LETTRES A SA FEMME
n i: L A T I o N D'UN VOYAGE DE PARIS EN LIMOUSIN, EN 1663
A r.l.nniai-t. ce 23 août 16C3.
Vous n'avez jamais voulu lire d'autres voyages que ceux des chevaliers de la Table ronde ; mais le nôtre mérite bien que vous le lisiez. Il s'y rencontrera pourtant des matières peu convenables à votre goût : c'est à moi de les assaisonner, si je puis, en telle sorte qu'elles vous plaisent; et c'est à vous de louer en cela mon intention, quand elle ne serait pas suivie du succès. Il pourra même arriver, si vous goûtez ce récit, que vous en goûterez après de plus sérieux. Vous ne jouez, ni ne travaillez, ni ne vous souciez du ménage ; et, hors le temps que vos bonnes amies vous donnent par charité, il n'y a que les romans
1. Marie Hrrirart, fillo d'un lieutc- apporté à son mari Ironte mille livres
nant eriminel à la Forté-Milon, née le do dot. On verra que Racine lui-même
•2('t avril 1633, mariée à La Fontaine en no dédaigne pas de faire appel à son
iir)voml)r(! 1C47 (elle n'a pas encore goût, quin/.e ans et il on a vingt-sept), avait
qui VOUS divertissent^. C'est un fonds bientôt épuisé. Vous avez lu tant de fois les vieux, que vous les savez; il s'en fait peu de nouveaux, et, parmi ce peu, tous ne sont pas bons * : ainsi vous demeurerez souvent à sec. Considérez, je vous prie, l'utilité que ce vous serait, si, en badinant, je vous avais accoutumée à l'histoire, soit des lieux, soit des personnes : vous auriez de quoi vous désennuyer toute votre vie, pourvu que ce soit sans intention de rien retenir, moins encore de rien citer. Ce n'est pas une bonne qualité pour une femme d'être savante, et c'en est une très mauvaise d'affecter de paraître telle 3.
Nous partîmes donc de Paris le 23 du courant, après que M. Jannart^ eut reçu les condoléances de quantité de personnes de condition et de ses amis. M. le lieutenant criminel en usa généreusement, libéralement, royalement : il ouvint sa bourse, et nous dit que nous n'avions qu'à puiser. Le reste du voisinage fit des merveilles. Quand il eût été question de transférer le quai des Orfèvres, la cour du Palais, et le Palais même, à Limoges, la chose ne se serait pas autrement passée. Enfin, ce n'était chez nous que processions de gens abattus et tombés des nues. Avec tout cela, je ne pleurai point; ce qui me fait croire que j'acquerrai une grande réputation de constance dans celte affaire.
1. Tout cela peut être fort juste, qu'elles agissent ni qu'elles parlent en mais est à coup sur d'une ironie un savantes. » (M"" diî Scudèry). k L'afpeu sèche. fcctation de science et de bel esprit
2. M"" de Scudéry et La Calprenède ne convient à personne, et encore avaient publié leurs principaux ro- moins aux dames ; mais s'ensuit-il mans, et M'"" de La Fayette ne publia qu'elles doivent être condamuées .i qu'en 1670 le premier des siens, Znyrfe. une grossière ignorance? » (Rollix.)
3. Voyez les Femmes savantes de 4. L'oncle do M""" de La Fontaine, Molière et le traité de V Édacaiion des Jannart, ami et substitut de Fouquet, filles de Fénelon. « Ce que je pose était exilé à Limoges, où M"" Fouquet pour fondement est qu'encore que je était aussi reléguée. La Fontaine voulusse que les femmes sussent plus accompagne son parent dans ce de choses qu'elles n'en savent pour voyage forcé, mais reste à Limoges l'ordinaire, je ne veux pourtant jamais moins longtemps que lui.
