‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 11 sur 115 · I.N DF.IIORS Di:S KAIÎLF.S · texte numérisé non relu

I.N DF.IIORS Di:S KAIÎLF.S

morales, souvent précisées par lui-môme avec une candeur coinplaisanle, ne sont pas de celles que justifient et parfois anol^lissent les entraînements de la jeunesse : A'ieillard, il v est retombé ; il s'y est traîné longuement jusqu'au repentir final (;t tardif. Qu'importe! il a été simple, il a été bon, et les Français en sont restés sur lui au jugement de l'abbé Verger, un étrange abbé qui avait ses raisons pour n'être pas riooureux aux autres :

Hé ! qui pourrait être surpris I^orsque La Fontaine s'égare?

Tout le cours de ses ans n'est qu'un tissu d'erreurs, Mais d'erreurs pleines de sagesse.

Les plaisirs l'y guident sans cesse Par des chemins semés de fleurs.

Pour ses erreurs littéraires — je ne parle pas des Contes, qui sont mieux et pis — la postérité en garde à peine un souvenir confus. Bien que plusieurs soient contemporaines des Fables, ou leur soient même postérieures, elle ne veut connaître que l'auteur des Fables. Ce jugement, ainsi simplifié, peut-être à l'excès, n'en est pas moins définitif : prétendre l'ébranler dans son ensemble serait puéril, mais il n'est pas interdit de le préciser sur quelques points. N'exbumons pas le fatras des œuvres de circonstance où se jouait le facile génie de notre poète : ce serait rendre un mauvais service à sa gloire et dépayser ses admirateurs. Attachons-nous, au contraire, à éclairer d'une lumière plus vive certains aspects de sa physionomie peu connus et qui méritent de l'être davantage. Kpithalames et madrigaux, sizains et

64 l,'<ï;UVItK OK I.A FONTAIM-;

dizains, odos iinacréonti(jues ot odes triompliales, virelais et rondeaux redoublés, que tout cela continue il dormir dans la paix des éditions savantes. Si La Fontaine est grand et s'il est aimable, ce n'est pas assurément pour avoir écrit le Différend de Beaii.r- Yeii.r et de Belle-Bouche. Mais ce La Fontaine que nous aimons et que nous admirons, nous l'aimerons et l'admirerons plus encoi-e, si les EpUres, par exemple, et les Lettres nous deviennent aussi familières que les Fables. En pénéti-ant dans son intimité, nous sentirons vite l'étroitesse des formules où notre paresse l'emprisonne. Et nous n'en chercherons point de nouvelles pour définir un charme dont le caractère propre est justement d'être indéfinissable.

TABLEAU CHRONOLOGIQUE I) r. s p H I X G II' A L V. s œ u \ w ic s d ic La Fox r a i x v.

1621 . — (S juillet). La Fontaine naît à Château-Thierry, de Charles de La Fontaine, maître des Eaux et des Forêts, et de Françoise Pidoux

1654. — Début de La Fontaine dans les lettres par la traduction

libre de V Eunuque de Térencc.

1658. — Fragments du Songe de Vaux (d'après Marais), publiés

seulement en 1671, dans les Fables nouvelles et autres

poésies.

— Adonis, publié en 1660, à la suite de Psi/clié.

1658 il 1661. — Clymène, comédie publiée en 1671. 1658-59. — Vers pour et contre Claudine Golletet, publiés dans

les Fables nouvelles. 1671.

KN OKIlOltS l)i:S l'AHLHS 65

1659 — Ballado à M"'" Fouquet pour le premier terme, publiée en l(i85 dans les Oui>rages de prose et de poésie des sieurs Maiicroi.r et de La Fontaine.

Ballade pour le pont de Château-Thierry, jjubliée en 1(171, dans les Fables iioui'eUes.

Epitre à Fouquet, publiée dans les Œuvres diverses, 1729.

1660. — Relation en vers, à Fouquet, de l'entrée de la reine dans

Paris (26 août), ]jubliéo dans les Œuvres posthumes, 169G.

— Kpigraninie sur Scarron, publiée en 1671, dans les Fables

iKKivelIcs.

1661 . — (22 août et 10 septembre). Lettres à Maucroix, la première

avant, la seconde après l'arrestation de Fouquet; publiées, la prem^ière dans les Œuvres diverses de 1729; la seconde dans l'édition de Walckenaër, 1827.

— Elégie aux nymphes de Vaux, publiée en 1671 dans le

Recueil des Poésies chrétiennes et diverses et dans les Fables nouvelles.

1663. — Ode au roi pour Fouquet, publiée en 1671 dans les mêmes

recueils.

— Lettres à sa femme pendant le voyage du Limosin, pu-

bliées par d'Olivet, dans les Œuvres diverses de 1729.

1664. — Contes et Nouvelles en vers, première partie. 1667. — Contes et Nouvelles en vers, deuxième partie.

1668 — Fables choisies et mises en vers, les six premiers livres. 1669. — Les amours de Psyché et de Cupidon.

— ■ Seconde édition des Fables choisies, mises en vers.

