‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 25 sur 87 · PEINT PAR LUI-MEME. XXXV · texte numérisé non relu

PEINT PAR LUI-MEME. XXXV

cette fois l'énorme dépense de 44 sous que l'Opéra- Comique coûtait dans ce temps-là. Comme j'étais ainsi à me consulter, je fus abordé par un beau jeune homme que j'avais vu souvent au Luxembourg, et avec leguel j'avais fait connaissance, nos deux chiens s'étant liés d'amitié, bien que son chien fût un beau et noble danois, à côté duquel mon pauvre Azor faisait une triste figure. Ce jeune homme avait au bras une très-élégante belle dame; ils allaient ensemble, elle et lui, à l'Opéra-Comique, et je pourrais au besoin retrouver la date précise de ce jour. C'étaient les débuts de Lafeuillade et la rentrée de Gavaudan dans le Délire. Jugez de mon bonheur et de ma joie quand ce jeune homme, qui avait une loge à lui tout seul, me proposa de me donner une place à côté de cette belle dame! J'acceptai avec empressement et en balbutiant des grognements de reconnaissance. Mais que devins-je, quand mon ami me raconta tout bas que cette belle dame à qui il donnait le bras si familièrement n'était rien moins qu'une chanteuse de l'Opéra, oui, de l'Opéra*! une coryphée, par ma foi! Alors, je ne fus plus de ce monde, alors ma tête bourdonna comme lorsque vous avez les oreilles pleines d'eau à l'école de natation. Je ne sus plus à quel enthousiasme obéir. Être là à côté d'une femme de l'Opéra, être là en face de Gavaudan, de Gavaudan lui-même! La sentir, elle, distraite, ennuyée, lorgnant d'autres hommes que nous deux (j'en suis fâché pour mon ami); écoutant sans les entendre mes fades, tremblants et timides compliments; prenant sans l'accepter mon bouquet de violettes. A qui entendre? à lui, au chanteur, à tous deux! La soirée fut enivrante. Dans ce temps-là, les femmes, quand elles étaient jeunes et belles, étaient revêtues pouf

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