‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 23 sur 87 · PEINT PAR LUI-MEME. XXXIII · texte numérisé non relu

PEINT PAR LUI-MEME. XXXIII

modestie, qu'avant mon premier article de journal, je n'avais jamais écrit une ligne suivie. J'avais beaucoup lu de grands prosateurs et de grands poètes, j'avais beaucoup traduit de grands e'crivains, Horace surtout; mais avoir eu l'idée de composer même un roman, moins que cela, même une trage'die en cinq actes et envers, c'était à quoi je n'avais jamais songé. Bien plus, je ne crois pas qu'avant mon début dans le monde littéraire, j'eusse lu vingt feuilles périodiques. Tout ce que je savais en fait de journal, c'étaient les feuilletons de Geoffroy et les articles de Dussaulx réunis en recueil; môme il m'était resté de mes habitudes dans la maison paternelle je ne sais quelle vague admiration respectueuse pour Geoffroy, et pour Dussaulx, et pour le journal où ils avaient travaillé, qui m'eût fait rejeter bien loin aussi, et comme une chose bien invraisemblable, la seule idée d'écrire trois lignes dans un journal où ils avaient écrit. Ceci est encore l'histoire, mais en grand, du chien de M. de Lamartine et du cheval de la rue du Dragon.

Voici comment j'entrai dans la carrière des lettres. J'étais un jour à me promener devant un théâtre qui n'existe plus qu'en partie, qui a été pour moi le comble de l'art, et que je ne conçois pas aujourd'hui, tant nos goûts changent avec nos années et nos mœurs! Ce théâtre, vous allez rire! c'était l'Opéra- Comique, théâtre aimé par les amateurs de comédie parce qu'on y chante fort peu, et par les amateurs de musique parce qu'on y joue fort peu la comédie. Moi, je l'aimais, je crois, parce qu'on y faisait tout à la fois de la comédie et de la musique. Combien souvent, le dimanche, aux beaux temps de la seconde et dernière aurore de Martin, suis-je venu, dans cet étroit et in-

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