‹ Œuvres diverses de Jules JaninChapitre 78 sur 87 · LE DERNIER JOUR D^UN CONDAMNÉ. I · texte numérisé non relu

LE DERNIER JOUR D^UN CONDAMNÉ. I

devant mes yeux; et je ne pouvais me rien rappeler. J'essayai de dire mes prières, mais je ne pus me souvenir que d'une çà et là, et il me semblait que ces mots étaient autant de blasphèmes que je proférais.— Je ne sais pas ce qu'ils étaient; je ne puis pas me rendre compte de ce que je dis alors. Mais tout à coup, il me sembla que toute cette terreur était vaine et inutile, et que je ne resterais pas là pour y attendre la mort. Et je me levai d'un seul bond; je m'élançai aux grilles de la fenêtre du cachot et je m'y attachai avec une telle force que je les courbai, car je me sentais la puissance d'un lion. Et je promenai mes mains sur chaque partie de la serrure de ma porte, et j'appliquai mon épaule contre la porte même, quoique je susse qu'elle était garnie en fer et plus pesante que celle d'une église; et je tâtonnai le long des murs et jusque dans les recoins de mon cachot, quoique je susse très-bien, si j'avais eu mes sens, que tout était en pierres massives de trois pieds d'épaisseur, et que lors même que j'aurais pu passer à travers une crevasse plus petite que le trou d'une aiguille, je n'avais pas la moindre chance de salut. Au milieu de tous ces efforts je fus saisi d'une faiblesse comme si j'eusse avalé du poison, et je n'eus que la force de gagner en chancelant la place qu'occupait mon lit. J'y tombai, et je crois

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que je m'évanouis. Mais cela ne dura pas, car ma tête tournait, et la chambre me paraissait tourner aussi. Et je rêvai, entre la veille et le sommeil, qu'il était minuit et qu'Elisabeth était revenue comme elle me Pavait promis et qu'on refusait de la laisser entrer. Il me semblait qu'il tombait une neige épaisse et que les rues en étaient toutes couvertes, comme d'un drap blanc, et que je la voyais morte, couchée dans la neige, au milieu des ténèbres, à la porte même de la prison. Quand je revins à moi, je me débattais sans pouvoir respirer. Au bout d'une ou deux minutes, j'entendis l'horloge du Saint-Sépulcre sonner dix heures, et je connus que j'avais fait un rêve.

« L'aumônier de la prison entra sans que je l'eusse envoyé chercher. Il m'exhorta solennellement à ne plus songer aux peines de ce monde, à tourner mes pensées vers le monde à venir, à tâcher de réconcilier mon âme avec le Ciel, dans l'espérance que mes péchés, quoique grands, me seraient pardonnes si je me repentais. Lorsqu'il fut parti, je me trouvai pendant un moment un peu plus recueilli et je m'assis de nouveau sur le lit, et je m'efforçai sérieusement de m'entretenir avec moi-même et de me préparer à mon sort. Je repassai dans mon esprit que, dans tous les cas, je n'avais plus que peu d'heures à vivre, qu'il n'y avait point d'espé-

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