‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 48 sur 87 · GALVANISME · texte numérisé non relu

GALVANISME

rent : c^était le jeune homme de la Morgue. Il portait le corps de son maître sur ses épaules, et de son bras gauche il soutenait un autre fardeau assez volumineux; comme il ne trouva rien de préparé pour recevoir le cadavre, il fronça le sourcil, et sur le même canapé où était couchée Henriette il plaça le fardeau principal, de sorte que la tête du noyé était sur le même coussin à côté de la tête de la jeune fille.

Il garda le second paquet sous son bras : c'était la cuisse du cadavre que la pourriture avait séparée du tronc. « Votre opération en sera plus belle, dit-il en s'approchant du maître de la maison. »

Cependant on préparait une table; elle était chargée de journaux , de gravures , de musique nouvelle : il fallut du temps pour qu'elle fût prête. L'Anglais s'était retourné vers le sofa et tenait toujours son paquet sous le bras.

Quand tout fut préparé, on plaça le cadavre sur la table, on rapprocha du tronc le membre qui lui manquait, et le jeune homme se mit à opérer. . .

Le cadavre se leva, les deux mâchoires s'entrechoquèrent, la cuisse brisée retomba lourdement sur le parquet : à ce choc si rude, le piano rendit un son plaintif, et tout fut dit!

Le jeune Anglais était hors de lui. Il poussa un

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cri de joie ; mais, s'approchant de son maître, il retrouva un corps inanimé ; il prit sa main, cette main était froide; il se frotta les yeux comme s'il était tourmenté par un mauvais songe, et il voulut fuir. Je le suivais, je le soutenais. Déjà nous étions à la porte, lorsque, se retournant avec un regard menaçant : « Monsieur, dit-il au jeune homme, je reviendrai chercher mon maître à midi, demain; vous m'en répondez sur votre tête, je le veux tout entier. »

Et nous sortîmes.

Nous pensâmes renverser sur Pescalier un valet de la maison qui portait un bol de punch à son maître et à ses amis.

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