Acante, c'est Racine, à (pii se rot
rapportent fort bien les traits du 5. Ce portrait de Racine a dû être
portrait esquissé plus bas. L'auteur tracé sinon avant, au moins peu après
de Port-Royal, t. VI, p. 90, oppose à les débuts de Racine au théAtre. La
Boileau. tout occupé des embarras de veine de Racine jeune pouvait.ïem-
l'aris et des mauvais vers, Racine blcr, en ell'et. une veine lyrique, et
<( tout é))ris des fleurs, de la rosée, des l'était, puisqu'elle se retrouva, épurée
ombrages et des eaux». Tout jeune, et atl'ermio, dans Esther. Il y a des
Racine avait chanté les jardins de vers légers dans les lettres qu'il écrit
Port-Roval. d'Uzes à La Fontaine,
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Ariste et Gelaste, le premier était sérieux sans être incommode; l'autre était fort gai^
La proposition d'Acante fut approuvée. Ariste dit qu'il y avait de nouveaux embellissements à Versailles : il fallait les aller voir, et partir matin, afin d'avoir le loisir de se promener a])rès qu'ils auraient entendu les aventures de Psyché. La partie fut incontinent conclue : dès le lendemain ils l'exécutèrent. Les jours étaient encore assez longs, et la saison belle : c'étaitpendantle dernierautomne.
Nos quatre amis, étant arrivés à Versailles de fort bonne heure, voulurent voir, avant le dîner, la ménagerie : c'est un lieu rempli de plusieurs sortes de volatiles et de quadrupèdes, la plupart très rares et de pays éloignés. Ils admirèrent en combien d'espèces une seule espèce d'oiseaux se multipliait, et louèrent l'artifice et les diverses imaginations de la nature, qui se joue dans les animaux comme elle fait dans les fleurs. Ce qui leur plut davantage, ce furent les demoiselles de Numidie^, et certains oiseaux pécheurs qui ont un bec extrêmement long, avec une peau au-dessous qui leur sert de poche ^. Leur plu-
1. S'il est incontestable qu' Ariste, eiit raison, tant on a peine à se rési-
i( sérieux sans être incommode )), c'est gner, malgré l'autorité des raisons
Boileau, ce Boileau qu'on se figure invoquées, à écarter Molière do ce
trop rogue et amer, il ne l'est pas groupe où Chapelle ferait taclie.
que Gélaste (du verbe grec qui si- 2. La demoiselle de Numidie, grand
gnific rire) doive être identifié avec et bel oiseau d'Afrique de l'espèce
Molière. On lui prête une gaieté des grues, qui imite les gestes de
si exubérante qu'elle s'attire les l'homme. « On a donné à ce bel
doux reproches d' Ariste. C'est ])lu- oiseau, dit Buffon, le nom de de/noi-
lôt au joyeux et frivole Ciia- selle, à cause de son élégance, de sa
])elle que conviendraient les plai- j)arure et des gestes iniines qu'on
sanleries et les i)aradoxcs de Gélaste. lui voit allecter. Il jjarait même que
M. Mesnard a conjecturé que Gélaste cet instinct scénique s'étend jusqu'à
était bien d'abord Molière, mais tiue l'imitation des actions du moment...
La Fontaine, après la brouille surve- Il y en avait plusieurs à la ménagerie
nue eiitr<^ Molière et Racine, ne pou- de Versailles ».
vaut sans invraisemblance les faire 'A. Cet oiseau est le pélican dont
assister côte à côte à la lecture de Buil'on décrit la manière de ])ècher,
son poème, a modifié les projios en repoussant la fable qui a ins])iré à
tenus par Molière pour les accommo- Musset (|uelt|ues-uns de ses plus
der à Chapelle. On regretterait qu'il beau.x vers.
mage est blanc, mais d'un blanc plus clair que celui des cygnes; même de près il paraît carné*, et tire sur la couleur de rose vers la racine. On ne peut rien voir de plus beau. C'est une espèce de cormoran.
Gomme nos gens avaient encore du loisir, ils firent un tour à l'orangerie 2. La beauté et le nombre des orangers et des autres plantes qu'on y conserve ne se saurait exprimer. 11 y a tel de ces arbres qui a résisté aux attaques de cent hivers.
Acante, ne voyant personne autour de lui que ses trois amis (celui qui les conduisait était éloigné); Acante, dis-je, ne se put tenir de réciter certains couplets de poésie que les autres se souvinrent d'avoir vus dans un ouvrage de sa façon.
Sommes-nous, dit-il, en Provence^?
Quel amas d'arbres toujours verts Triomphe ici de l'inclémence Des aquilons et des hivers !
Jasmins donj; un air doux s'exhale, Fleurs que les vents n'ont pu ternir, Aminte en blancheur vous égale ; Et vous m'en faites souvenir.
