CHEZ LES GRECS
A Chanteloiîp , ce i5 août 1773.
J 'ai reçu, moDsieur, assez tard la lettre que vous m'avez £siit l'honneur de m'écrire le lo du naoîs dernier. Je voudr^^i^ èlre en état d eclaircir la cpies- UoQ que vous me i^roposez, avec la même précision «I la même clarté que vous Tavez exposée. Mais outre les- lumières et les secours dont j'aurais hé-* soûl, il faudrait avoir un temps €onsidéydi>Ie et £adre uq traité volumineux pour la discuter sous ses différents points de vue. Je ne sais même si ce travail dissiperait t^uâ lesi doutes.
Vous savez, monsieur, que nous n'avons qu'une légère connaissance du droit public des anciens; qu'ils ne distinguaient guère dans une même personne le souverain d'avec le général des troupes;
aO DU BUTIN
que les termes dont on a désigné les prises faites à Tennemi n'ont pas une signification précise ; et qu'enfin, il ne nous reste sur cette matière que des faits énoncés d'une manière vague» rarement motivés et souvent contradictoires. Nous voyons quelquefois des généraux s'enrichir dans une ou deux campagnes ; mais est-ce par des présents quHIs ont reçus, ou par le butin qu'ils se sont approprié? D'autres fois nous les voyons porter le butin au trésor public ; mais nous ignorons si cette remise est volontaire ou prescrite par la loi, et l'on ne peut se prévaloir des éloges que leur donnent les historiens, parce qu'ils les méritent également soit qu'ils aient £ait un acte de générosité, soit qu'ils n'aient fait que leur devoir. Ces difficultés et tant d'autres qu'il est aisé d'entrevoir suffiraient pour m'arrêter, si le désir de vous prouver mon zèle ne me forçait à vous sacrifier jusqu'à mon amourpropre.
Grotius s'est pro{>osé la question qui nous occupe (i). 11 la discute fort au long à l'égard des Romains, très -superficiellement par rapport aux Grecs, dont il semble néiammoins qu'il aurait dû approfondir les principes, puisque, ainsi que vous l'observez , les Romains ont emprunté tant de choses des Grecs.
Grotius convient que les jurisconsultes qui l'ont précédé ont soutenu que les dépouilles prises sur
(i) De la guerre et de la paix. Liv. III, chap. 6. Traduction ÂQ Barbeyrac.
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CHEZ LB6 ANCIENS. ai
repnemî appartîtnnent premièrement et de droit à chacun de ceux, qui s'en sont emparés, maïs qu'oa doit laisser, au, général le pouvoir de les par^ tager entre les soldats (i). Grotius prétend le con^ traire. Il conclut d'un grand nombre de faits qu'il a rassemblés, que chez les Romains et les autres nations anciennes, le butin appartenait au peuple, mais que les gâiéraux d'armée , dans le temps de la. république, avaient le droit d'en disposer, e^* sorte pourtant qu'ils ét^ntitenus de rendre compte au peuple de la marnera dont ils en avaient diis-* posé (a).
Je ne puis pas suivre Grotius dans toutes ses citations, parce que je n'ai pas. sous la main la plupart des auteurs dont il rapporte le témoignage; Je rae suis seulement aperçu que, pressé quelr quefois par des exemples qui Jjjpl sont contraires, il fait de vains .efforts pour les pUer à son système; et je conclurais volontiers de son embarras que le votum >qui vient de»passer dans le parlement d'Angleterre n'est pas, comme vous dites, un de. ces principes invariables dont toutes les nations sont convenues dans tods les siècles^ je le conclurais encore du sentiixient général dt^s auteurs qui ont précédé Grotius ; car si let ftdts déposaient clairement en faveur, de son opinipn , comment ces auteurs sei;aient^ils parvenus à un résultat différent du sien.
(i) De la guerre et de la paix. Liv. III, cbap. 6, pag. 309.. (a) Ibid,, parag. i5.
