‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 24 sur 87 · XXXIV JULES JANIN · texte numérisé non relu

XXXIV JULES JANIN

fect passage Feydeau, attendre mon billet de parterre pendant cinq heures d'horloge, debout, h jeun, me disputant à outrance pour M'"° Pradher contre M™° Rigaut, pour Martin contre Ponchard 1 Que de ravissantes extases j'ai éprouvées dans ce parterre, quand, l'oreille tendue, l'âme tendue, j'écoutais ces beaux drames, ces belles comédies, cette musique divine, ces grands chanteurs 1 Je ne crois pas que jamais un plus complet assemblage de médiocrités de toutes sortes, musique et poëme, acteurs et chanteurs, ait excité plus d'émotions et d'enthousiasme dans le cœur d'un jeune homme. J'étais ivre d'admiration, ivre de bonheur; mon cœur soulevait ma poitrine oppressée. Que faire? que devenir? Heureux transports, où êies-vous? Le théâtre où se passait tout cet enthousiasme innocent et ridicule a duré encore moins que mon admiration. Il a croulé sous les ordres d'un maçon, ce joli théâtre. A présent, en passant rue Feydeau, vous pouvez voir encore son enceinte muette, ses loges dégarnies, ses échos tête baissée. Le pauvre vieux théâtre cherche en vain à envelopper sa nudité contristée: rien ne vient plus à son secours, ses ruines seules le protègent à présent. Paix à ses cendres 1 Ainsi donc, moi, jeune encore; moi, assis sur les ruines de ce théâtre où j'ai trouvé tant de passions diverses, je suis là comme Marius à Carthage. Mais aujourd'hui, quand nous avons vu tant de ruines grandes et petites, tant de vainqueurs de la veille vaincus le lendemain, qui de nous, dans son étroite sphère, n'a pas été Marius assis sur les ruines de Carthage, un jour!

J'étais donc ce jour-là errant autour de l'Opéra- Comique comme une âme en peine, et toujours me consultant à part moi, pour savoir si je ferais encore

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