‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 4)Chapitre 22 sur 46 · CONTINUATION DU COMMENTAIRE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU COMMENTAIRE

Passons maintenant à Tarticle 4, s'il vous plaît. Article 4. Cet article nous présente une clause qui est encore d'une cruauté bien inconcevable. « Je consens [c'est toujours Deburau qui parle ; voyez à quoi on le fait consentir, ce malheureux, pour 35 francs par semaine !), je consens à me trouver au théâtre chaque jour de représentation, dans le cas 7nême où je ne Jouerais pas. » — Quidjuris, si sa femme accouchait, s'il se battait en duel à coups de poing, s'il avait un enfant à baptiser, s'il célébrait le jour de sa naissance ou celui de sa fête, si son vieux père l'appelait à son lit de mort ? Le pauvre diable seraitil, en effet, obligé d'aller à son théâtre le joiœmême où il ne Jouerait pas? Lq docteur en droit, qui est rigoureux, dit que non; mais que cependant il ne faudrait pas trop multipHer les cas d'absence, ajoutant l'axiome

bien connu : Non siint entia sine necessitate multiplicaJida. L'article 5 est un modèle d'iniquité. Le code exceptionnel du bagne de Toulon est d'une douceur paternelle, comparé à cet article de l'engagement. En cas de maladie, le directeur ne paye pas l'artiste; c'est-à-dire : le Jour où l'artiste aura le plus besoin de ses 35 francs par semaine, on ne lui donnera pas de quoi se faire porter à l'hôpital!

Remarquons en passant que l'article 5 est plus dur que l'article équivalent des engagemens dans les autres théâtres, les autres théâtres ne payant pas l'artiste quand il est malade par incondiiite. Ainsi, si la jeune première est en couche sans présenter son contrat de mariage, ses appointemens sont suspendus. Dans l'espèce. Pierrot gagnerait une fluxion de poitrine dans la cave, une fluxion de poitrine pour avoir joué six fois par jour, qu'il serait à la merci de son direc-

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teur. Le docteur en droit dit que cela est de droit. Il n'y a pas de galérien qui voudrait signer un pareil engagement.

L'article 6 sent tant soit peu le jésuite : c'est encore le directeur qui se déclare le maître de ne pas payer, en cas d'incendie, à moins, dit-il, quil ne soit dans Vintention de payer ; ce qui est une clause d'une fausse bonhomie tout à fait indigne d'un contrat dont le sentiment est totalement exclu.

L'article 7 présente une question très importante. L'acteur est tenu de se fournir de rouge et gants. Qu'arriverait-il si Deburau, qui ne met pas de rouge, voulait se faire pa3''er par la direction la farine de son visage ? La farine peut-elle passer pour du rouge devant la loi? L'Administration peut- elle dire que la farine compense le fard? Toutes questions que notre docteur aurait résolues mieux que nous, s'il n'eût pas reculé devant cette tâche imposante.

Telle est la série de questions que soulève la première lecture de rengagement. Nous nous sommes arrêté quelque peu sur cette étrange pièce, pour faire bien comprendre à nos lecteurs, qui ne s'en doutaient pas, ce que c'est au fait qu'un engagement dramatique, combien c'est une chose déplorable que l'existence même des plus grands comédiens quand on la voit de près.

Avantages. — Malgré toutes ces critiques de détail, nous devons cependant reconnaître tout ce que M. le directeur des Funambules a mis de bienveillance dans son engagement avec Deburau. Cet engagement de 35 francs par semaine est une chose inouïe au théâtre des Funambules. Ajoutez à l'agrément de toucher pareille somme cet autre agrément d'être dispensé de corvées moins artistes ; par exemple : allumer les lampions du lustre, bala3'er la salle à son tour, faire les contremarques, raccommoder sa chaussure, et

autres menues fonctions dont notre acteur a été dispensé par privilège spécial. Il est bien vrai qu'outre son emploi de Pierrot, Deburau est encore chargé de la conservation des armes et accessoires du théâtre; mais cette fonction n'a rien que d'honorable. Veiller sur les sabres, sur les pistolets et sur les piques, entretenir tout le service de cette vaste administration, entrer dans les plus minutieux détails de ces pièces à féeries, où sont employées toutes les ressources des quatre élémens, c'est là un rôle noble et beau, même après celui de Pierrot! Deburau a cumulé les deux emplois. Un article additionnel a été ajouté tout exprès à son engagement. Voici cet article additionnel, qui fait honneur à la justice et au bon sens du directeur, M. Bertrand.

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