LKTTRES 117
La fantaisie de voyager m'était entrée quelque temps auparavant dans l'esprit comme si j'eusse eu des pressentiments de l'ordre du roi. Il y avait plus de quinze jours que je ne parlais d'autre chose que d'aller, tantôt à Saint- Gloud, tantôt à Gharonne, et j'étais honteux d'avoir tant vécu sans rien voir. Gela ne me sera plus reproché, grâce à Dieu
Quoi qu'il en soit, jai tout à fait bonne opinion de notre voyage : nous avons déjà fait trois lieues sans aucun mauvais accident, sinon que l'épée de M. Jannart s'est rompue; mais, comme nous sommes gens à profiter de tous nos malheurs, nous avons trouvé qu'aussi bien elle était trop longue, et l'embarrassait. Présentement nous sommes à Glamart *, au-dessous de cette fameuse montagne où est situé Meudon; là nous devons nous rafraîchir^ deux ou trois jours. En vérité, c'est un plaisir que de voyager, on rencontre toujours quelque chose de remarquable. Vous ne sauriez croire combien est excellent le beurre que nous mangeons; je me suis souhaité vingt fois de pareilles vaches, un pareil herbage, des eaux pareilles
Le jardin de M'"*^ G. mérite aussi d'avoir place dans cette histoire; il a beaucoup d'endroits fort champêtres, et c'est ce que j'aime sur toutes choses. Ou vous l'avez vu, ou vous ne l'avez pas vu; si vous l'avez vu, souvenez-vous de ces deux terrasses que le parterre a en face et à la main gauche, et des rangs de chênes et de châtaigniers qui les bordent; je me trompe bien si cela n'est beau^. Souvenez-
1. Cliimart, proniiore étape d'un surent et que nolro; appétit s'aiguisa, voyage! et d'un voyage qui se con- 2. Nous rafraîchir, nous reposer. tinueparBourg-la-Reine! La Fontaine 3. C'est de cette façon que le poète
a pris le ch(,'niin des (•coli(!rs, et son décrira les jardins où Psyché se com-
voyage ne sera qu'une longue flAnerie. plaît. Ils n'ont pas cessé de plaire aux
D(-jà Chapelle, dont le voyage mêlé de poètes, et V. Hugo a décrit plus
prose et de vers est le prototype de d'une fois avec complaisance le jardin
ces voyages fantaisistes, avait écrit : qui fut, dit-il, un de ses maîtres :
« Nous vîmes Bourg-la-Ileine d'un œil j^^ ^„i^^ p„^q„3 „„ ^^„„„. ,,„„, ,g f„„a sec.Cc fut en ce lieu que nos pleurs ces- [presque un bois.
VOUS aussi de ce bois qui paraît en l'enfoncement, avec la noirceur d'une forêt âgée de dix siècles : les arbres n'en sont pas si vieux, à la vérité ; mais toujours peuvent-ils passer pour les plus anciens du village, et je ne ci'ois pas qu'il y en ait de plus vénérables sur la terre. Les deux allées qui sont à droite et à gauche me plaisent encore : elles ont cela de particulier, que ce qui les borne est ce qui les fait paraître plus belles. Celle de la droite atout a fait la mine d'un jeu de paume ; elle est à présent bordée d'un amphithéâtre de gazon, et a le fond relevé de huit ou dix marches : il y a de l'apparence que c'est l'endroit où les divinités du lieu reçoivent l'hommage qui leur est dû.
Si le dieu Pan, ou le Faune, Prince des bois, ce dit-on.
Se fait jamais faire un trône, C'en sera là le patron *.
Deux châtaigniers, dont l'ombrage Est majestueux et frais.
Le couvrent de leur feuillage.
Ainsi que d'un riche dais.
Je ne vois rien qui l'égale.
Ni qui me charme à mon gré Comme un gazon qui s'étale Le long de chaque degré.
(J'aime cent fois mieux cette herbe Que les pi'écieux tapis Sur qui l'Orient superbe Voit ses empereurs assis.
1. I.c patron, le modèle. La Harpe de la poésie. Jamais, c'est trop dire;
remarque que La Fontaine aimait tant mais il est certain que la langue des
les vers et les faisait si aisément qu'il vers lui est naturelle, et qu'on ne sent
u'a jamais écrit en prose sans y mêler point l'efTort lorsqu'il l'eniprantc.
^ VfT Beautés simples et divines,
(y ^ Vous contentiez nos aïeux,
a( Avant qu'on tirât des mines
Ce qui nous frappe les yeux*.
