‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 12 sur 115 · Il Céphrom (Céphron, Khéphron · texte numérisé non relu

Il Céphrom (Céphron, Khéphron

KPITnFS 71

Vous donniez lout votre loisir.

Certes j'y pris un grand plaisir

Je quittai donc la galerie,

Fort content, parmi mon chagrin, 90

De Kiopès et de Géphrim,

D'Orus et de tout son lignage,

Et de maint autre personnage.

Puissent ceux d'Egypte en ces lieux,

Fussent-ils rois, fussent-ils dieux, 95

Sans violence et sans contrainte,

Se reposer dessus leur plinthe

Jusques au bout du genre humain !

Ils ont fait assez de chemin

Pour des personnes de leur taille. 100

Et vous, Seigneur, pour qui ti'availle

Le temps qui peut tout consumer.

Vous, que s'efforce de charmer

L'antiquité qu'on idolâtre,

Pour qui le dieu de Cléopâtre, 105

Sous nos murs enfin abordé.

Vient de Memphis à Saint-Mandé,

Puissiez-vous voir ces belles choses

Pendant raille moissons de roses!

92. Horus, dieu égyptien, fils gendre de Vauban, qui les fit transd'Osiris et d'Isis, identifié par les porter en Touraine, revinrent ensuite Grecs avec Apollon. — « Lignage, à Paris, et, après bien d'autres aventous les descendants d'une mémo tures que M. Bonnafîé raconte, furent famille, tous ceux d'une même pa- déposés au Louvre en 1845. Là on rente. Il vieillit. » (Dictionnaire de déchiffra les noms de Hor-Kheb et de l'Académie, Wi'i)- "^otts Allons lignée. Ank-Mer, personnages qui vivaient

Ce sont enfants tous d'un lignage. sous la vingt-sixiéme dynastie.

(Fables, X.i 107. Non pas de Memphis en par-

97. La plinthe, c'est la bande plate ticulier, mais de l'Egypte en génc-

qui forme la base du monument. Les rai, d'où nous saA'ons que Fouquet,

sarcophages n'obtinrent pas le repos grand collectionneur d'antiquités,

demandé pour eux par La Fontaine, avait fait venir ces tombeaux, plus ou

Après la disgrâce de Fouquet, ils ap- moins authentiques, partinrent à Lo Notre, puis à M. d'Ussé,

ŒUVRES uivKHSiis j>i-; LA I o\r AIXi:

Mille moissons, c'est un peu trop ; Car nos ans s'en vont au galop, Jamais à petites journées.

Iir-las! les belles destinées Ne devraient aller que le pas.

Mais quoi ! le Ciel ne le veut pas.

'J'oule âme illustre s'en console, El, pendant que Tàge s'envole.

Tâche d acquérir un renom Qui fait encor vivre le nom Quand le héros n'est plus que cendre Témoin celui qu'eut Alexandre, Et celui du fils d'Osiris, Qui va revivre dans Paris.

111. P;ir un retour soudain et qui touche, La Fontaine en vient ici à l'un de ces lieux coniniiins mélancoliques que le génie d'un Hossuet a tant de fois rajeunis : mais il y porte sa manière familière et vive, qui n'appuie pas, et son âme n'est <(u'cffleurée d'une tristesse passairére. Ou songe moins à la gravité

d'un moraliste chrétien ([u'à la douce mélancolie d'un poète à demi i)a'ien, «l'un Bonsard :

Le temps s'en vjv, le temps s'en va, Miidaïuu ! Las ! le temps, non, mais nous nous en allons. 114. Xc devraient aller ([u'au petit ])us. Cette fin prend un intérêt nouveau quand ou songe à la destinée de Fouquct.

liPITllES

ÉPlTni; A MONSEIGNEUR LE PHINCE DE CONTI

(dédicace du recueil des Poésies chrétiennes et dicerscs)

Prince chéri du Ciel, qui fais voir à la France

Les fruits de l'âge mûr joints aux fleurs de l'enfance,

Gonti, dont le mérite, avant-courrier des ans,

A des astres bénins épuisé les présents,

A l'abri de ton nom les mânes des Malherbes

Paraîtront désormais plus grands et plus superbes;

Les Racans, les Godeaux, auront d'autres attx'aits;

La scène semblera briller de nouveaux traits.

Par ton nom tu rendras ces ouvrages durables :

Après mille soleils ils seront agréables.

Si le pieux y règne, on n'en a point banni

Du profane innocent le mélange infini.

1. Le recueil auquel cette Epître sert de dédicace portait le nom de La Fontaine, dont il contenait, il est vrai, un certain nombre de pièces. En réalité, c'était une compilation entreprise par Loménie de Brienne, alors retiré à l'Oratoire, pour l'éducation de Louis Armand, prince de Conti (KiGl- 1685), le futur époux de M"" de Blois. On verra qu'il y avait réuni des vers de Malherbe, Racan, Godeau, Corneille, Racine.

3. Avant-courrier pour avantcoureur ne se trouve dans aucune édition du Dictionnaire de l'Académie.

Le dictionnaire de Littré et le Lexique de M. Régnier n'en citent pas d'autre exemple.

5. On sait quelle influence la poésie de Malherbe a exercée sur le génie; naissant de La Fontaine. Au fond ils

étaient fort dissemblables d'humeur et de style.

7. Racan, disciple de Malherbe, mais poète indolent, plus aimable que son maître, mieux fait pour être aimé de La Fontaine, qui, d'ailleurs, associe presque toujours son nom à celui de Malherbe. Voyez r£'/7;7re a Hnet,\.93.

Pour Antoine Godeau, évèque de Grasse et de Vence, qui fit partie de la première Académie, il fut très estimé à l'hôtel de Rambouillet, mais on ne lit i)lus ni ses vers ni sa prose; dans son poème du ^j'ècie de Louis le Grand, Perrault vante ses écrits « superbes n et le nomme aussi avec Racan.

12. Vers charmants, surtout si l'on songe qu'ils s'appliquent sans doute aux propres vers de La Fontaine, mcli'S il ces poésies « chrétiennes » que les poésies « diverses » égaient. Il est

F. H. — La Fontaine.

Pour moi, je n'ai de part en ces dons du Parnasse

Qu'à la faveur de ceux que je suis à la trace.

Esope me soutient par ses inventions ; 15

J'orne de traits légers ses riches fictions :

Ma Muse cède en tout aux Muses favorites

Que l'Olympe doua de différents mérites.

Cependant à leurs vers je sers d'introducteur :

Cette témérité n'est pas sans quelque peur. 20

De ce nouveau recueil je t'offre l'abondance,

Non point par vanité, mais par obéissance.

Ceux qui par leur travail l'ont mis en cet état,

Te le pouvaient offrir en termes pleins d'éclat;

Mais, craignant de sortir de cette paix profonde 25

Qu'ils goûtent en secret loin du bruit et du monde,

Ils m'engagent pour eux à le produii^e au jour.

Et me laissent le soin de t'en faire leur cour.

Leur main l'eût enrichi d'un plus beau frontispice :

La mienne leur a plu simple et sans artifice. .30

Conti, de mon respect sois du moins satisfait,

Et regarde le don, non celui qui le fait.

vrai qu'il y avait aussi inséré une 26.

longue et assez médiocre paraphrase Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-jejamait-

de psaume, sans doute pour se mettre Loin dumonde et du bruit goûter l'ombre et le

i ' [frais?

au ton. '■

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