PEINT PAR LUI-MEME. LI
Boïldieu qui faisait la Dame blanche; nous avions... que sais-je encore? M. Gérard, par exemple, et son portrait du roi, dans lequel il y avait ce beau cheval. Tout cela était admiré très-fort, tant nous étions oisifs et riches! Chaque année avait aussi sa célébrité qu'il fallait faire ou défaire, chose facile au journal. Venaient en même temps les expositions de l'industrie. Venaient Sèvres, les Gobelins, la Société d'encouragement pour les Beaux-Arts, les concerts des Enfants d'Apollon; toutes choses suivies de dîners au Rocher de Cancale ou chez Véry. Quelle belle foule 1 Voyez cette dame qui passe, une partition à la main , elle sort de Feydeau et elle va chanter à la chapelle du roi; voyez cet homme qui emporte son violon en cabriolet, il va accompagner la duchesse de Berry; voyez cet enfant qui passe entouré de gardes du corps, c'est le duc de Bordeaux. Prêtez l'oreille, le vieux palais s'illumine tout à coup! c'est fête aux Tuileries ! la fête des puissances et des nobles ! Ils se reportent au moyen âge ; ils se reportent de toutes leurs forces à ce temps de puissance absolue ; ils rêvent toute la nuit l'antique féodalité des vieux temps.
Mais, le matin même de ces fêtes, quand ces fêtes vont finir bientôt, voyez-vous ce pauvre homme qui jette obscurément un journal chez le portier du roi? Portez les armes à ce pauvre homme, sentinelles! frappez le parquet du talon de vos bottes , gardes du corps! Evanouis-toi, moyen âge d'une heure! ce pauvre homme abattra les vieilles Tuileries! ce pauvre homme, c'est le porteur d'un journal.
Une préoccupation puissante s'est emparée ainsi de