‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 39 sur 87 · LVI JULES .TANIN · texte numérisé non relu

LVI JULES .TANIN

j'ai été le faible animal qui ai rompu de mes dents le réseau dans lequel était enfermé le lion. Laissez-moi le voir bondir, mon jeune lion délivre. Comme ses bonds sont impétueux! comme son allure est vive! qu'il est heureux d'être libre enfin! Le lion, c'est la jeune littérature contemporaine, c'est notre capricieuse et folle poésie, c'est notre histoire sévère et remplie de poésie, c'est notre drame aussi, cet immense jouteur qui n'étreint pas tout cequ'il embrasse; c'est notre éloquence simple et naturelle, éloignée de tous les genres d'emphase; c'est notre roman passionné jusqu'au délire, mais plein d'intérêt et de vérités de tous les genres. Tels sont les fruits d'une victoire littéraire qui a demandé dix ans de combats. Ce qui doit résulter de cette victoire, et quels fruits doit porter la littérature nouvelle, nul au monde ne peut le dire; nos tentatives les plus hardies n'ont pas encore amené un chef-d'œuvre. Nos chefs d'école ont éprouvé bien des défaites, la révolution qui s'est abattue sur tout cela a jeté bien du découragement dans les esprits les plus hardis, et dérangé bien des enthousiasmes. Il est cruel à un écrivain qui marche à son but, d'être dérangé par cette grande chose qu'on appelle une révolution. Cela l'étonné et le fatigue, cela l'anéantit pour longtemps. Une fois revenu de la première surprise, il lui faut bien des soins et des peines seulement pour regagner l'échelon de gloire sur lequel il était huche quand la révolution, en passant, l'a jeté par terre du bout de son aile. Nous en sommes donc 15, nous tous tant que nous sommes, attendant la poésie qui doit venir, et nous demandant avec inquiétude de quel côté, orient ou occident, doit sonner la trompette delà résurrection poétique. Mais, hélas ! il faut attendre encore longtemps avant de l'en-

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