PEINT PAR LUI-MEME. LVH
tendre éclater et retentir dans la société moderne, qui est toute politique. Les faits passent avant les idées, l'histoire passe avant la poésie. Il faut laisser à l'histoire le temps de prendre un corps et un visage; quand l'histoire sera faite, nous ferons de la poésie avec l'histoire, si nous pouvons.
Or ceci est encore un des avantages du journal, c'est qu'en même temps que le journal fait l'histoire politique, il fait encore l'histoire littéraire de chaque jour. La critique remplace toute poésie quand toute poésie est éteinte; la critique, dans les époques de transition, tient lieu fort bien de tout ce qui n'est plus, ce qui n'est pas encore. La critique alors c'est tout le poëme, c'est tout le drame, c'est toute la comédie, c'est tout le théâtre, c'est tout ce qui occupe les esprits; c'est la critique qui passionne et qui amuse; c'est elle qui éclaire et qui brûle, c'est elle qui fait vivre et qui tue; elle usurpe à elle seule toutes les fonctions des autres parties de Fart, elle est à la fois et tour à tour l'ode, l'élégie, le poëme épique, la cantate et l'oraison funèbre d'un peuple veuf de ses poètes et de ses orateurs. Voilà comment, à de certaines époques, vous voyez le métier de critique, métier secondaire en apparence, s'élever au plus haut point de gloire, de puissance, d'estime et d'utilité.
Nous en sommes donc là encore une fois, nous en sommes encore à la critique! Cela nous est arrivé souvent, après les bouleversements de toutes sortes, de refaire notre code littéraire, en même temps que nous refaisions nos lois politiques. Maintenant, si vous me demandez ce qui adviendra de notre littérature, je vous répondrai que je le savais peut-être avant Juillet, qu'aujourd'hui je ne le sais plus; que cette révolution subite nous a surpris certainement en pro-