EN DEHORS DES FABLES M
Lo niond(> est plein de sots de l'un à l'autre bout, liO |)assé, le présent et l'avenir surtout.
Comment l'aire
Pour se taire?
Ce poète satirique succède à un poète liéro'ique qui, après la métamorphose de Dapliné en laurier, annonce la gloire future de Louis XIV, dans un décor ainsi décrit :
Le Parnasse se découvre au fond. Quelques Muses sont assises en divers endroits et quelques poètes à leurs pieds. Sur le sommet, le palais du Dieu se fait voir. Les deux côtés du théâtre sont deux galeries qui ressemblent à celles où on étale des raretés les jours de l'êtes et les jours de foires. Là sont les archives du Destin. L'architecture est ornée de feuilles de laurier. Sous chaque portique est un buste ; il y en a neuf de conquérants, et autant de poètes ; les conquérants d'un côté, les poètes de l'autre. Les conquérants sont : Cyrus, Alexandre, etc. ; et les poètes sont : Homère, Anacréon, Pindare, Virgile, Horace, Ovide, l'Arioste, le Tasse et Malherbe. Apollon a voulu que l'avenir fût montré en faveur de cette fête.
Un poète héroïque commence les jeux, et chante ceci :
Quel prince offre à mes yeux des lauriers toujours verts? Je vois dans l'avenir cent potentats divers laii disputer en vain l'honneur de la victoire. O toi, fils de Latone, amour de l'univers, Protecteur des doux sons, des beaux-arts, des bons vers. Aide-nous à chanter sa gloire.
Nous n'avons qu'un fragment de Galatée, assez long pour nous faire sentir combien le poète eiit affadi la tragique rivalité du berger Acis et du cyclope Polyphème. En revanche, nous avons Astrêe tout entière ^ Comme le titre l'indique, c'est un souvenir du roman de d'Urfé, que La Fontaine lisait avec passion « étant petit enfant », et qu'il relisait encore
1. Astrée, tragédie lyrique en trois brc IfiOl, avec un succès médiocre, actes, musique de Colasse, fut jouée Daphné est de 1074; Galatée est de sur la scène de l'Opéra, le 28 novem- 1681.
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« ayant la barbe grise ». Nous sommes menés sur les bords du Lignon, où les druides célèbrent la fête du gui l'an neuf. Le sujet est la brouille, puis la réconciliation de la bergère Astrée et de Céladon, son fidèle berger, qui, soupçonné par elle, se fait aussitôt «du trépas un funeste devoir », et se jette dans le Lignon, mais ne réussit pas à y trouver la mort. Dans le Prologue, placé sur les bords de la Seine, avec Marly dans l'éloignement, Apollon chante la gloire de « Louis » .
Toutefois, La Fontaine est moins dépaysé dans l'opéra que dans la tragédie. Un profond instinct du rythme, une science véritable du vers libre, dans ses combinaisons les plus imprévues et les plus naturelles, une rare fraîcheur d'imagination, eussent fait de lui peut-être un rival de Quinault, s'il s'en était donné la peine. Il est vrai ([u'il tournait tout à la pastorale. Les plus jolis vers d'Aslrée sont des vers de nature ; parfois sur le fond banal se détache et brille une poétique réminiscence.
I' II Y L L I s
Retirous-uoiis aussi, quittons cette demeure;
T. il peur m'y saisit à toute heure. 11 est tard, et chacun s'en retourne aux hameaux; ■
L'onihre croît en tombant de nos prochains coteaux; Rejoignons ces bergers; déjà la nuit s'avance,
Daus ces lieux règne le silence. '
Une seule des cinq comédies attribuées à La Fontaine est incontestablement de lui seul; c'est aussi la première de beaucoup en date, C/y/nène. Mais est-ce • bien une comédie? Elle n'est pas même distribuée ea '
K\ DKHOUS Di:S FAIH.KS 11
scènes. Aucune action ; mais de la légèreté, de la grâce, je ne sais quoi de flottant, qui n'est pas sans charme, et des traits délicats :
Ce qu'on n'a point an cœur, l'a-t-on dans ses écrits ?