1671 . — • Fables nouvelles et autres poésies, avec les épitaphes d'un Paresseux et d'un grand Parleur, etc., l'épigramme traduite d'Athénée contre le mariage.

Recueil de Poésies chrétiennes et diverses, précédé de l'Epître à Conti : Prince chéri du ciel, etc.

— Contes, nouveau recueil.

1673. — La Captivité de saint Malc, poème.

— Epitaphe de Molière.

1674. — Lettres à Turenne, publiées dans les Œuvres posthumes,

— Le Florentin, satire, publiée dans une édition des Contes,

à Amsterdam, 1691.

— Daphné. opéra.

1675. — Épitrc à Mme de Thianges, publiée en 171.^. par Duval de

Tours, dans son Nouveau Choi.r. Walckenaër la place beaucoup plus tard, mais elle est mentionnée dans une lettre de Bussy à Bouhours, 26 février 1675.

66 l'œuvre de h\ FONTAINE EN DEHOUS DES FABLES

1675. — Epigramme contre un pédant de collège, publiée en 1808, dans les Quatre saisons du Parnasse, de FayoUe.

— Contes, nouveau recueil.

1677. — Epître à M. de Niert, publiée entête des Variétés sérieuses et amusantes de l'abbé Sallier, 1765.

1678 et 1679. — Fables, 3« et 'i^ parties (livres VII à XII).

1682 — Galatée, opéra, fragments, publiés avec Daphné.

— Le Quinquina, poème.

1683. — Epigram.me contre Golbert, publiée en 1765 dans les

Variétés de l'abbé Sallicr.

1684. — Discours de réception à l'Académie (2 mai).

— Discours à M™'^ de La Sablière, publié dans le recueil

suivant.

1685 . — Ouvrages de prose et de poésie des sieurs de Maucroix et

de La Fontaine, avec l'Epitre à M. de Harlay, le poème de Phdéiuon et Baucis, et le Discours à l'Académie.

— Le Florentin, comédie (jouée le 23 juillet), publiée en 1699.

1686. — Lettre à Racine, 6 juin, publiée par d'Olivet dans les

Œuvres diverses de La Fontaine (1729).

1687. — Lettres à M™® de Bouillon, à Saint-Evremond, à M. de

Bonrepaux, publiées dans les Œuvres posthumes, 1696.

— Epître à Huet, publiée en 1687 avec une lettre à M. de

Bonrepaux.

1689 . — Lettres à Conti, publiées dans les Œuvres posthumes, et à Vendôme, publiées par d'Olivet en 1729.

1691. — Astrée, opéra (représentée le 28 novembre).

1693. — Paraphrase du Dies iras, lue à l'Académie, par l'abbé

Lavau, le jour de la réception de La Bruyère, 15 juin, publiée dans les Œuvres posthumes, 1696.

1694. — Fables, le douzième livre.

1694 tit 1695. — Dernières lettres à Maucroix, publiées dans les (JEuvres posthumes de Maucroix.

13 avril 1695. — Mort de La Fontaine.

Dussé-je une fois vous déplaire,

Seigneur, je ne me saurais taire.

Celui qui, plein d'affection,

Vous promet une pension

Bien payable et bien assinée 5

A tous les quartiers de l'année.

Qui, pour tenir ce qu'il promet,

Va souvent au sacré sommet.

Et, n'épargnant aucune peine,

Y dort après tout d'une haleine 10

Huit ou dix heures règlement.

Pour l'amour de vous seulement.

5. La Fontaino a écrit assinée , chaque tonne de la pension annuelle,

pour la rime, disent quelques coni- Il feint d'être courrouci- parce que

nientateurs ; mais, outre que Uisi- Fouquet, malgré ce qu'il lui doit, l'a

giièe rimerait également avec année, fait attendre une heure, lors d'une

il écrit ailleurs assine dans le cours visite qu'il lui a faite à son château

même du vers. — Cette pension que de Saint-Mandé-. Mais il a attendu

La Fontaine, pensionné par Fouquet, dans cette galerie où Fouquet faisait

dit servir régulièrement à son pro- aussi attendre Corneille et que déco-

tecteur, c'est le tribut poétique par rait une riche bibliothèque. Voyez la

lequel il est convenu qu'il paiera préface <\'Œdipe.

J'entends à la bonne mesure,

Et de cela je vous assure :

Celui-là, dis-je, a contre vous l:,

Un juste sujet de courroux.

L'autre jour, étant en affaire.

Et le jugeant peu nécessaire.

Vous ne daignâtes recevoir

Le tribut qu'il croit vous devoir i^d

Dune profonde révérence.

Il fallut prendre patience.

Attendre une heure, et puis partir,

J'eus le cœur gros, sans vous mentir,

Un demi-jour, pas davantage; 2.")

Car enfin ce serait dommage

Que, prenant trop mon intérêt.

Vous en crussiez plus qu'il n'en est.

Comme on ne doit tromper personne,

Et que votre âme est tendre et bonne, .îo

Vous miriez plaindre un peu trop fort.

Si, vous mandant mon déconfort.