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39 BU BUXIlf
De ces réflexions générales, passoi» à ce qmi s'est pratiqué parmi bes Grecs , à commencer par les temps héroïques ; car s'il est possible de dé« couvrir l'origine et le principe du droit dont il s'agit, c'est dams Homère surtout qu'il faut te chercher^
L'armée des Grecs étant composée de phiskurs œitîons, il était naturel que le butin fiût partagé entre eUes. Quant À la portion qui revenait aux ehefr des natûcttis, on pourrait d^abord prés^aier^ d'api^ un passage de l'Odyssée , qu'ils ne la dî»*tribuaieut point aux soldats (i). «Ulysse, disent c ses compagnons, apporte de Troye im riche butin , « et notts^ qui l'avons accompagné dans ses courses^ K nous retoiunons les mains vides. » Ces plaintes ' que le malheur arrachait aux soldats d'Ulysse ne {«roHvent que la mg€ économie de ce prince , car ncms verrons bientôt qu'elles n'avaient aucun fon*^ detnent.
Pour avoir une juste idée de Tusage que l'o»
suivait alors, exaniinoofs quelles étaient les pré^ rogatives de généralissime de l'armée des Grecs^ 1°. On mettait à ses pieds le butin que les diffé** tetit» partis de l'armée ramassaient parmi les nations voisines et alliées des Troyens. a^. Aganiemnon en faisait trois portions; la première qu'il divisait €n autant de lots qu'il y avait de dwsfe^ et ces lots étaient tirés au sort; la seconde qu'AgamaBDoa réservait pour lui; la troisième qu'il gardait encore
(i)Odyss.Lib IX,v. 4o. , ^
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CHEZ XES AHCIEirS. d^
poiflT «en &îre dm présenté à ceux qui s'étaient signalés par leur valeur. Cette distinction, qu'il n% faudra pas perdre de vue dans ta suite de cette discussion, est clairement étabbe par ces paroles d'Jkciiîlle : « Dans vingt -trois villes que j'ai pitàscs « avec mes vaisseaux ou avec mes troupes de terre , tt î'ai ramassé des richesses considérables ; je les ai « toutes remises entre les mains d'Agamemnon. Il « en a distribué une petite quantité ; il en a retenu «c une grande partie pour lui ; il s'est servi du reste « pour en gmtifim* les princes et les principaux de « l'armée. Ils ont tous encore les présents ()a'ik tf ' ont reçu ; je suis le seul a qui il ait enlevé celui « qu'il m'avait doni^ (i). »
GrotiiK a rapporté ce passage; mais comme il était persuadé que dans les temps les plus anciens, le butin appartenait de droit à la nation, il dit : « qu'Agamemmm doit être considéré en jmrtèt « oomme ichef de toute la Grèce et représentant ^ ainsi l»corps de la nation , à cause de quoi il < avaiMiroitde £aire la distribution du btitin, conte joûatement avec le conseil ; en partie oomme tt coinmandamt gétrèral de l'atmée , et en cette «qualité pouvant exâ^sr Une portion -pli» constat dérable que celle des autres {iy » L'esinit de système a entraîné ce savant homme. En effet, Agamismnon était le chef d^ l'armée ^ mais il ne Tétait eertaincsnctit pas de toute la Grèce. Citons
(i)Iliad. Lib. IX, v. BaS. .
(a) Grolius, parag. &4, pag. ^li.
Digiti?ed
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a4 DV BOTIN .
