XVIII JULES JANIN
qualité de critique quelque peu influent, le contrarie peut-être un peu.
L'administration du collège était tout à fait, aussi bien que la composition de notre diligence, un produit de la Restauration. A ce moment de notre histoire, vous retrourez la Restauration partout avec ses deux caractères principaux : l'aristocratie et la dévotion ; l'aristocratie qui l'eût sauvée, la dévotion qui l'a perdue ; l'aristocratie sauve-garde de la propriété, la dévotion qui faisait peur à la liberté : si bien que, dans la diligence du grand chemin, dans les murs du collège, à l'église, à la cour, à la ville, partout vous retrouviez les deux éléments de toute cette époque; au collège Louis-le-Grand plus qu'ailleurs.
A la tête de ce collège était un homme d'un esprit dur, impérieux et mesquin, qui eût pu flétrir plus d'une jeunesse comme la nôtre, à nous qui étions ses esclaves, si nous avions eu moins d'abandon dans les idées, moins d'insouciance dans le caractère, moins de gaieté et de bonheur entre nous. Cet homme avait rêvé tout d'un coup en s'éveillant ce que l'Opéra lui-même avait rêvé, à savoir qu'il était moral et chrétien : cet homme, à la tête de six cents jeunes gens confiés à ses soins corps et âmes, ne rêvait qu'une chose, le prix d'honneur, et après le prix d'honneur, l'ordre et la discipline. Pourvu que son collège fût silencieux, et qu'il fût distingué au concours général, c'était assez. Il ne voulait rien de plus, mais aussi rien de moins. Il courait donc avec ruse et violence à ce double but, épiant le moindre signe de rébellion, comme la police du temps épiait le moindre signe de bonapartisme, défendant son prix d'honneur, comme M. de Villèle défendait son budget; du reste, dur, impérieux, implacable, odieux, médiocre. Il nous