De quoi sert tant de dépense?
Les grands ont beau s'en vanter :
Vive la magnificence Qui ne coûte qu'à planter!
Nonobstant ces moralités, j'ai conseillé à M""^ C. de faire bâtir une maison proportionnée en quelque manière à la beauté de son jardin, et de se ruiner pour cela. Nous partirons de chez elle demain 2G, et nous irons prendre au Bourg-la-Reine la commodité ^ du carrosse de Poitiers, qui y passe tous les dimanches. Là se doit trouver un valet de pied du roi, qui a ordre de nous accompagner jusqu'à Limoges^. Je vous écrirai ce qui nous arrivera en chemin, et ce qui me semblera digne d'être observé. Cependant faites bien mes recommandations à notre marmot^, et dites-lui que peut-être j'amènerai de ce pays-là quelque beau petit chaperon ' pour le faire jouer, et pour lui tenir compagnie.
1. Los métaux et les pierres pré- neuf, est un exempt, dont ils ne peuriouses. vent refuser Lt compagnie.
2. Littré traduit ce mot, en ce sens, 4. Ce « marmot », alors âgé de dix par « service de voitures, occasion de ans, est son fils Charles, dont une messages », et cite cette phrase d'une légende puérile veut que son père ait lettre de Bossuet : « Je vous enverrai presque ignoré l'existence.
par la première commodité un ou- 5. Quelque belle petite compagne \ rage ». ou servante, avec la coiffure du pays
.'t. (!(• valet de pied. M. do Châleau- ((u'ii va visilcr.
120 ŒUVRES DIVKIISES DE LA FONTAINK
A Amboisc, ce 30 aoftt 1663.
Les occupations que nous eûmes à Glanaart, votre oncle et moi, furent différentes. II ne fit aucune cliose digne de mémoire : il s'amusa à des expéditions, à des procès, à d'autres affaires. Il n'en fut pas ainsi de moi; je me promenai, je dormis, je passai le temps avec les dames qui nous vinrent voir.
Le dimanche étant arrivé, nous partîmes de grand matin. M'"'' G. et notre tante nous accompagnèrent jusqu'au Bourg-Ia-Reine. Nous y attendîmes près de trois heures; et, pour nous désennuyer, ou pour nous ennuyer encore davantage (je ne sais pas bien lequel je dois dire), nous ouïmes une messe paroissiale. La procession, l'eau bénite, le prône, rien n'y manquait. De bonne fortune pour nous *, le curé était ignorant, et ne prêcha point. Dieu voulut enfin que le carrosse passât : le valet de pied y était; point de moines; mais, en récompense*, trois femmes, un marchand qui ne disait mot, et un notaire qui chantait toujours, et qui chantait très mal : il reportait en son pays quatre volumes de chansons. Parmi les trois femmes, il y avait une Poitevine qui se qualifiait comtesse; elle paraissait assez jeune et de taille raisonnable, témoignait avoir de l'esprit, déguisait son nom, et venait de plaider en
séparation de son mari Telle était donc la compagnie
que nous avons eue jusqu'au Port-de-Pilles'.
Il fallut à la fin que l'oncle et la tanle se séparassent; les derniers adieux furent tendres, et l'eussent été beaucoup -
1. De bonne fortune, par une heu- 3. (x- hameau, situé au passage do relise fortune. la Creuse, est aujourd'hui dans l'ar-
