POESIE
Non prius aiidita.
(Odes.)
E terminais cet inventaire, lorsque je mis la main sur un paquet cacheté avec soin, qui n^avait pas été envoyé à son adresse et qui était resté là comme une chose qui ne m'appartenait plus, comme un dépô\t sacré que je ne pouvais violer sans délit. Cependant, par je ne sais quelle curiosité criminelle, j'ouvris ce paquet mystérieux. Il se composait d'un mouchoir de soie, dont la couleur appartenait évidemment à une mode passie; il était accompagné d'un simple billet soigneusement cacheté et encore tout empreint d'un parfum doux et faible, suave avantcoureur d'une lettre d'amour. J'ouvris cette lettre,
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c'était une écriture moulée, que d'abord je ne pus croire de ma main ; ce ne fut pas sans une émotion profonde que je relus ces vers depuis longtemps oubliés :
Il te plaît, jeune fille, eh bien! je te l'envoie, Et la prochaine nuit, loin des yeux importuns, Si tu veux confier à ses longs plis de soie Tes cheveux doux et bruns;
Si le sommeil, plus fort que ta coquetterie, Endort ton frais sourire un moment arrêté, Pour ne laisser régner sur ta bouche fleurie Que ta jeune beauté;
Si, plus doux que les feux des deux frères d'Hélène, Tes yeux sous leur paupière ont voilé leur clarté, Et si les soupirs seuls de ta suave haleine Troublent l'obscurité:
Gomme le chant léger d'un sylphe qui voltige Sur les pas d'une fée aux pieds blancs et polis, Et qui pose en passant, sans en courber la tige, Ses ailes sur un lis;
Une voix, doucement plaintive à ton oreille^ Te parlant dans la nuit, sans te causer d'effroi, - Te dira bas, bien bas : « Enfant, tu dors, il veille* Il veille, et c'est pour toi!
« Il demande à la nuit les leçons de l'histoire, De fabuleux récits, des pensers douloureux, Et des accents de joie, et des chants de victoire, Et des vers amoureux.
« Il cherche pour te plaire une palme suprême, Il veut sentir son front couronné comme un roi, Pour se mettre à genoux et te dire : Je t'aime, Je t'aime, c'est pour toi. »
C'est pour toi que je veux un nom grand et célèbre; Puis, à ton nom chéri prêtant l'appui du mien, De l'avenir pour toi levant l'oubli funèbre, Je lui dirai le tien.
Et tous les cœurs aimants, retrouvant leur folie Dans cet amour vivant dont tu m'as enchanté, Sauront ton nom, plus doux que le nom de Délie, Que TibuUe a chanté.
Oh ! mais, lorsque l'azur de ce tissu de soie Pressera sur ton front tes beaux cheveux boucles, Eusses-tu renfermé tes plaisirs et ta joie Sous mille et mille clés;
Si de quelque rival enivré sur ta couche Les baisers enflammés, qui me feraient affront, Répondant en silence aux baisers de ta bouche, L'écartaient de ton front: