‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 6 sur 115 · Lettres du 14 juillet et du 4 avril · texte numérisé non relu

Lettres du 14 juillet et du 4 avril

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de lui faire entendre raison, le gronder doucement, l'engager à vivre enfin de la vie véritable : car il avoue lui-même qu'il n'a pas vraiment vécu. Mais il est moins capable que jamais de suivre ces avis, ou du juoins de les suivre « en tout ». Un tel exemple de renoncement au monde l'effraie. Comment ne pas être découragé par la seule pensée des sacrifices qu'on lui demande? C'est beaucoup, « c'est trop ». L'exemple pourtant l'a touché ; il a « presque envie » de l'imiter: mais son « tempérament » s'y oppose. Il se Irappe la poitrine, mais il craint fort de retomber demain dans ses erreurs ; il en est sur, il sV résigne. Ce qu'il faudrait faire, il le voit et le dit; mais il ne promet nulle part de le faire. Et il a raison, car, alors même qu'il promet, il n'a pas la force de tenir. Sur un seul point il avait semblé prendre un engagement formel, et l'abbé de la Chambre, directeur de l'Académie, qui répondait au récipiendaire, s'était écrié solennellement : « Songez que ces mêmes paroles que vous venez de prononcer, nous les insérerons sur nos registres ; plus vous avez pris de peine à les polir et à les choisir, plus elles vous condamneraient un jour, si vos actions se trouvaient contraires, si vous ne preniez à tâche de joindre la pureté des mœurs et de la doctrine, la pureté du cœur et de l'esprit, à la pureté du style et du langage. »

Il s'agissait de la promesse faite par La Fontaine de ne plus écrire de Contes. Les Contes avaient été le motif qui décida Louis XIV à refuser son approbation au choix que l'Académie française avait fait de La Fontaine, jusqu'au moment où Boileau fut élu à sou

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tour. Dans l'intervalle, La h'outaiuc avait promis « d'être sage », et M'»e (|(> Thianoes,sa protectrice, avait mis sous les yeux du roi une ballade toute contrite où le poète implorait sa grâce :

Quelques esprits out blâmé certains jeux, Certains récits, qui ne sont que sornettes. Si je défère aux leçons qu'ils m'out faites. Que veut-on plus? Soyez moins rigoureux. Plus indulgent, plus favorable qu'eux, Prince, en un mot, soyez ce que vous êtes.

Mais il ne tarda pas à oublier sa promesse, et il l'avoue sans trop d'embarras :

Oh! combien l'homme est inconstant, divers. Faible, léger, tenant mal sa pai'ole!

J'avais juré, même en assez beaux vers^, De renoncer à tout conte frivole ; Et quand juré? c'est ce qui me confond; Depuis deux jours j'ai fait cette promesse! Puis liez-vous à rimeur qui répond D'un seul moment ! Dieu ne fit la sagesse Pour les cerveaux qui hantent les neuf sœurs 2.

On cherchera, on aimera, dans ce Discours que La Fontaine seul pouvait écrire, cette àme « inquiète » et légère, qui flotte entre l'idéalisme platonicien et l'épicurisme plus ou moins délicat, qui se connaît, se définit, s'accuse, et ne réussit pas à se faire condamner.

Certaines autres épîtres qui ont moins d'importance, suffiraient à nous faire comprendre en quelle

1. La Fontaine a ccril d'ubord ; ''. Prologue du conte do ta CLo-

J'avais juré hautement un mes Ters. chcttc.

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