cieqx*ou trois Êûts qui développeront eiKX>re imeox le texte préoéd^,
Agamemnon /voulant apaiser Aclûlle, promet^ entre aulres choses, de lui. donner dix.talents d'cur, sept trépieds magnifiques, vingt vases précieiàx^ douze beaux cbevaux , sept belles esclaves de Lesbos qu'Achille avait amenées de cette île quand il s'en raidit maître , et qu'Agamemnon.avait cbotsiçs pour lui» Ces difiEérents objets Causaient pinrlie du butin qu'Agamemnon s'était réservé dans. les différents partages; ils lui appaitenment, et l'on n'est pas surpris qu'il en dispose comme il lui plait ; mais ce qu'il ajoute mérite de l'attention: a Voilà, dit -il, les présents qu'il recevra dès a»* a jourd'hiii , et si jamais les dieux nous accordent a de détruire la ville de Priam , alors , quand nous « partagerons le butin « il sera le itmitre de rempUr « «es vaisseaux d'or et de cuivre , et de ciK>isir vingt « Troyennes qui ne- le céderoot en beauté. qu'A a Hélène (i). » A quel titre Agan^mm» préten.dait-il disposer d'une partie du butin qu'oM. ferait k Troye, si ce n'est par. le droit qu'il avait en qualité .de géitéral de réserver em pour lui,, ou pour ceux qu'il voulait hoMorer, la plus grande partie de^ prises faites' sur l'ennemi? Ici Grotius suppose (2) que la proposition d'Agameranon fcit approuvée du eoasieil; mais ce prince ne mit point la chose en ) délibération. Nestor se oonteote. de
(i) Odyss. Lib. IX, v. 121.
(2) GroL Lib. III, cap. 6, parag. 1^4-
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CHEZ LES AIÎCIENS. a5
répondre^: «Filsd'AtiMe, vous offrez à AcfaUle des « prései^s qui ne. sont pas à.i:i^eter,i»4itc'«st celte répoufte.que Grotius a prise ;pour une. approbation du conseil. ♦
Après la pméjjp Troje, l^^itse^est yeté par la tempête sur Ja cote des Ciconiens (i), peuple ib Thrace-qui awt fourni des secours aux Troyens (a); il: prend 4eur ville, fait un très -grand butîn et. le distribue par. égales parts à ses soldats.
£nfin,.dans.^H»e histoire fabuleuse qu'il raconte à fumée , 1« ; naénie Ulysse dit .qu'avant, la guerre de Troye, il avait commandé. une escadre de neuf vaisseaux; qu'il avait fait de^ incUDSM|# dbez des nations étrangères^;. qn'ayant rassemblé unjgrmid butin , il choisissait d'abord ce qui lui convettait et que le sort lui en adjugeait une autres fiartie (3). Quand mj^me cni prendrait ces expédition^|eu|^ posées pour dès guerres de pirates^ elles n'attestient pas moins l'esprit général du siècle,. et il résulte de tousxfô passages réujiis et comparés que, soit que la guerre fijt ;|f|p|i|ne ou non , . le chef d'une expéditions avait le^xiri^t de prendre ^pour lui jnie pafFtie.du butin et de distribuer le re^e p^rja vote du 80rt.
Je pourrais citer pour les Trc^ens Fexemfdbt d'Hector qui promet k Dolon le char et les che-
(i) Odyss. Lib. IX, v. 39.
(a) Iliad. Lib. II, v. 846.
(3) Odyss. Lib. XIV, v. !>3q.
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a6 mj Bxrris
vaux d'Uljrsise, s'il peut vaincre ce héros (i); qui
ofire la moilUé des dépouilks d'Ajax à celui qui
|>oiirra, malgré les efforts de ce dernier, enlever
le corps de Patroclé' (2). Je passe aux beaax siècles
de la Grèce; Vàn y rétrcnivera és^ traces de Taiieien
usi^e.
J'observe d'abord que parmi les Ids qui nous resteni des Athéniens , des Laoédémonîem , de Charondas et dé Zâleucus (3), il nen est aucune qui concerne ia distribution du butin, quoique les l<Hs des premiers infligent des peines sévères aux soldais qui ont quitté Tarmée, qui ont reftisé de s'enroiir^ etc. (4)-
Jcremapqoe en second lieu que parmi cette fbole d'accusations intentées, soit dans les tribonauK dTAâiène^, soit devant rasseroblée du sénat ou du petite, on n'en voit aucune qui ait été dirigée contre un général qui se serait approprié les richesses de l'ennemi.
