‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 33 sur 115 · PHILAMINTE · texte numérisé non relu

PHILAMINTE

Ou n'y saurait marcher que sur de telles [choses, ARMANDlî Ce sont petits chemins tout parsemés de roses.

58. C'est parce qu'il est « plein de sa lecture » qu'il va « partout » vantant les beautés qu'il y a trouvées.

« Avez-vous lu Baruch? » disait-il à tous ses amis, après avoir découvert les écrits attribués à ce petit prophète. On se moque autour de lui de cet enthousiasme exubérant, dont on est II étourdi », comme il l'avouera plus loin. Mais cet enthousiasme n'est pas de commande, car il a toujours prêché 11 l'art de la simple nature ", l'art si parfait qu'il se confond avec Il le simple naturel >>, selon l'expression de Pascal. La n nature », c'est le mot favori des grands écrivains du xvii" siècle; mais Boileau ne l'entend pas tout à fait comme La Fontaine, ni Fénelon comme Boileau. En 1G61, La

Fontaine disait de Molière, auteur des

Fâcheux :

Et m.ainteuant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas.

60. Ce vers et le précédent sont légèrement ironiques : Perrault et ses amis plaignaient et raillaient ces Il malheureux » assez ennemis de leur projjre gloire pour s'effacer derrière les anciens.

Cl. Sur nous, au-dessus de nous, de plus (pie nous ; en quoi ce goftt ancien est-il préférable au goût moderne ?

63. Dans le ParaU'clc de Perrault, le ))résident, partisan obstiné des anciens, s'appuiera sur Quintilien, (1 homme d'un si grand sens dans ces matières, qu'il n'est pas jjossible de se tromjjer en le suivant ». L'abbé, partisan des modernes, opposera Cicéron à Quintilien, l'orateur au rhéteur et au pédagogue, « obligé par sa profession de faire valoir les anciens, et d'imprimer dans les esprits de ses écoliers un profond respect pour les auteurs qu'il leur proposait comme modèles ".

64. On pense bien que cette confu^ sion ne va pas sans un sourire, et que ce silence est gros de protestations.

66. Concession, habile d'ailleurs, du bonhomme ([ui ne saurait soutenir

Je les prise, el prétends qu'ils me laissent aussi Révérer les héros du livre que voici.

Recevez leur tribut des mains de Toscanelle. Ne vous étonnez pas qu'il donne pour modèle A des ultraraontains un auteur sans brillants. Tout peuple peut avoir du goût et du bon sens : Ils sont de tout pays, du fond de l'Amérique; Qu'on y mène un rhéteur habile et bon critique, 11 fera des savants. Hélas ! qui sait encor Si la science à l'homme est un si arrand trésor?

Je chéris l'Arioste, et j'estime le Tasse;

longtemps le ton scvùrc. A qui l'ait-il allusion? A Perrault? à Thomas Corneille?;! Fontenelle? Ici, ceux qu'il nommerait lui pardonneraient de les nommer; c'est peut-être pour cela qu'il se garde de préciser.

67. Et prétends; et marque là une opposition tout aussi caractérisée que si La Fontaine avait écrit : mais aussi je prétends

71. Ces ultrainontains, habitants d'au delà des monts, sont ces Italiens qui aimaient les faux brillants, les cnncetti.

Évitons uet excùa : laissons à l'Italie De tous ces faux brillants l'éclatante folie. (BoiLiiAl!, Art poét., I.)

72. « La prévention du pays, jointe à l'orgueil de la nation, nous fait oublier que la raison est de tous les climats, et que l'on pense juste jjartout où il y a des hommes. » (La Bkuykre, des Jugements.) Cette prévention n'était pas dissipée au temps de Montesquieu, qui s'en égaie : « Comment peut-on être Persan ? »

73. Ce vers manque de netteté, si bien que l'édition posthume donne ce texte absurde :

' II» sont tous (l'un pays du fond de l'Amérique. La Fontaine veut dire : Le goût et le ))on sens sont de tout pays, el, par conséquent, peuvent être même « du

fond de l'Amérique », c'est-à-dire peuvent appartenir même aux peuples qui habitent le fond de l'Amérique.

74. Qu'on y mène des savants, ils feront des savants comme eux, puisqu'ils trouveront là comme partout des hommes de goût et de sens. Mais quelle idée de mener un critique et un rhéteur au fond de l'Amérique pour en éclairer les peuplades sauvages !

La Fontaine, sans doute, sent ce qu'il y a de singulier dans son raisonnement, car il se hâte de se demander si cette science leur serait bien utile, si même la science en général n'est pas plus nuisible ([u'utile àl'homnje. Ceci est bien de lui, du doux épicurien et du rêveur à qui la science devait sembler bien pesante. Il y a une nuance de mélancolie dans ce vers qui touche à une grave question morale; mais le moraliste à l'Ame légère se hâte de l'abandonner après l'avoir effleurée.

II a écrit au chant !■••■■ de son poème du Quinquina, après avoir peint le bonheur des Iroquois :

Pour nous, fils du savoir, ou, pour en parler [mieux, Esclaves de ce don que nous ont fait les dieux Xous nous sommes prescrit une étude infinie : L'art est long, et trop courts les termes de la vie ,

77. L'Arioste (Ludovico Arioslo, 1474-1533), auteur du Roland furieux,

(KUVKKS DlVKItSIiS DK LA I ONTAIXK

Plein de Machiavel, entêté de Boccace,

J'en parle si souvent qu'on en est étourdi.

J'en lis qui sont du Nord, et qui sont du Midi. 80

Non qu'il ne faille un choix dans leurs plus beaux ouvrages .

Quand notre siècle aurait ses savants et ses sages,

En trouverai-je un seul approchant de Platon ?

La Grèce en fourmillait dans son moindre canton.

est un conteur plus qu'un poète épique. La Fontaine était fait pour l'aimer, et s'est souvenu plusieurs fois de lui dans ses Contes. A propos d'un de ces contes, Jncondc, Boileau, dés 1664, dans une dissertation en règle, établissait que La Fontaine n'était pas inférieur à l'Ariostc. t- Le Tasse (Torqualo Tasso, 1544-1595) est l'auteur célèbre et inforl une do la Jérusalem délivrée, dont Boileau, dans la satire IX, opposait « le clinquant » à « l'or » de Virgile, et dont il critique le merveilleux au chant III deV Art poétique. On remarquera une nuance : La Fontaine chérit l'Arioste et estime le Tasse.

78. Machiavel (1469-1530) est le fameux auteur du Prince, mais il est probable que de son œuvre La Fontaine avait surtout approfondi les comédies et les nouvelles. — Entêté indique l'idée d'une prévention favorable, d'une idée préconçue qu'on s'est mise dans la tète; le sens d'obstiné dérive de ce premier sens. Au reste, tous deux seraient vrais des admirations de La Fontaine. — Boccace (1313- 1375), le plus grand prosateur de l'Italie, a écrit le Décaniéron, recueil do cent nouvelles, où La Fontaine a beaucoup puisé. Il fut aussi, avec son ami Pétrarque, un de ceux qui contribuèrent le plus à retrouver et à répandre les livres des anciens. La Fontaine, qui volontiers quitte Esope pour Boccace, a dit dans la ballade VII :

A Rome on ue lit jromt Boccace sans dispense ;

Je trouve en ses pareils tien du contre et du

[pour

C'était le « pour « qui dominait à ses yeux.

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