras, ainsi qu'aux souliers, ce qui était encore une marque de distinction (3).

L'édifice placé au-dessus du premier guerrier,

(i) Voyez Thévenot, planches a , 3 , 4 , 5,6, etc.

[!i) Idem y planche a.

(3) GomarayWv. IL Solis^ Conq. du Mex., Uv. III, chap. t6.

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l6o DSS PEINTURKS

est un temple. C'est ainsi que les temples sont figurés clans la planche LVI de Thévenot, à la lettre G; et dans la planche UX, lettre G.

A côté du temple, et dans la partie inférieure du fragment, sont deux figures presque entièrement nues : ce qui prouve que ce sont des gens du peuple. Elles semblent pousser des cris, et se livrer à des mouvements impétueux : ce qui rappelle la description que les historiens font des danses et des fêtes publiques des Mexicains (i). Elles tiennent dans leurs mains des symboles, qui se trouvent aussi répandus dans le champ du tableau. Je serais porté à croire que ce sont des fleurs; car le peuple en répandait sur la tête des vainqueurs (a).

D'après ces observations , je présume que cette peinture représentait plusieurs guerriers revenant d'une expédition couronnée par le succès; que la marche triomphale se faisait auprès d'un temple, et que le peuple, dans l'ivresse de sa joie, la témoignait par des cris, des danses et les fleurs qu'il répandait sur les guerriers.

Au-dessous d'eux est une bande jaune chaînée de ce même symbole que j'ai pris pour des fleurs , et d'un autre que je n'ai vu nulle part. Les points dont ce dernier est accompagné prouvent que ce n'est pas im simple ornement. La bande jaune désigne le chemin des triomphateurs. Le symbole inconnu me paraît représenter des pastilles de par-

(i) Solisy Conq. du Mex. , liv. III, chap. i5. (2) Solis, Cbnq. du Mex., liv. II, chap. 3.

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MEXICAINES. tOl

fum, que dans ces sortes d'occasions ies prêtres brûlaient en rhoaneur des dieux (i). Suivant cette idée, les points indiqu3eraient la quantité deà pastilles que , pendant la marche j on devait jeter successivement sur le brasier; et les fleurs, celles qu'il était ordonné de répandre sur les guerriers à des intervalles marqués, et dont on ne pouvait pas fixer le nombre. J'avoue néanmoins que, pour insister sur cette conjecture ^ il faudrait que la peinture fôt entière, ou que nous eussions plus de pièces de comparaison.

Enfin, dans un des coins iîiférieurs du fragment e&t un espace peint en bleu et divisé par compar^^ timents^ dans chacun desquels est un petit cercle marqué par un point dans le milieu. Je crois qu'il désigne la nuit. Les Mexicains la représentaient par une demi -sphère chargée d'étoiles, ou de petits cercles tels que nous les voyons ici (2)* Ce symbole pitouverait donc que l'expédition ou la marche s'est faite pendant la nuit;

En étudiant avec soin lés gravures de Thévenot^ il m'a paru que la manière dont les peuples du Mexique exprimaient leurs idées n'était pas aus« grossière que l'ont supposé quelques auteurs ^ et

(i) Dans la planche 53 de Thévenot, lettre Q, on voit, dans une cassolette, une pastille de parfum ou de copal, semblable, pour la forme , à celles qui sont tracées ici. Je dis pour la forme, car la gomme de copal était d'une autre couleur.

(a) Voyez Thévenot, planche 5a, lettre P; planche 55, lettres D,E.

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l6l DES PEINTURES MEXICAINES.

que, si l'on Toulait être instmit des progrès de l'esprit huinain parmi ces Indiens , il n'y aurait pas de voi^ plus sûre que de rassembler tous les monuments échappés à la barbarie du premier évéque de Mexico.

II serait facile, par le moyen de&élères de pein-^ tinre, d'avoir une copie exacte et enluminée des peintures mexicaines qui sont à la bibliothèque du Vatican, et qui, suivant Acosta, s'y trouvent ac* compagnées d'une explication. On pourrait déterrer l'original de celles que Thévenot a publiées, et en copier les couleurs. J'ai hi quelque part qu'il est à là bibliothèque du roi, où Fon m'a pointant assuré qu'il ne se trouve pas. Des relations en fispagne augmenteraient nos trésors en ce genre. Qa graverait ensuite ce recueil au simple tn»t, on l'enrichirait des couleurs des orignaux , comme on a fait pour la tactique des Chinois et pour les petn<^ tures antiques pubBées par MM. de Caylus et Ma* riette ; enfia, on y joindrait les explicatioa» qu'on avait appoitèes.du Mexique et celles q»e l'analogie pourrait indiquer. J'ose dire que ce projet, qm réunirait sous uni point de vne toMela littératurie des Mexicains, serait digne du ministre éclairé à qui l'histoire de France et celle des danois ont déjà tant d'obligations.

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