Disputait le prix de la beauté
La mouche et la fourmi conleetaienl de leur [priï.
(Fables, IV, 5.)
Adrien, vers la fin de sa vie, se laissa gouverner par Antinous, esclave bithynien d'une remarquable beauté, et le divinisa après sa mort.
A ce culte rendu par un empereur à la mémoire d'un esclave nous devons de belles statues ou médailles.
2. Sans nous arrêter à autre chose qu'aux originaux; tournure elliptique dont on trouve de très nombreux exemples chez Corneille et ses contemporains.
Renvoyons les Tainqueurs, sans penser qu'à [la gloire Que toute leur maison reçoit de leur victoire, {Horace, 727.)
3. Albert Durer, de Nuremberg (1471-1528). — Tiziano Vecellio (1477- 1576). — Piètre Vannucci, dit le Pé-
rugin (1446-1524), maître de Raphai-l.
— Andréa Montcgna (1430-1502). La Fontaine énumère ici un pou pèlemèle des peintres qui appartiennent à des époques et à des écoles assez différentes (pour ne parler que des Italiens, Titien appartient à l'école vénitienne, Pérugin à l'école romaine, Mantegna et ses fils à l'école de Mantoue) : mais il est impossible de ne pas remarquer combien il est curieux des choses de l'art, avec quelle admiration sincère et intelligente il les recherche et les apprécie.
4. Il ne faut pas oublier que la Suède, avec Gustave-Adolphe, avait jnué, au dél)ut du siècle, un grand rôle dans la guerre do Trente ans.
5. C'était la chambre même où le cardinal était né. Il avait voulu qu'?)ti la respectât, ce qui n'avait pas laissé de gêner les architectes dans l'aménagement intérieur du nouveau château.
LliTTUKS l-'âO
Pour la plupart environ grands Gomme des miroirs de toilette; Si nous eussions eu plus de temps, Moins de hâte, un autre interprète, Je vous dirais de quelles gens.
Vous pouvez juger que ce ne sont pas gens de petite étoffe. Je m'attachai particulièrement au cardinal de Richelieu, cardinal qui tiendra plus de place dans l'histoire que trente papes; au duc qui a hérité de son nom, de ses belles inclinations, et de son château^; au feu amiral de Brézé, c'est dommage qu'il soit mort si jeune, car chacun en parle comme d'un seigneur qui était merveilleusement accompli, et bien auprès de Mars, d'Armand, et de Neptune 2. M. le Prince et lui auraient entrepris de remplir le monde de leurs merveilles; M. le Prince la terre, et le duc de Brézé la mer. Le premier est venu à bout de son entreprise, l'autre l'aurait fort avancée s'il eût vécu; mais un coup de canon l'arrêta, et l'alla choisir au milieu d'une armée navale. Je ne sais si on me montra le marquis et l'abbé de Richelieu^. Il y a toute apparence que leurs portraits sont aussi dans ce cabinet, quoiqu'ils ne fussent qu'enfants, lorsqu'on le mit en l'état qu'il est. Tous deux sont bien dignes d'y avoir place
Outre la famille de Richelieu je parcourus celle de
1. Co duc était Armand-Jean Vigne- (1C46). C'est à la famille de la seconde
rot, duc de lUcIielieu (1G29-1715). La que passèrent le titre et les armes de
famille do Richelieu n'avait point Richelieu.
laissé de postérité mfdo : de ses deux 2. Voilà une mythologie un peu
frères, l'un avait été tué en duel, mêlée et vague : Armand, c'est le
l'autre était mort grand aumônier de grand Richelieu. Neptune ne peut
France et cardinal. Si^s deux sœurs qu'être favorable à un grand amiral,
avaient épousé, l'une le maréchal de Mars, c'est sans doute le grand Condé,
Maillé-Brézé; l'autre, René de Vigne- qui avait épousé une sœur de Brézé.
rot, seigneur de Pontcourlay. C'est de 3. Jean-Baptiste Vignerot, marquis
la première que naquit cet Armand de do Richelieu (1632-1GG2), Emmanuel
Brézé, amiral de Francis, dont La Fon- Joseph, abbé de Marmoutier et de
tainc va rappeler la mort glorieuse Saint-Ouen de Rouen, mort à vingt-
— à vingt-sept ans — devant Orbilello six ans, à Venise, eu 1GG5.