N'est-ce pas justement pour ce motif que le poète, n'étant point ému, n'a pas été fort émouvant ? C'est là qu'est le vers fameux :
Il me faut du nouveau, n'en fût-il point au monde !
Qu'y a-t-il de nouveau dans Clymètie ? Peut-être l'accent personnel, qui se trahit malgré tout, comme dans telle épigramme aiguisée contre les amants transis. Clymène n'épargne pas les ironies à son soupirant Acante :
« Vraiment vous l'entendez, avecque vos hélas ! Dit la belle. Apprenez à soupirer plus bas. »
Ce qui est plus nouveau encore, à coup sûr, c'est d'entendre Apollon, dialoguant avec les JNIuses sur le Parnasse, citer avec éloge, non seulement Horace, mais encore Marot et Voiture. Les goûts littéraires du poète éclatent naïvement ici. Cet Apollon, si au courant des choses modernes, si dégoûté de tout ce (jui est banal, c'est le poète lui-même, n'en doutons pas. Le cadre mythologique est factice ; mais la causerie, souple et vive, se replie en charmants détours ou s'échappe en capricieuses fantaisies.
Les ([uatre autres comédies, selon une tradition assez incertaine, ont été écrites en collaboration av(;c l'acteur-auteur Champmeslé. Ce sont : Hai^otiiiy
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souvenir du Roman comùjiie de Scarron ; le Florentin, farce dans le goût de la première manière de Molière ; la Coupe etichantée, sorte de fabliau, étendu en comédie ; Je vous prends sans vert, bluette insignifiante. De nos jours, la Coupe enchantée a été reprise. Elle n'esl pas seule k mériter cet honneur : une scène au moins du Florentin est d'un comique excellent'. Si le caractère du jaloux Harpajème est un peu chargé, celui de sa mère, Agathe, femme de sens rassis, qui prodigue en vain à son fils les conseils de son expérience indulgente, est marqué de traits précis.
Nos petites façons amollissent les âmes.
Et les hommes ne sont que ce qu'il plaît aux femmes.
Le difficile est de faire ici la part des deux collaborateurs. Champmeslé, avec sa verve un peu grosse, se fait reconnaître ça et là, par exemple dans ce couplet d'Harpajème, d'une férocité extravagante :
J'ai besoin de sa mort. A tout examiner, Le moyen le plus sur est de l'assassiner. J'ai donc, pour cela, fait construire une machine : Je la ferai poser dans la chambre voisine. Pressé par son amour, Timante s'y rendra ; Mais, au lieu d'y trouver Horteuse, il s'y prendra. Alors tout à mon aise, ayant en main ma dague. Je vous la plongerai dans son sein, zague, zague, Et le tuerai, ma mère, avec plaisir, Dieu sait ! Ensuite on le mettra dans ma cave : « Hic jacet^. »
C'est Champmeslé aussi, bien plutôt que La Fon-
1. Voyez cette scène, à la fin de ce La Fontaine jeune ; et le Veau perdu recueil. Je ne mentionne que pour qui paraît être de Champmeslé seul, mémoire les Rieurs du Beau-Richard, 2. Ci-gît, formule d'inscription tusorte de conte dramatique, écrit par mulairc.
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t.iine, qu'on rencontre à chaque pas dans Ragolbi, dont le héros se croit obligé d'être poète parce que sa mère était filleule du poète Garnier. Il est vrai que les physionomies des comédiens errants sont esquissées avec quelque relief. Voici le jeune « le Destin », qui rappelle avec orgueil à quel point les comédiens sont estimés en France ; voici le vieux la Rancune, qui est jaloux de son camarade plus applaudi et plus aimé :
Je l'iu toujours haï, car il a du mérite.
Le nom de La Fontaine protège seul, près de la postérité, quelques-uns de ces essais dramatiques où peut-être il n'est pour rien, et la seule comédie durable v qu'il ait écrite, c'est celle des Fables. Mais, il n'est pas sans intérêt de l'observer, c'est longtemps après les Fables que ces dernières comédies ont été représentées. La Fontaine vieilli semble revenir aux erreurs de sa jeunesse. Au fond, il a toujours été le même, indépendant avec délices, en plein triomphe de la règle. Boileau a pu le compter un moment parmi ses amis, jamais parmi ses disciples.
