‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 62 sur 115 · Le suc des pavots est soporili- son sens étymologique · texte numérisé non relu

Le suc des pavots est soporili- son sens étymologique

rpie. Dans la célèbre peinture de la 2(1. Prévenant nos destins, c'est-à-

]\lnllesse (^/,Hi/Y'«, IIj, qu'il ne sera pas dire nous présentant par avance

sans intérêt de comparer à celle-ci. l'image du sort qui nous e.st réservé-.

Boibu-iu écrit : 21. Ces événements de l'avenir,

,,.,., „ ., , . , ciui doivent causer tant de plaisir

Et toujours lo Sommeil lui verse ses pavois. ' . '

ou tant de peine, sont la tenus comme

La Fontaine a dit ailleurs (Fables, „„ ^^.p(,^ ^n réserve. Mais rexjjres-

^I- '''' • sion est d'un poète qui n'est pas en-

II eholsii uuo uuit libérale en pavots. core maître de son expression.

El tel, dans un Etal de fourmis compose,

Le peuple rentre et sort, en cent parts divisé. 25

Confus, je m'écriai : « Toi que chacun réclame.

Sommeil, je ne viens pas t'implorei' dans ma flamme ;

Conte à d'autres que moi ces mensonges charmants

Dont tu flattes les vœux des crédules amants;

Les merveilles de Vaux me tiendront lieu d'Aminte ; 30

Fais que par ces démons leur beauté me soit peinte.

Tu sais que j'ai toujours honoi^é tes autels;

Je t'offre plus d'encens que pas un des mortels :

Doux Sommeil, rends-toi donc à ma juste prière. »

A ces mots, je lui vis entr'ouvrir la paupière; 35

Et, refermant les yeux presque au même moment :

« Contentez ce mortel, » dit-il languissamment.

Tout ce peuple obéit sans tarder davantage :

Des merveilles de Vaux ils m'offrirent limage;

Comme marbres taillés leur troupe s'entassa; 40

En colonne aussitôt celui-ci se plaça;

Celui-là chapiteau vint s'offrir à ma vue ;

L'un se fit piédestal, l'autre se fit statue;

Artisans qui, peu chers, mais qui, prompts et subtils,

N'ont besoin pour bâtir de marbre ni d'outils.

Font croître en un moment des fleurs et des ombrages, 45

Et, sans l'aide du temps, composent leurs ouvrages.

25. Voilà l'autour des Fables, l'ob- avait voué au dormir. Il a raisoa de

scrvatcur des animaux, qui se ré- défier ici toute rivalité,

vélc. 37. La Mollesse peinte par Boi-

27. Dans ma flamme, dans un acco» Icau « ouvre un œil languissant » , parle

de passion. d'une voix iaible et entrecoupée»,

31. Démons a ici le sens d'esprits. mais son discours « qu'elle inter-

33. On sait quel culte La P'ontainc rompt vingt l'ois n est plus long.

I'". H. — La Fontaine. raS

218 ŒUVRES DIVERSES DE LA lONTAINE

ENVOI A P i; L L I S S O X

Ariste, vous voulez A'oir des vers de ma main,

Vous qui du chantre grec ainsi que du romain

Pourriez nous étaler les beautés et les grâces,

Et qui nous invitez à marcher sur leurs traces.

Vous ne trouverez point chez moi cet heureux art 5

Qui cache ce quil est, et ressemble au hasard :

Je n'ai point ce beau tour, ce charme inexprimable

Qui rend le dieu des vers sur tous autres aimable :

C'est ce qu'il faut avoir, si l'on veut être admis

Parmi ceux qu'Apollon compte entre ses amis. 10

Homère épand toujours ses dons avec largesse;

Virgile à ses trésors sait joindre la sagesse :

Mes vers vous pourraient-ils donner quelque plaisir.

Lorsque l'antiquité vous en offre à choisir?

Je ne l'espère pas : et cependant ma Muse 15

N'aura jamais pour vous de secret ni d'excuse;

Ce que vous souhaitez, il faut vous l'accorder;

C'est à moi d'obéir, à vous de commander.

Je vous présente donc quelques traits de ma lyre :

Elle les a dans Vaux répétés au Zéphj-re. 20

J'y fais parler quatre arts fameux dans l'univers :

6. C'est bîen là ponriant l'art où il de Virgile semble plus vague. Sans

triomphera, et il semble le définir à doute, La Fontaine entend par là un

l'avance alors qu'il se le refuse. génie moins large que celui d'Ho-

11. /?p<7;irfrf implique déjà l'idée de mère, mais plein de mesure et de largesse, d'une source abondante qui dc'licatosse.

s'épanche. Appliqué à la poésie ho- 21. Quatre Muses se disputeront, mérique, vaste fleuve presque ano- en effet, la suprématie, et nous citenyme qui coule à pleinsbords, grossi rons, en tout ou en partie, leurs i>l<iid'affluents ignorés, le vers est d'une doyers. Si l'on s'étonnait de se heurvérité saisissante. ter ici à cette mythologie, nous rap-

12. Le jugement sur la «sagesse » pellcrions que Racine, écrivant à La

Ijfs palais, les lableaux, les jardins, et les vers. Ces arts vantent ici tour à tour leurs merveilles. le soupire en songeant au sujet de mes veilles. Vous m'entendez, Ariste, et dun cœur généreux Vous plaignez comme moi le sort d'un malheureux. 11 déplut à son roi; ses amis disparurent; Mille vœux contre lui dans l'aliord concoururent : Malgré tout ce torrent, je lui donnai des pleurs; J'accoutumai chacun à plaindre ses malheurs.

Page 1