Je ne contais au vrai l'histoire ;

Peut-être même iriez-vous croire

Que je souhaite le trépas ;!:,

Cent fois le jour, ce qui n'est pas.

Je me console, et vous excuse :

Car après tout on en abuse ;

On se bat à qui vous aura.

Je crois qu'il vous arrivera 'lO

Choses dont aux courts jours se plaignent

25. C'est tout ce que peut durer le La Fontaine, par M. Régnier, et le

dépit de La Fontaine. Dictionnaire Littré ne citent pas

32. Déconfort, découragement ; ici, d'autre exemple de ce mot chez notre

plutôt, mésaventure. Le Lexique de poète ni dans tout le xvii* siècle.

Moines d'Orlx's, cl surtout craignent :

(ù'est qu'à la lin vous n'aurez ^^às

Loisir de prendre vos repas.

TjO Roi, l'Etat, votre patrie,

Partagent toute votre vie :

Rien n"est pour vous, tout est poui- eux.

Bon Dieu ! que l'on est malheureux

Quand on est si grand personnage !

Seigneur, vous êtes bon et sage,

Et je serais trop familier

Si je faisais le conseiller.

A jouir pourtant de vous-même

Vous auriez un plaisir extrême :

Renvoyez donc en certains temps

Tous les traités, tous les traitants.

Les requêtes, les ordonnances.

Le parlement et les finances,

Le vain murmure des frondeurs.

Mais, plus que tous, les demandeurs,

La cour, la paix, le mariage.

Et la dépense du vo^^age.

Qui rend nos coffres épuisés,

Et nos guerriers les bras croisés.

Renvoyez, dis-je, cette troupe.

Qu'on ne vit jamais sur la croupe

42. Cl II dc'ploro les occiipalions trop imiltiples de Fouqiiet, et dit que, si cola continue, il lui arrivera comme aux moines d"Orbais, qui, lorsque les jours deviennent courts, se plaifçncnt de n"avoir pas le temps (le pr<uidre leur repas. Orljais était une abbaye de Bénédictins à cinq I iiues au sud-est deCliâteau-Thierry »

, Walciienaér). — Etsurtout craignent, et ce que surtf)Ut ils craignent; la phrase ne semble ])as très correcte.

00. Les solliciteurs. " Il avoit toujours force demandeurs après luy «

(Amvot, Nicias, 7). — La vue d'un demandeur lui donne des convulsions Il (MoLiicRE, Avare, II, 4).

Cl. Le mariage du roi avec l'infante Marie-ïliérèse, précédé du traité des Pyrénées et d'un voyage coilteux de toute la cour vers la frontière espagnole, avait eu lieu à Fontarabie, le .3 juin 16G0. La Fontaine avait composé une ode et une ballade pour célébrer ces événements, qui rendaient « nos guerriers les bras crois('S », c'est-à-dire assuraient la paix.

70 ŒUVnES DIVERSES DE LA FONTAINE

Du mont où les savantes sœurs

Tiennent boutique de douceurs.

Mais que pour les amants des Muses

Votre suisse n'ait point d'excuses, 70

Et moins pour moi que pour pas un :

Je ne serai pas importun:

Je prendrai votre heure et la mienne.

Si je vois qu'on vous entretienne,

J'attendrai fort paisiblement 73

En ce superbe appartement

Où l'on a fait d'étrange terre,

Depuis peu, venir à grand'erre

(Non sans travail et quelques frais)

Des rois Céphrim et Kiopès 80

Le cercueil, la tombe, ou la bière :

Pour les l'ois, ils sont en poussière.

C'est là que j'en voulais venir.

Il me fallut entretenir

Avec ces monuments antiques, 85

Pendant qu'aux affaires publiques

67. Ce mont est l'Hélicon, la mon- Chafra), frère et successeur do Kio-

tagne des Muses, ou le Parnasse, pés : il bâtit la seconde pyramide, à

montagne des Muses et d'Apollon à peu do distance de celle de Kiopès. —

la ibis. Kiopès (Khéops, Chéops, Choulbu),

70. Votre suisse, votre portier, qui successeur de Rhampsimite, ferma

peut-être était do Paris, ou d'Amiens, les temples, interdit les sacrifices aux

comme le Petit-Jean dos Plaideurs. Egyptiens, et les contraignit à tra-

73. Il est difficile d'être accommo- vailler pour lui : c'est ainsi qu'il par-

dant avec plus d'indépendance, et vint à construire la plus vaste, la plus

indépendant avec moins do raideur, grande des pyramides » (H. Ri'iGNlER).

77. De pays étranger. La Fontaine — En réalité il s'agit de deux sara dit ailleurs (Fables, XII, 23) les oophages, l'un de marbre blanc, l'autre <i nations cVraHg-e^». de basalte, trouvés en 1632 par des

78. A grand'erre, à grande vitesse, Égyptiens de la province de Saïd, s'applique on général à une allure transportés à Marseille et achetés vers rapide. Ici il semble signifier plutôt 1659 par Fouquet. Voyez Bonnaffé, les à grande hâte. Voyez l'Epître à Amateurs de l'ancienne France; le Turenne, v. 19. surintendant Fouquet, 1882, in-4.

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