Louis XIII. Le reste est plein de nos rois et reines, des grands seigneurs, des grands personnages de France (je fais deux classes des grands personnages et des grands seigneurs, sachant bien qu'en toute chose il est bon d'éviter la confusion ) : enfin c'est l'histoire de notre nation que ce cabinet
Enfin nous sortîmes de cet endroit, et traversâmes je ne sais combien de chambres riches, magnifiques, des mieux ornées, et dont je ne dirai rien; car de m'amuser à des lambris et à des dorures, moi que Richelieu a rempli d'originaux et d'antiques, vous ne me le conseillerez pas; toutefois je vous avouerai que l'appartement du roi m'a semblé merveilleusement superbe; celui de la reine ne l'est pas moins; il y a tant d'or qu'à la fin je m'en ennuyais. Jugez ce que peuvent faire les grands seigneurs, et quelle misère c'est d'être riche : il a fallu qu'on ait inventé les chambres de stuc où la magnificence se cache sous une apparence de simplicité. Il est encore bon que vous sachiez que l'appai'tement du roi consiste en diverses pièces, dont l'une, appelée le grand cabinet, est remplie de peintures exquises : il y a entre autres des Bacchanales du Poussin, et un combat burlesque et énigmatique de Pallas et de Vénus d'un peintre que la concierge ne nous put nommer. Vénus a le casque en tête et une longue estocade'. Je voudi'ais pour beaucoup me souvenir des autres circonstances de ce combat et des différents personnages dont est composé le tableau, car chacune de ces déesses a son parti qui la favorise ....
Ce grand cabinet dont je parle est accompagné d'un autre petit où quatre tableaux pleins de figures représentent les quatre éléments. Ces quatre tableaux sont
1. Estocade, mot d'origine italienne, « sorte do grande épéc déliée et poin-
se dit du coup que porte l'arme plus tue. qui n'est plus guère en usage. »
souvent que de l'arme elle-même. Ce- Ce tableau est du Pérugin. pendant Richelet définit estocade :
du*..., la concierge nous le dit, si je ne me trompe; et quand je me tromperais, ce n'en seraient pas moins les quatre éléments. On y voit des feux d'artifice, des courses de l)ague, des carrousels, des divertissements de traîneaux, et autres gentillesses semblables. Si vous me demandez ce que tout cela signifie, je vous répondrai que je n'en sais rien.
Au reste le cardinal de Richelieu, comme cardinal qu'il était, a eu soin que son château fût suffisamment fourni de chapelles : il y en a trois, dont nous vîmes les deux d'en haut; pour celle d'en ])as, nous n'eûmes pas le temps de la voir, et j'en ai regret à cause dun Saint Sébastien que l'on prise fort. Dans celles qui sont en haut je trouvai l'original de cette dondon que notre cousin a fait mettre sur la cheminée de la salle. C'est une Magdelaine du Titian*, grosse et grasse, et fort agréable
Il me semble que je n'ai pas parlé trop dévotement de la Magdelaine; aussi n'est-ce pas mon fait que de raisonner sur des matières spirituelles, j'y ai eu mauvaise grâce toute ma vie : c'est pourquoi je passerai sous silence les raretés de ces deux chapelles, et m'arrêterai seulement à un Saint Hiérôme tout de pièces rapportées, la plupart grandes comme des têtes d'épingles, quelquesunes comme des cirons. Il n'y en a pas une qui n'ait été employée avec sa couleur; cependant leur assemblage est un Saint Hiérôme si achevé que le pinceau n'aurait pu mieux faire : aussi serable-t-il que ce soit peinture, même à ceux qui regardent de près cet ouvrage. J'admirai nonseulement l'artifice, mais la patience de l'ouvrier. De
1. Il y a ici dans lo texte un nom elles représentent bien les quatre élé-
cffacé : Rembrandt, dit Walekonaër, monts, mais au moyen de scènes em-
qui se trompe; c'est le nom de Poussin prunli'cs à l'Iiistoiro (le triomphe de
qui est ofl'acé. La vérité, c'est que les Louis XIII et la naissance de
figures de ces tableaux étaient de Louis XIV) ou .i la vie ordinaire.
Drevet, et les paysages de Claude 2. C'était seulement, paraît-il, une
Lorrain. La Fontaine semble incer- copie du Titien. tain du sujet réel de ces œuvres d'art
quelque façon que l'on considère son entreprise, elle ne peut être que singulière.
Et dans l'art de niveler*, L'auteur de ce Saint Hiérôme Devait sans doute exceller Sur tous les gens du royaume.