Érasinide^ à Athènes, fut traduit en ju^meot pour avoir retenu les 4:ootrîbutions qu'il avak recueillies' dans l'HeHespont, -et qui apparteiuâeiit au peuf^e (5). A Liacédémone, Rhimbron fut aocvsé, condamné, obligé de prendre la fuite pour avoir fuersnis à ses soldats de rai^gu* les terres des al-
(t)Hiad. Lib. X, v. 3iii.
(a) Iliad. Lib. XVII, v. 23i.
(3) Diod. SicuL lA. XII.
(4) Sam. Pet. de legib. att.
(5) Xenoph, Hist. graec. Lib. 1, pag". 5ô.
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Kés(î); ma» je ne confiaift point <f action intcMée ccmtre le^ génërauic qui gdrdaieM le butin. S*il existait une loi qui le réservât pour le trésor public^ peQl^on supposer que personne ne l'eut enfireinte^ cm que personne n'eo eût poursuivi Tinfraction? Ajoutons , potn* donner un nouveau degré de force à cet ar^nient négatif, que chez les Athéniens les généraux , ainsi que tous ceux qui avaient part Ji fadnfiin»^ratiocl, devaient rendre leurs oomptesevi sortant de place (a) : par quel hasard auraient-ils, dans ces examens, soustrait leurs rapines à Yosii sévère de leurs juges, à la jalousie vigilante de leurs ennemis?
S'il n'emtâit ^oint de lois, on en doit con^ dttrOi à ce quVme semble , que les législateurs s'«n étaient rapportiés i l'ancien usage et avaient laissé aux généraux un très-ampte pouvoir sur la distribution du butin. Ils usèrent plus ou moins de ce pouvoir suivant qu'ils étaient plus ou moins désintéressés, plus ou moins attachés à leur patrie, suivant que les besoins de l'état étaient plus ou moins t»gemts. Jetons 1^ yeux sur les principaux événements de l'histoire grecquei
Auprès la bataille de Marathon,, le vertueux Aristide feft cfasrgé, Gonjoînten>en| avec sa tribu, de veitléf -k la conservation des prisonniers^ ^^ ^'^ pouilles, de l'or et de Targent que les Perses
(i) Xenoph.y Hist. grœc, Ub. III, cap. i, p^g. xa^, édit. d'Oxford in-8".
(^) JEtchin.ïn Ctesiph., pag. 429. Plut, in Nie, pag. 533.
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a8 1>1} BUTIN
av^ot laissés s^ur l6 champ de batalUe. Non-seu* lemeut il n'y toucha points mais il ne permit, pas qu'QP en écartât. le moindre chose (>)• Oo en prér leva, le dixième pour en consacrer treize statues dans l'enceinte sacrée du temple de Delphes (a). U paraît qu'on, en déposa une . grande partie dans le trésor public, car environ soixante ans apfès cette bataille, Périclès dans sa harangue aux Athéniens, disait que ce qui restait.Mesi dépouilles des Mèdes, joint aux vases qui servaient aux pompes solennelles, montait à 5oo talents (3). L'histoire ne dit pas si, dans cette occasion, les généraux ne gardèrent rien pour eux, si les soldats ne furent pas récompensés, si les habitants dé Platée , qui vinrent au secours des Athéniens, forent privés de. la portion, du butin qui leur appartenait.
Je. n'aurais que des conjectures à proposer sw l'emploi de celui que procura la victoire de Salar mine; mais celle de Platée oâre des détails eâseatiels.
Ps^usanias, général de l'armée, fît proclamer., par un héraut , unfc défense expresse de to^icher au butin. U le fit.iKassembler par les Hilotes^q^i en détournèrent ynè partie. Les généraux en réservèrent, le dixième pour les offrandes qu'ils préseur tèrent à l'ApolLon de Delphes, au Jupiter d'Olymr
(i) Pto. m Aristid.,pag. 321. *
(t.) Pausan. in Phôc. Lib. X, pag. Saï.