2. En récompense, par compensa- rondissement de Chàtellerault. tjon.
LETTRKS 121
davantage, si le cocher nous eût donné le loisir de les achever. Comme il voulait regagner le temps qu'il avait perdu, il nous mena d'abord avec diligence. On laisse, en sortant du Bourg-la-Reine, Sceaux à la droite, et à quelques lieues de là Chilly à la gauche, puis Montléry du même côté. Est-ce Montléry qu'il faut dire, ou Montleliéry ? C'est Montlehéry quand le vers est trop court, et Montléry quand il est trop long^. Montléry donc ou Montlehéry, comme vous voudrez, était jadis une forteresse que les Anglais, lorsqu'ils étaient maîtres de la France, avaient fait bâtir sur une colline assez élevée^. Au pied de cette colline est un bourg qui en a gardé le nom. Pour la forteresse, elle est démolie, non point par les ans : ce qui en reste, qui est une tour fort haute, ne se dément point •^, bien qu'on en ait ruiné un côté : il y a encore un escalier qui subsiste, et deux chambres où l'on voit des peintures anglaises, ce qui fait foi de l'antiquité et de l'origine du lieu. Voilà ce que j'en ai appris par votre oncle, qui dit avoir entré dans les chambres : pour moi, je n'en ai rien vu; le cocher ne voulait arrêter qu'à Châtres^, petite ville qui appartient à M. de Condé, lun de nos grands maîtres^. Nous y dinâmes. Après le dîner, nous vîmes encore à droite et à gauche force châteaux : je n'en dirai mot, ce serait une œuvre infinie. Seulement nous passâmes auprès du Plessis-Pâté ^, et traversâmes ensuite la vallée de Cau-
1 . Xous vîmes dedans la nue 3. 5e dciiientir, pour une maison, La tour de Mont-le-Héris, c'est menacer ruine. On trouvera un Qui, pour regarder Paris, ,^„tPg exemple do ce sens clans la Allongeait son col de grue. (ToiTURK.) !„»*„„ o
Au début du eh. III du /.î<Z/Y«, Boileau 4. Châtres, depuis 1720, porte le
écrit « Moutlhéry ". Il faudrait écrire, nom d'Arpajon.
avec Voiture, Montlehéry, ce nom ve- 5. Il ne faut ]>as oublier — bien
nant du latin Mons Letherici. qu'il l'ouljliàt trop souvent lui-même
2. Ce ne sont pas les Anglais, c'est — que La Fontaine est maître des eaux un i< forestier » du roi Robert, Thi- et forêts.
baud, dit File-Etoupo à cause de la 6. Les souvenirs de La Fontaine le
couleur de ses cheveux, qui fit cons- trompent : il a passé le Plessis-P;\té
truiro cette tour dans les dernières ou Plessis d'Argouges avant d'arriver
années du x« siècle. à Châtres.
catrix, après avoir monté celle de Tréfou ; car, sans avoir étudié en philosophie, vous pouvez vous imaginer qu'il n'y a point de vallée sans montagne. Je ne songe point à cette vallée de Tréfou que je ne frémisse.
C'est un passage dangereux, Un lieu pour les voleurs d'embûche et de retraite ; A gauche un bois, une montagne à droite *, Entre les deux Un chemin creux.
La montagne est toute pleine De rochers faits comme ceux De notre petit domaine.
Tout ce que nous étions d'hommes dans le carrosse, nous descendîmes, afin de soulager les chevaux*. Tant que le chemin dura, je ne parlai d'autre chose que des commodités de la gueri'e : en effet, si elle produit des voleurs, elle les occupe : ce qui est un grand bien pour tout le monde, et particulièrement pour moi, qui crains naturellement de les rencontrer. On dit que ce bois que nous côtoyâmes en fourmille ^ : cela n'est pas bien ; il mériterait qu'on le brûlât.
République de loups, asile de brigands, Faut-il que tu sois dans le monde?
Tu favorises les méchants Par ton ombre épaisse et profonde.
1. On voit par cotte rimo que La .■}. La forêt de Tréfou, ou plutôt <le Fontaine prononce drite. C'est la Torfou, devait sa mauvaise réputaprononciation normande et Vaugelas tion. selon Walckenaêr, aux meui très en était partisan. et aux vols que deux gardes-chasse
2. Il est difficile de ne pas songer de la maréchale de Bassompierre y ici à la fable — qui n'est pas encore avaient commis une vingtaine d'anécrite — la Moitche rt le Coche : nées auparavant.
ypmmps. inoiiv'^. vioillûDls. toiu était do^Piidiu
Ils égorgent celui que Théuiis, ou le gain, Ou le désir de voir* fait sortir de sa terre. En combien de façons, hélas! le genre humain Se fait à soi-même la guerre!
