‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 75 sur 87 · LE BAISER · texte numérisé non relu

LE BAISER

Oui, oui, baise, Thomas.

(Mr DiAFOIRUS. )

EPuis qu^on Pavait tirée de son cachot pour la renfermer dans une chambre plus commode; depuis que je ne pouvais plus la voir, j^étais sorti de ma prison volontaire, j'étais rentré dans ma vie aventureuse, et pour me distraire, je me jetai plus que jamais dans mon étude favorite des petits faits de la vie commune, espionnant, pour ainsi dire, la nature vulgaire et lui dérobant mille secrets innocents, trop simples pour qu'on les étudie et pourtant si fertiles en émotions! Ainsi je m'étourdissais sur le temps; ainsi j'oubliais tout ce que je savais! Je me figu-

rais que c'était un songe ! je ne m'entourais que de figures riantes; le printemps était revenu, avec lui mes promenades solitaires. Je passais, un jour, devant une grande cour remplie de charpentes; les planches étaient soigneusement arrangées contre la muraille. Au fond de la cour, un petit jardin tout parfumé par de beaux lilas à moitié épanouis; audessus du toit, un joli pigeonnier revêtu de tuiles rouges, et sur le bord de la planche toute neuve, un beau pigeon au cou changeant, au plumage doré, se promenait fièrement au soleil en roucoulant. Il y avait dans cette maison tant de propreté, d'élégance et de bonne grâce que je ne pus résister au désir d'y jeter un long coup d'œil, et j''en sortais lentement, quand, au rez-de-chaussée et au milieu d'une vaste salle, j'aperçus une large machine que je ne connaissais pas. Elle se composait d'une Ion* gue estrade en chêne, une légère barrière l'entourait de deux côtés, sur le derrière s'appuyait un escalier, sur le devant s'élevaient deux larges pou* très menaçantes, chacune d'elles avait une rainure au milieu; tout au bas, l'estrade se terminait brusquement par une planche taillée au milieu en forme de collier; cette planche était mobile, on voyait pourtantque l'ouvrage était bien près d'être achevé; lin jeune homme, beau, riant, vigoureux, frappait de toutes ses forces sur les ais mal joints, ajoutaità

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