‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 36 sur 87 · LU J U L E S J A N I N · texte numérisé non relu

LU J U L E S J A N I N

toute ma vie, et, Dieu merci, j'ai été place dans des positions assez diverses pour les bien comprendre à présent que je les vois en bloc, tous ces faits épars de notre histoire de chaque jour. Je fus d'abord un écrivain inconnu, écrivain d'opposition par épigramme, faisant la petite guerre en vélite, harcelant les gouvernants que je connaissais fort peu et qui me connaissaient encore moins; plus tard je passai du petit jounal dans le grand journal, du journal populaire dans le joutnal aristocratique, toujours le môme homme, quoi qu'on ait dit, là et là, toujours faisant de l'opposition là et là.

Ceux qui me reprochent d'avoir passé d'un journal à l'autre ne peuvent pas me reprocher d'avoir quitté une opinion pour une autre; j'ai toujours été le même écrivain, attaquant ce qui était fort, hostile au puissant, n'étant jamais guidé dans mes hostilités par aucune ambition personnelle, quittant une position acquise aussitôt que cette position devenait avantageuse. C'est ainsi que j'abandonnai mon petit journal d'opposition libérale quand il devint triomphant sous M. de Martignac; c'est ainsi que je quittai mon grand journal d'opposition royaliste le jour même où M. de Polignac vint au pouvoir. Tout le monde sait qu'alors j'avais une chance très-belle: je pris la fuite. Le lendemain, je faisais un journal d'opposition : l'opposition a été ma vie à moi, comme à d'autres la déi^nse du pouvoir est leur vie. Le premier qui a jeté des paroles d'opposition après Juillet et qui les a signées, c'est moi. Ce que je dis ici, ce n'est pas par vanité ou pour me faire valoir plus que je ne vaux, mais pour répondre une fois pour toutes à ce qu'on a pu dire sur le caractère d'un homme qui a pu être accusé d'inconséquences téméraires, mais à qui per-

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