‹ Œuvres diverses de Jules Janin (volume 5)Chapitre 21 sur 43 · DE LA VIE DU DUC D ALBE IO · texte numérisé non relu

DE LA VIE DU DUC D ALBE IO

d'Olivarès et un capucin Domingo, qui, Dieu merci, se connaissaient en luxure. Etre là, nu en présence d'une reine et de toutes les femmes d'honneur des deux royaumes, d'autant plus longtemps que ma maudite cuirasse de buffle ne voulait pas se détacher, soit par accident, soit par maladresse de mes valets de chambre, soit conspiration de mes ennemis.

« Enfin ma cuirasse tomba, et j'eus un moment de triomphe sur ce misérable moine quand toute rassemblée put voir que je portais, au coin de ma chemise, un dur cilice aux armes de la très sainte Inquisition, et que j'avais en sautoir sur ma poitrine deux scapulaires de Saint Jean de Compostelle et de Notre-Dame d'Atoga.

« Cette vue releva mon courage. Je m'avançai les yeux baissés vers le lit fatal. De ce moment, je ne sais plus ce que je devins : je tremblais, ma vue s'égara, je me souviens seulement que j'aperçus la reine nue dans son lit et que ma jambe effleura la sienne.

« Quand je me réveillai, j'étais dans les Ca^ chots de notre très sainte Inquisition, couché sur la pierre, mangeant un pain aussi dur que ma couche et recevant quatre fois par jour une vingtaine de coups de verges pour mortifier mes sens.

Petits Contes. 10

c( Voilà, Messieurs, e]uel a été le moment le plus terrible de la vie du duc d^Albe.

« Heureusement que six mois après je pris ma revanche dans les Pays-Bas, » ajouta-t-il en s^appuyant sur sa longue épée et en poussant un profond soupir.

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