Voyez la note du vers
81. Cette restriction était nécessaire, car la passion de La Fontaine pour la lecture allait paraître jilus chaleureuse que discrète. Le sage Rollin voyait un danger dans le goût déréglé pour la lecture, car « on songe plus à lire beaucoup qu'à lire utilement n.
83. Dès le début de son poème tlu Siècle de Louis le Grand, Perrault s'attaquait à Platon, en louant, il est vrai, son traducteur, Maucroix, l'intime ami de La Fontaine :
Pl.nton, qui fut divin du temps de nos aïeux. Commence à devenir quelquefois ennuyeu.t ; En vain son traducteur, partisan de l'antique, En conserve la grâce et tout le sel attique, Du lecteur le plus âpre et le plus résolu Un dialogue entier ne saurait être lu.
Dans le Parallèle, il y reviendra :
« Platon est un génie très vaste, et qui souvent a des saillies admirables, au delà, ce semble, des forces de l'esprit humain, mais diffus en paroles, inégal, sans ordre et sans méthode. » Il opposera et préférera à ses dialogues nos Lettres provinciales. — Sur le goût de La Fontaine pour Platon, voyez la note du v. G8 du Discours à M'"" de la Sablière. Dans le morceau Sur les Dialogues de Platon, publié en tète des Ouvrages de prose et de poésie des sieurs de Maucroix et de La Fontaine (1685), La Fontaine avait vanté les « excellentes comédies >) de Platon, « père de l'ironie », ses <i grâces infinies », son style « élégant et noble, et qui tient en quelque façon de la poésie ».
84. Dans son moindre canton, dans ses coins les plus reculés : « Que
EPITUES
La France a la satire et le double théâtre; 85
Des bergères d'L'rfé chacun est idolâtre;
On nous promet l'histoire, et c'est un beau projet.
J'attends beaucoup de l'art, beaucoup plus du sujet.
Il est riche, il est vaste, il est plein de noblesse;
Il uie ferait trembler pour Rome et pour la Grèce. 90
Quant aux autres talents, l'ode, qui baisse un peu,
Veut de la patience, et nos gens ont du feu.
Malherbe avec Racan, parmi les chœurs des anges.
Là-haut de l'Eternel célébrant les louanges,
riioinino se regarde comme égare dans ce canton détourné de la nature. « (Pascal, Pensées.)
85. La satire, c'est Boileau, à qui La Fontaine ne garde pas rancune d'avoir oublié la fable dans V Art poétique. Le double théâtre, c'est la tragédie et la comédie, Corneille. Molière et Racine.
86. La réputalion d'Honoré d'Urfé, l'auteur de V.istréc, lut universelle, et le wiu" siècle la trouva encore debout : l'abbé Prévost et .I.-J. Rousseau prennent plaisir à le lire, comme l'avaient fait La Fontaine, M"»» de Sévigné, Huet lui-niénie. Mais dire que « chacun » idolâtre d'Urfé au moment où ceci est écrit, c'est un peu oublier que Boileau est venu, que « la satire et le double théâtre n ont mûri le goût du public. — Dans sa septième ballade La Fontaine a loué V.lslrcc, cette u'iivre (1 exquise « d'Honoré d'Urfé :
Ktant i)etit garçon, je lisais sou roman, Et je le lis encore ayant la barbe grise.
87. Allusion probable au choix de Racine et de Boileau (1077) comme historiographes de France pour succéder à PcUisson. Cette promesse ne fut pas tenue, et ce « beau projet » avorta.
91. Un peu, ce n'est pas assez dire : le xvii"-' siècle n'avait plus de Ronsard ni de Malherbe : la vraie poésie lyrique de C(' lemi)S, c'est dans PoLycuctc et dans Athalie qu'il la faut chercher.
Boileau pourtant ne pouvait s'offenser
de cette critique ou plutôt de ce regret échappé au fabuliste : c'est seulement quelques années après qu'il publia son ode malencontreuse sur la prise de Xamur, provoquée par les attaques irrévérencieuses de Perrault contre Pindare. — Dans la préface du .Songe de Vaux, La Fontaine observe avec regret que la poésie lyri([ue n'est plus en vogue.
92. La patience érigi^e eu condition essentielle du g('nie lyritpie! C'est la même illusion qui dicte à Boileau son vers fameux sur le «beau désordre...
effet de l'art », et son Discours sur l'ode, celui-ci postérieur à rE|)îlre de La Fontaine.
9:i. Racan, principal disciple de Malherbe, dont il diflère pourtant beaucoup, lui est souvent associé, et jiar La Fontaine (voyez Le Meunier, son fils et l'dne), et par Boileau {.Satire IX et Art poétique, I) ((ui va jusqu'à associer aussi le nom de Racan au nom d'Homère. Sainte-Beuve, qui compare les .Stances de Racan sur la Retraite au .Songe d'un habitant du Mogol, a bien caractérisé Racan, « heureux et facile génie, et en poésie comme en distraction un vrai précurseur (le La Fontaine «. — [.es chœurs des anges peuvent étonner ici; mais Malherbe et Racan ont tous deux paraphrasé des psaumes, et La Fontaine lui-même iiaraphrasera le Dies irip.
Ont emporté leur lyre ; et j'espère qu'un jour '.i5
J'entendrai leur concert au céleste séjour.
Digne et savant prélat, vos soins et vos lumières
Me feront renoncer à mes erreurs premières :
Gomme vous, je dirai l'auteur de l'univers.
Cependant agréez mon rhéteur et mes vers. ino
96. Espoir un peu vague, mais ingé- vèquc d'Avranches obtiendront-ils un
nument sincère; l'auteur des Contes, ineilleurrésultatquclesremontrances
pas plus que sa garde-malade, ne d'une protectrice aimée et respectée ?
s'imaginera jamais qu'il puisse être II est permis d'en douter, et de dire
damné. au docte prélat, comme Philinte à