Spirituelle et reiiuianle coiuiiie
l:i (liiehesse de Ma/.ariii, sa sœur. Pour elle le printcmiw s'est haWUé de roses .
M"" (1.^ Bouillon avait dft la rejoindre (Clym'cne, 71.)
a Londres. C'était un véritable e.xil, 3. Vous abandonnez aux vents...
ri La Fontaine, au fond, no s'y trompe Ces! l'aire imc allusion discrète aux
pas. motifs délicats qui ont forcé la duchesse de Bouillon à quitter laFrance.
190 ŒUVIilîS DIVERSES DE LA FONTAINE
On ma mandé que Votre Altesse était admirée de tous les Anglais, et pour l'esprit, et pour les manières, et pour mille qualités qui se sont trouvées de leur goût^. Cela vous est d'autant plus glorieux, que les Anglais ne sont pas de fort grands admirateurs. Je me suis seulement aperçu qu'ils connaissent le vrai mérite, et en sont touchés * .
Votre philosophe^ a été bien étonné quand on lui a dit que Descartes n'était pas l'inventeur de ce système que nous appelons la machine des animaux, et qu'un Espagnol l'a pi'évenu^. Cependant, quand on ne lui en aurait point aj^porté de preuves, je ne laisserais pas de le croire, et ne sais que les Espagnols qui pussent bâtir un château tel que celui-là
Ceux qui ne seront pas suffisamment informés de ce que sait Votre Altesse et de ce qu'elle voudrait savoir sans se donner d'autres peines que d'en entendre parler à table, me croiraient peu judicieux de vous entretenir ainsi de philosophie; mais je leur apprends que toutes sortes d'objets vous conviennent, aussi bien que toutes sortes de livres, pourvu qu'ils soient bons.
Nul auteur de renom n'est ignoré de vous ; L'accès leur est permis à tous.
Pendant qu'on lit leurs vers, vos chiens ont beau se battre ;
Vous mettez les holàs^ en écoutant l'auteur. Vous égalez ce dictateur Qui dictait tout d'un temps à quatre.
1. « C'était la reine de Paris et des 4. Assertion fausse de Baylc, qui lieux où elle fut exilée. Mais elle se rétracta, d'ailleurs. On sait par la régna moins à Rome et à Londres fable 1 du liv. X quel intérêt le poète qu'à Paris. » {S\i}iT-Si%iO!i , Additions prenait à coltc question de ràuie des an Journal de Dang-cau.) bêtes.
2. Voyez, au début do la fable 23 .5. On voit que la duchesse de Bouii^ du 1. SU, un bel éloge des Anglais, Ion aimait à s'entourer de bêtes. C'équi, <( pensent profondément ». tait un lien de plus entre elle et le
3. Il est à peine besoin de dire que fabuliste, ce philosophe, c'est La FoMlaiuc luimême.
C'était, ce me semble, Jules César : il faisait à la fois (juatre dépêches sur quatre matières différentes. Vous ne lui devez rien de ce côté-là ; et il me souvient qu'un matin, vous lisant des vers, je vous trouvai en même temps attentive à ma lecture et à trois querelles d'animaux. Il est vrai qu'ils étaient sur le point de s'étrangler : Jupiter le conciliateur n'y aurait fait œuvre. Qu'on juge par là, Madame, jusqu'où votre imagination peut aller, quand il n'y a rien qui la détourne. Vous jugez de mille sortes d'ouvrages, et en jugez bien.
Vous savez dispenser à propos votre estime;
Le pathétique, le sublime.
Le sérieux, et le plaisant.
Tour à tour vous vont amusant.
Tout vous duit^, l'histoire et la fable,
Prose et vers, latin et français.
Par Jupiter! je ne connais
Rien pour nous de si favorable.
Parmi ceux qu'admet à sa cour Celle qui des Anglais embellit le séjour 2, Partageant avec vous tout l'empire d'Amour, Anacréon et les gens de sa sorte.
Comme Waller^, Saint-Évremond, et moi.
Ne se feront jamais fermer la porte.
Qui n'admettrait Anacréon chez soi ?
Qui bannirait Walleret La Fontaine?
Tous deux sont vieux, Saint-Evremond aussi. Mais verrez-vous aux bords de l'Hippocrène
1. Tout vous convient. La Fontaine ans; mais La Fontaine ne le sut qu'un aimait ce vieux mot et l'a plus d'une peu plus tard par une lettre do Saintlois employé. Evremond. Neveu de Cromwcll, il
2. Hortense Mancini, duchesse de avait traversé la vie i)arlementaire, et de Ma/.arin, dans la société de qui avait dû un moment chercher en vivait le vieux Saint-Evremond, exilé France un refuge. Poète, fort estimé comme elle. dans le monde d(! Saint-Evremond et
■.i. Edmond Walh.'r (1005-1087) V(,"- de M'"" d»; Ma/.arin, il a plus d'esprit nail de mourir, a quatre-vingl-deii.x que de vigueur.
Gens moins ridés dans leurs vers que ceux-ci !*
Le mal est que l'on veut ici
De plus sévères moralistes ; Anacréon s'y tait devant les jansénistes. Encor que leurs leçons me semblent un peu tristes \
Vous devez priser ces auteurs
Pleins d'esprit, et bons disputeurs^.
Vous en savez goûter de plus d'une manière : Les Sophocles du temps ^, et l'illustre Molière Vous donnent toujours lieu d'agiter quelque point.