Du moins, une de ces pièces, Daphné, nous a valu quelques-uns des vers les plus piquants du poète. Là même où il est satirique, il l'est sans cruauté
14 l'œuvhe df, la fontaine
crordinaire. Si l'on met à part quelques pièces épigrammatiques, comme la Ballade sur Escobar :
Escobar sait un chemin de velours,
on ne trouve guère qu'une satire bien franche dans l'œuvre entière de La Fontaine : c'est le Florentin, qu'il ne faut pas confondre avec la comédie qui porte le même titre. Le Florentin dont il s'agit ici, c'est Lulli, qui, après avoir demandé à La Fontaine un livret d'opéra, oublia un peu vite l'engagement pris.
Le Florentin
Montre à la fin
Ce qu'il sait faire.
Il ressemble à ces loups qu'on nourrit, et fait bien: Car un loup doit toujours garder son caractère,
Comme un mouton garde le sien.
J'en étais averti; l'on me dit : Prenez garde! Quiconque s'associe avec lui se hasarde; Vous ne connaissez pas encor le Florentin.
Le bonhomme se plaint, mais avec un sourire. On croit voir, on voit, en face l'un de l'autre, le rêveur à la barlje grise et le souple Florentin.
Le mâtin s'en vint réveiller Un enfant des neuf Sœurs, enfant à barbe grise,
Qui ne devait en nulle guise Etre dupe : il le fut et le sera toujours. Je me sens né pour être en butte aux méchants tours. Vienne encore un trompeur, je ne tarderai guère.
Celui-ci me dit : « Veux-tu faire,
Presto, presto, quelque opéra,
Mais bon? Ta Muse répondra
Du succès par-devant notaire.
Voici comment il nous faudra
Partager le gain de l'alfuire :
KN DKHOUS DKS FABf.KS 15
Nous en ferons deux lots : l'argent et les chaasons;
I/ai'gent pour moi, pour toi les sons.
Tu t'entendras chanter; je prendrai les testons'.
Volontiers je paie eu gambades;
J'ai huit ou di.K trivelinades- Que je sais sur mon doigt : cela joint à l'honneur De travailler pour moi, te voilà grand seigneur. » Peut-être n'est-ce pas tout à fait sa harangue;
Mais, s'il n'eut ces mots sur la langue, Il les eut dans le cœur. Il me persuada;
A tort, à droit ^ me demanda Du doux, du tendre, et semblables sornettes,
Petits mots, jargon d'amourettes.
Confits au miel ; bref il m'enquinauda*.
Je n'épargnai ni soins ni peines Pour venir à son but et pour le contenter.
Me^ amis devaient m'assister; J'eusse, en cas de besoin, disposé de leurs veines.
« Des amis! disait le glouton.
En a-t-on?
Ces gens te tromperont, ôteront tout le bon,
Mettront du mauvais en la place. »
Tel est l'esprit du Florentin,
Soupçonneux, tremblant, incertain,
Jamais assez sûr de son gain,
Quoi que l'on dise ou que l'on fasse.
A ces pressantes instances succédèrent le silence et
l'abandon. La Fontaine se venge ou plutôt essaye de
se venger, car il a besoin d'un efiort pour se mettre
en colère.
Voilà l'histoire en gros ; le détail a des suites Qui valent bien d'être déduites.
1. Le teston, monnaie siiiipriiiiôc' f.x.uniiier si on le i'ait justement on .sous Louis XIII, valut, selon les inju.stement; par extension: sans distemps, de dix à dix-neuf sous. cernement ; à tort et à travers.
„,„.,., , „. . , 'i. Enniiiiiaiider, (airaaninaud icon-
2. rrivchnadcs , boulTonneries, de n , ^ ta- i .. r» • i.. m . ,. ,,' , , fus , tromper. D autre part, Qumault irivelin, nom d un acteur de lan- .. •! i ni ^ i- • i
.... était le collaborateur or<lmairo de
cienne troupe italienne. r n- i> • i • i . c.
' Lulli; d ou le jeu do mots : me ut