Notre première traite s'acheva plus tard que les autres ; il nous resta toutefois assez de jour pour remarquer, en enti'ant dans Etampes, quelques monuments de nos guerres : ce ne sont pas les plus riches que j'ai vus; j'y trouvai beaucoup de gothique; aussi est-ce l'ouvrage de Mars, méchant maçon, s'il en fut jamais.
Il nous laisse ces monuments Pour marque de nos mouvements^.
Quand Turenne assiégea Tavanne, Turenne fît ce que la cour lui dit, Tavanne non ; car il se défendit, Et joua de sa sarbacane^.
Beaucoup de sang français fut alors répandu.
On perd des deux côtés dans la guerre civile : Notre prince eût toujours perdu, Quand même il eût gagné la ville.
Enfin nous regardâmes avec pitié les faubourgs d'Etampes. Imaginez-vous une suite de maisons sans toits, sans fenêtres, percées de tous les côtés : il n'y a rien de plus laid et de plus hideux. Cela me remet en mémoire les ruines de Troie la grande. En vérité, la fortune se moque bien du travail des hommes. J'en entretins le soir notre compagnie, et le lendemain nous traversâmes la Beauce,
1. Cest-à-diro la jiistipf, le oom- fils du niaiv'clial df Saulx-Tavannos, incrrc on ranioiir des voyages. (Tcsl a laiss{'> des Mémoires. Attaché à Cl le <l(''sirdc voir('ll'liiimciirin([iii(''toii floiidé, rcliclli' liii-inème, il défendait t(iii font l(! iiiallieui' d'un des deux Elam|)es (|iie la (!onr tenait à rcpigeons. prendre d'autant plus qu'on savait la
2. De nos troubles civils. ville richement approvisionne''!' an
3. Et joua de sa sarbacane, 9.C can- niili<'ii de la disette qui ré<{nail pardiiisit en rebelle. (!e Tavannes, pelil- loiil.
124 ŒuviîES DivKnsr.s de la fontaine
pays ennuyeux, et qui, outre l'inclination que j'ai à dormir, nous en fournissait un très beau sujet.
Pour s'en empêcher, on mit une question de controverse sur le tapis : notre comtesse en fut cause ; elle est de la religion, et nous montra un livre de du Moulin*. M. de Châteauneuf (c'est le nom du valet de pied) l'entrejorit, et lui dit que sa religion ne valait rien, pour bien
des raisons Enfin il lui conseillait de se convertir, si
elle ne voulait aller en enfer : car le purgatoire n'était pas pour des gens comme elle. La Poitevine se mit aussitôt sur l'Ecriture*, et demanda un passage oîi il fût parlé du purgatoire; pendant cela, le notaii'e chantait toujours, M. Jannart et moi nous endormîmes
Ces aventures nous divertirent de telle sorte, que nous entrâmes dans Orléans sans nous en être presque aperçus : il semblait même que le soleil se fût amusé à les entendre aussi bien que nous ; car quoique nous eussions fait vingt lieues, il n'était pas encore au bout de sa traite. Bien davantage il s'était tellement paré, que M. de Châteauneuf et moi nous l'allâmes regarder de dessus le pont. Par même moA^en, je vis la Pucelle; mais, ma foi, ce fut sans plaisir : je ne lui trouvai ni l'air, ni la taille, ni le visage d'une amazone : l'infante GradafiUée^ en vaut dix comme elle: et, si ce n'était que M. Chapelain est son chi'oniqueur, je ne sais si j'en ferais mention. Je la regardai, pour l'amour de lui, plus longtemps que je n'aurais fait. Elle est à genoux devant une croix, et le roi Charles en môme posture vis-àvis d'elle, le tout fort chétif et de petite apparence. C'est, un monument qui se sent de la pauvreté de son siècle^.
1. La comtesse, qui est « de la reli- Gaule, fille du roi do l'ilo géante. La gion » (protestante), cite le célèbre Fontaine n'a pas besoin de prc-lser ministre et controversiste protestant avec sa femme, grande lectrice de Pierre du Moulin (1568-1658). romans.
2. Se mit à alléguer ou à discuter 4. Elevé en 1458, il fut détruit en l'Écriture. 179.3. après avoir été plus d'une fois