(3) Thucyd, Lib. II, cap. 3. Diod. SicuL Lib. XII, pag. 99.
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pie, au Nepliïne de l'Isthme (i). Ils donnèreiy: ensuite 80 talents à ceux de Platée, qui en construisirent un temple (a). Le reste fut distribué aux soldats (3) ; mais auparavant on préleva un fonds qu'on répartit à ceux qui s'étaient distingués par leur valeur. Pausanias eut, entre autres choses, dix captives, dix talents, dix chevaux, et dix chameaux (4).
Si on compare ce fait avec ceux que j'ai déjà cités d'après Homère, on verra la distribution du butin dirigée par les mêmes principes. De part et d'autre, c'est le général qui veille à la conservation des prises, qui préside au partage, qui a une portion plus considérable; de part et d'autre^ les soldats participent aux dépouilles, et la valeur reçoit les récompenses qu'elle mérite.
De grands avantages remportés sur les Phéniciens, sur le peuple de Cypre et de Thasos, procurèrent à Cîmon un butin qu'il fit vendre à Tencan, et dont il remit le produit au trésor de l'état. 11 suffit pour subvenir aux dépenses publiques et pour construire le nuir méridional de la citadelle(5). Du butin fait dans une autre occasion , Cimon entretint la flotte pendant quatre mois, et il en resta
(i) Herodot, Lib. IX, cap. 79.
(2) Plut, in Aristid., pag. 33i.
(3) Diod. SicuL Lib. XI, pag. a6. Édit. Wechel.
(4) Herod. Supr.
(5) Plut, in Cim., pag. 487. Nepos in Cim. C»p. 2.
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3o DU BDTIN
uoe somme considérable pour la république (i)v Ces faits doivent être discutés.
Cimoia, dans ses premières années ^ n'avait pas été en état de payer les 5o talents d'anoende aux* quels son père, Miltiade^ avait été eondamné (a); mais après les victoires on ]e vit construire^ à ses frais, les fondements des longues murailles qui devaient joindre la ville au Pirée (3), embellir la place publique et l'académie par des promenades, des allées, des canaux; ouvrir ses Jardins à tou4; le monde^ paraître au milieu d'Athènes accompa^ gué d'un domestique chargé de distribu^er de l'ar^ gent aux citoyens que l'indigence opprimait (4)* D'où provenaient ces richesses? Plutarque dît qi^ les ayant glowieus&nent acquises à la tête des armées 9 il ne s'en servit que pour l'ulililé de ses concitoyens (5). Je sais qu'un général pouvait recevoir desF présents de la part des peuples et dés souverains qu'il protégeait, et que cemoyan d'ac-» quisitîon^ plus daogereuix que le droit de pairtici* per au bulin, ne paraissait crÎBÛndi que dans I0 cas où il l'aurait ouvertement préféré aux intéréta de l'état. Je sais aussi que Cimon lui-même fut accusé de s'être laissé corrovapre, à force d'argent ^ par Alexandre , roi de Macédoine , et de n'avoir
(i) PluL in Cim., pag. 484.
(2) Nep. in Cim. Cap. i.
(3)P/£/^,pag. 4Ér7.
(4) Idem, pag. 484. Nepos, in Cim. Cap. &.
(5) Jdem, pûg. 4^4-
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CHEZ LES ANCIENS. il
^pas en cooséquencc; conduit ses iroupes ^cto rieuses ddtns.ce^^ royaume. Mais }e vois eu niénwtemps quil &îl alsf^ous, et que, dam sa défense, û protesta qu'S aurait pu , à l'exemple des autres gé^ néraun^ contracter en lonie et en Thessalie des liaisons d'hospitalité qui l'auraient enrichi; mais qu'il avait toujours préféré.la frugalité et la moilé^ ration à la fortune, et que son unique ambitioi^ avait toujours été d'enrichir la répi«bhque des dépouilles de rennemî (i).
On. est dxmc fondé de penser ^^ue l'opulence qu'étala Cimon après ses succès, vint en grande partie du droit qu'il avait siur tes prises qu'il avait laites.
