On a longtemps admis sans
contestation que ces amis étaient La Fuyez surtout, fuyez ces basses jalousies,
Fontaine, Boileaii, Racine et Molière, ^«^ vulgaires esprits malignes frénésies.
j . 1 - „• 1 1 „i TTn sublime écrivain n'en peut être infecté ;
dont les reunions dans une chambre „, ^ . ... ,,. .,.
j , , ^,. ,-,11. C est un vice qui suit la médiocrité.
de la rue du Vieux-Colombior sont ,„ , , . ^^^ ^
,,., 17- 1 (BoiLEXV, Art poetitjue.lV.)
célèbres; pour le dernier, on le verra, ^ , ,
il y a doute. ^- Dans \' Epïtre à Huet, La Fontaine inclinera davantage du côté des
2. Voyez, au début de la fable 1 du anciens, tout en reconnaissant que livre X, l'admirable définition do la les modernes ne sont pas «sans conversation aimable et variée au mérite ».
XVII» siècle ; la comparaison des 5. Boilcau devait être au premier
abeilles, chère à Horace et à La Fon- rang de ces conseillers sincères dont
taine, s'y présente aussi naturelle- il a tracé, dans son Art poétique, lu
ment, portrait idéal.
234 ŒUVRES DIVEnSES DE LA FONTAINE
du siècle, et faisait un livre, ce qui arrivait rarement.
Polyphile^ y était le plus sujet (c'est le nom que je donnerai à l'un de ces quatre amis). Les aventures de Psyché lui avaient semblé fort propres pour être contées agréablement. Il y travailla longtemps sans en parler à personne; enfin il communiqua son dessein à ses trois amis, non pas pour leur demander s'il continuerait, mais comment ils trouvaient à propos qu'il continuât. L'un lui donna un avis, l'autre un autre : de tout cela il ne prit que ce qu'il lui plut^. Quand l'ouvi'age fut achevé, il demanda jour et i^endez-vous pour le lire.
Acante^ ne manqua pas, selon sa coutume, de proposer une promenade en quelque lieu, hors de la ville, qui fût éloigné, et où peu de gens entrassent : on ne les viendrait point interrompre; ils écoutei'aient cette lecture avec moins de bruit et plus de plaisir. Il aimait extrêmement les jardins, les fleurs, les ombrages. Polyphile lui ressemblait en cela; mais on peut dire que celui-ci aimait toutes choses^. Ces passions, qui leur remplissaient le cœur d'une certaine tendresse, se répandaient jusqu'en leurs écrits, et en formaient le principal caractère. Ils penchaient tous deux vers le lyrique^, avec cette différence qu'Acante avait quelque chose de plus touchant, Polyphile de plus fleuri. Des deux autres amis, que j'appellerai
1. Polyphile (iHymologiquement, 4. C'est ce qu'il répétera dans l'incelui qui aime beaucoup de choses) vocation à la Volupté qui termine le c'est assurément La Fontaine. poème. Mais alors, ce n'est pas
2. Encore une preuve de l'indépen- Polyphih; qu'il fallait l'appeler, c'est dance sans raideur du poète. Pantophile, comme on appelait Dide-