Sur quoi ne disputez-vous point ?
A propos d'Anaci'éon, j'ai presque envie d'évoquer son ombre ; mais je pense qu'il vaudrait mieux le ressusciter tout à fait. Je m'en irai pour cela trouver un gymnosophiste^, de ceux qu'alla voir Apollonius Tyaneus^. Il apprit tant de choses d'eux, qu'il ressuscita une jeune lîlle. Je ressusciterai un poète. Vous et M""^ Mazarin nous rassemblerez. Nous nous rencontrerons en Angleterre, M. Waller et M. de Saint-Evremond, le vieux Grec et moi. Croyezvous, madame, qu'on pût trouver quatre poètes mieux assortis ?
Il nous ferait beau voir parmi de jeunes gens Inspirer le plaisir, danser, et nous ébattre,
1. On se doutait bien que la rigueur Prudon ne soit aussi un Soplioclc. de la morale janséniste devait effa- 4. u Gymnosophiste, philosophe inroucher La Fontaine. Voyez la uiora- dien qui s'abstenait de viande et s'alité du Philosophe Scythe (Fables, XII, donnait à la contemplation. i)(Littré.) 20). 5. Apollonius de Tyane, dont Phi-
2. Bons dialecticiens j plus bas, lostrate a écrit la biographie fabudisputez, pour discutez. leuse, était un thaumaturge du pre-
3. Par malheur, nous nous souve- micr siècle après Jésus-Christ. Il nous que la duchesse de Bouillon voyagea eu Orient et dans presfii»« était à la tète de la cabale dirigée tout le monde romain Les païens contre le Sophocle du temps (Cor- afléctèrent de croire à ses mineille était mort depuis trois ans), racles, pour rabaisser ceux que les contre l'ami de La Fontaine, Racine, chrétiens invoquaient à l'appui de auteur de Phèdre. A moins que leur foi.
Et, de fleurs couronnés, ainsi que le printemps. Faire trois cents ans à nous quatre.
Après une entrevue comme celle-là, et que j'aurai renvoyé Anacréon aux Champs Elysées, je vous demanderai mon audience de congé. Il faudra que je voie auparavant cinq ou six Anglais et autant d'Anglaises (les Anglaises sont bonnes à voir, à ce que Ion dit). Je ferai souvenir notre ambassadeur de la rue Neuve-des-Petits-Champs* et de la dévotion que j'ai toujours eue pour lui. Je le prierai, et M. de Bonrepaux, de me charger de quelques dépêches. Ce sont à peu près toutes les affaires que je puis avoir en Angleterre. J'avais fait aussi dessein de convertir M'°« d'Hervart^, M"»« de Gouvernet, et M°"= dHelang, parce que ce sont des personnes que j'honore; mais on m'a dit que je ne trouverais pas les sujets encore assez disposés. Or, je ne suis bon, non plus que Perrin- Dandin, que quand les parties sont lasses de contester. Une chose que je souhaiterais avant toutes, ce serait que l'on me procurât l'honneur de faire la révérence au monarque; mais je ne l'oserais espérer. C'est un prince qui mérite qu'on passe la mer afin de le voir, tant il a de qualités convenables à un souverain, et de véritable passion pour la gloire. Il n'y en a pas beaucoup qui y tendent, quoique tous le dussent faire en ces places-là...
Ennemi de la mollesse, Il gouverne son État En habile potentat^.
1. C'est-i'i-flin! : Je rappellerai à pur conséquent sœcirs de M. Hervart, M. de Barillun riiôtcl Mazariu, situé le conseiller. M"'" de Oouvernc't avait à Paris dans la rue Neuve-des-Pelits- une fille qui épousa lord Eland. Après Champs. la révocation de l'édit de Nantes, elles
2. Comme il s'agit de conversion, avaient passé en Angleterre, d"où elles il ne peut-ètn; question que de la j)araisscnt être revenues. Pour le mère, Eslher Vimar, veuve de Bar- protecteur de La Fontaine, il avait thélemy Herwarth. M^i:» de Gouver- abjuré.
net et de Viriville étaient ses filles, 3. La Fontaine choisit assez mal
De cette haute science
L'original est en France :
Jamais on n'a vu de roi
Qui sût mieux se rendre maître,
Fort souvent jusques à l'être
Encore ailleurs que chez soi.
L'art est beau, mais toutes têtes
N'ont pas droit de l'exercer :
Louis a su s'y tracer
Un chemin par ses conquêtes.
On trouvera ses leçons
Chez ceux qui feront l'histoire :
J'en laisse à d'autres la gloire,
Et reviens à mes moutons.
Ces moutons, madame, c'est Votre Altesse et M""^ Mazarin^. Ce serait le lieu de faire aussi son éloge, afin de le joindre au vôtre ; mais, toutes réflexions faites, comme ces sortes d'éloges sont une matière un peu délicate, je crois qu'il vaut mieux que je m'en abstienne.
Vous vous aimez en sœurs : cependant j'ai raison
D'éviter la comparaison.
L'or se peut partager, mais non pas la louange. Le plus grand orateur, quand ce serait un ange. Ne contenterait pas, en semblables desseins. Deux belles, deux héros, deux auteurs, ni deux saints.
Je suis avec un profond respect, etc.
son niomont pour louer .Tacqiics II, l'on puisse passer des transitions de qui fut (U'trôué raunée suivante. ce genre.