Vers le même temps, Myronidès, général des Athé«ûens, gagne^ contre les Tbébains^ ime bataille que ûiode^e de Sici^ compare à celle de Platée et de Marathon; il pre^d la ville de Tanagre, ra-^ vage la Béotie, rassemble un butin immense. Qu'en feit-U? il le distribue aux soldats (a)^ et le peuple d'Athènes n'en est pas mcnns empressé à publier sa gloire (3).
La guerre du Pélopouèse fouvnit peu d'événements propres à éclaircir la question. Vkm» «ette foule d'expéditions qui se firent en Grèce ^ en Tlurace et d«ns l'Asie -Mineure^ le butin était presque toujours destiné à entretenir les troupes
{i)PUiL, pag. 4B7.
(2) Diod. SicuL Iiib^XI, pa^. 63.
(3) Idem, ibid.
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3î» DU BUTIN-.
et à les enrichir. C'est dans cette ^me qu'Aldbiade Vt Thrasibule, voulant, au rapport de Diodore de Sicile (i), soulager le peuple d'Athènes des contributions qu'on exigeait de lui en temps de guerre, ravagent la province de l'Asie oxi commandait Phiarnabaze, se procurent de l'argent par la vente du butin , et ménagent âp leurs soldats les moyens d'acquérir des richesses.
C'est par le même motif que Théramène, autre général d'Athènes, ordonne le pillage sur les terres des ennemis, et en retire des sommes considérables (2).
Il est inutile de citer d'autres exemples (3); mais il ne le sera pas d'observer que les Athéniens, les Acarnaniens, et d'autres peuples, ayant vaincu les habitants d'Ambrade, partagèrent entre eux les dépouilles; que les Athéniens en eurent un tiers qu'on envoyait à Athènes et qui fut pris sur mer, et qu'on choisit pour Démosthèue, général des Athéniens, trois cents armures complètes (4), qu'il fit suspendre dans les temples d'Athènes.
Il paraît que dans cette bataille on ne trouva guère d'autre butin que les armes, j®. parce que Thucîlîide se sert du mot (<Txu>a) dépouilles, qui, suivant de bons auteurs , désigne , pour l'ordinaire, des armes; 2° parce que la bataille se donna tout
(1) Diod, SicuL Lib. XIII, pag, 188.
(2) Idem, Lib. XIII, pag. 173.
(3) Xenoph. , Hist. Graec. Lib. IV, pag. 269.
(4) Thucyd. Lib. III, cap. 114.
près d'Ambracie^ et que les vaincus ne faisaient que de sortir de cettje ville. Cette espèce de butin était la plus honorable de toutes ; on voit par ce passage qu il en revenait au général une partie.
Timothée, général des Athéniens , fait la guerre à Colys, roi de Paphlagonie. Le butin produisit laoo talents quil déposa dans le trésor public. Ab eoque mille et ducenta talenta prœdœ inpublicum detuUty dit Cornélius Nepos(i).
Pour apprécier ce fait, il faut le comparer au suivant. Timothée joint ses troupes à celles du roi Agésilas, en faveur d'Ariobarzane : Agésilas, pour prix de ses services, reçoit des mains d'Ariobarzane une soipme d'argent. Timothée, qui aurait pu réserver pouc sa famille une partie de l'argent qu'on lui our^t donné, préfère les intérêts de l'état aux siens > et aime mieux recevoir en présent deux villes qui étaient situées sur l'Hellespont, et qui furent réunies au domaine de la république (a)*
De là deux réflexions : la première, que les généraux athéniens pouvaient légitimement retenir pour eux une partie des présents; la seconde, que Timothée étant plus jaloux d'agrandir les états de la république que d'augmenter sa fortune, il n'est
(i) In Timoth. cap. i.
(2) Quum laco pecuniam numeratatn accepisset, iUe cives suos agro atque urhihus augeri maluit, quàni adsumtre , cujus partent domum suam ferre posset, Ibid.
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