Ce n'est pas que je sache son pays, pour en parler franchement, ni même son nom ; mais il est bon de dire que c'est un Français, afin de faire paraître cette merveille d'autant plus grande. Je voudrais, pour comble de nivelerie, qu'un autre entreprît de compter les pièces qui la composent.
Mais ne passerais-je pas moi-même pour un nivelier de tant m'arrêter à ce Saint Hiérôme? Il faut le laisser; aussi bien dois-je réserver mes louanges pour cette fameuse table dont vous devez avoir entendu parler, et qui fait le principal ornement de Richelieu. On l'a mise dans le salon, c'est-à-dire au bout de la galerie, le salon n'en étant séparé que par une arcade. Il me semble que j'aurais bien fait d'invoquer les Muses pour parler de cette table assez dignement.
Elle est de pièces de rapport, Et chaque pièce est un trésor ; Car ce sont toutes pierres fines.
Agates, jaspe et cornalines.
Pierres de prix, pierres de nom. Pierres d'éclat et de renom ; Voilà bien de la pierrerie.
Considérez que de ma vie
1. AjVc/c/-, s'amuser à des niaiseries, tilleur, n'est pas dans Littrc, qui cite
semble avoir été, au propre, un terme un exemple de niv'eUrie, emprunté à
de mosaïste. Du temps du La Fontaine Sully, déjà, ce mot avait vieilli. NivcUcr, vé-
Je n'ai trouvé d'objet qui fût si précieux.
Ce qu'on prise aux tapis de Perse et de Turquie,
Fleurons, compartiments, animaux, broderie.
Tout cela s'y présente aux yeux.
L'aiguille et le pinceau ne rencontrent pas mieux.
J'en admirai chaque figure :
Et qui n'admirerait ce qui naît sous les cieux? Le savoir de Pallas, aidé de la teinture. Cède au caprice heureux de la simple nature ;
Le hasard produit des morceaux Que l'art n'a plus qu'à joindre, et qui font sans peinture Des modèles parfaits de fleurons et d'oiseaux.
Tout cela pourtant n'est de rien compté : ce qui fait la valeur de cette table, c'est une agate qui est au milieu, grande presque comme un bassin, taillée en ovale, et de couleurs extrêmement vives. Ses veines sont délicates, et mêlées de feuille morte, Isabelle, et couleur d'aurore. Au reste, vraie agate d'Orient, laquelle a toutes les qualités qu'on peut souhaiter aux pierres de cette espèce.
Et, pour dire en un mot, la reine des agates.
Dans tout l'empire des camaïeux^ (ce sont peuples dont les agates font une branche) je ne crois pas qu'il se trouve encore une merveille aussi grande que celle-ci, ni que rien de plus rare nous soit venu
Des bords où le soleil commence sa carrière.
J'en excepte cette agate qui représentait Apollon et les neuf Muses^; car je la mets la première, et celle de Richelieu la seconde.
1. Un oamaïc'u, c'est, au propi-o, l'ime est clcvemic la figure en relief, une pierre fine taillée ayant deux et l'autre fait le l'ond. cuuclics de difiërentes couleurs, dont 2. L'agale de Pyrrhus, roi d'Epire.
154 ŒUVRES DIVF.RSnS DE LA FONTAINE
Ce palais si fameux des princes de Florence, Riche et brillant séjour de la magnificence; Le trésor de Saint-Marc; celui dont les François Recommandent la garde aux cendres de leurs rois*; Les vastes magasins dont le sérail abonde, Magasins enrichis des dépouilles du monde ; Jule^ enfin n'eut jamais rien de plus précieux.
Et pour m'exprimer familièrement et en termes moins poétiques,
Saint-Denis, et Saint-Marc, le palais du grand-duc, L'hôtel de Mazarin, le sérail du Grand-Turc, N'ont rien, à ce qu'on dit, de plus considérable. Je me suis informé du prix de cette table : Voulez-vous le savoir? Mettez cent mille écus, Doublez-les, ajoutez cent autres par dessus ; Le produit en sera la valeur véritable.
Dans le même lieu où on l'a mise, sont quatre ou cinq bustes, et quelques statues, parmi lesquelles on me nomma Tibère et Livie'; ce sont personnes que vous connaissez et dont j\L de La Galprenède vous entretient quelquefois*. Je ne vous en dirai rien davantage; aussi
1. Le trésor de Saint-Denis. Cinna de Corneille; mais il a ofTacé