Orangers, arbres que j'adore.
Que vos parfums me semblent doux!
1. Ca/"«e, de couleur do chair, n'est 2. L'orangerie est construite aii-
einployé d'ordinaire que dans le lan- dessous de la terrasse du château ;
gage des fleuristes. — Si l'admira- on y descend par deux escaliers de
tion des quatre amis paraît un peu cent marches chacun. Elle était loin
naïve, qu'on se souvienne que le d'être alors ce que Hardouin-Mansard
Jardin des Plantes, fondé par Guy de l'a faite.
la Brosse en 163.5, n'est guère alors 3. yi"" de Sévignt', au contraire
qu'un jardin de plantes médici- d'.A.cante, trouvait triste et en-"
nales ; et surtout qu'on ne s'é - nuyeuse la « persévérance « des
tonne pas de voir La Fontaine arbres de Provence. « Il vaut mieux
s'attarder à étudier des bêtes assez reverdir, disait-elle, que d'être tou-
dillérentes de celles qu'il vient de jours vert, " peindre dans ses Fables,
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Esl-il clans l'cnipii-c de Flurc Rien d'agréable comme vous?
Vos IViiils aux écorces solides Sont un véritable trésor; El le jardin des Ilespérides^ N'avait point d'autres ponnnes d'or.
Lorsque votre automne s'avance, On voit encor votre printemps; L'espoir avec la jouissance Logent chez vous en même temps.
Vos fleurs ont embaumé tout l'air que je respire : Toujours un aimable zéphyre Autour de vous se va jouant.
Vous êtes nains; mais tel arbre géant, Qui déclare au soleil la guerre,
Ne vous vaut pas, Bien qu'il couvre un arpent de terre Avec ses bras.
La nécessité de manger fît sortir nos gens de ce lieu si délicieux. Tout leur dîner se passa à s'entretenir des choses qu'ils avaient vues, et à parler du monarque pour qui on a assemblé tant de beaux objets. Après avoir loué ses principales vertus, les lumières de son esprit, ses qualités héroïques, la science de commander; après, dis-je, l'avoir loué fort longtemps^, ils revinrent àleur premier entretien, et dirent que Jupiter seul peut continuellement s'appliquer à la conduite de l'univers. Les hommes ont besoin de quelque relâche. Scipion et Lœlius s'amusaient souvent à jeter des pierres plates sur l'eau : notre monarque se
1. Le jardin des Hespéridcs csl le ])ommes d'or qu'Hercule n'ussit ii
jardin fameux que les trois iilles enlever.
d'Alias possédaient en Mauritanie, 2. Cet éloge, ainsi introduit culru
et où un dragon veillait sur des parenthèses, semble assez froid.
238 ŒUVRES DIVKIîSKS DK LA FONTAINE
divertit à faire bâtir des palais : cela est digne d'un roi. 11 y a même une utilité générale : car, parce moyen, les sujets peuvent prendre part aux plaisirs du prince, et voir avec admiration ce qui n'est pas fait pour eux. Tant de beaux jardins et de somptueux édifices sont la gloire de leur pays. Et que ne disent point les étrangers ! Que ne dira point la postérité quand elle vexera ces chefs-d'œuvre de tous les arts !
Les réflexions de nos quatre amis finirent avec leur repas. Ils retournèrent au château; virent les dedans, que je ne décrirai point : ce serait une œuvre infinie. Entre autres beautés, ils s'arrêtèrent longtemps à considérer le lit, la tapisseine et les sièges dont on a meublé la chambre et le cabinet du roi. C'est un tissu de la Chine, plein de figures qui contiennent toute la religion de ce pays-là. Faute de brachmane*, nos quatre amis n'y comprirent rien.
Du château ils passèrent dans les jardins, et prièrent celui qui les conduisait de les laisser dans la grotte jusqu'à ce que la chaleur fût adoucie; ils avaient fait apporter des sièges. Leur billet venait de si bonne part^, qu'on leur accorda ce qu'ils demandaient : même, afin de rendre le lieu plus frais, on en fit jouer les eaux. La face de cette grotte^ est composée, en dehors, de trois arcades, qui font autant de portes grillées. Au milieu d'une des arcades est un soleil*, de qui les rayons servent de barreaux aux portes : il ne s'est jamais rien inventé de si à propos, ni de si plein d'art. Au-dessus sont trois bas-reliefs.
1. Faute de prêtres de Bralima firent disparaître avant la fin du ]>oiir nous expliquer les ïiiystères de règne. Pour le détail, on peut coucette doctrine dont ils sont les inter- suitcr et comparer \r Description de prêtes. la grotte de Versailles, par Félibien
2. L'autorisation qu'ils avaient de (KiTl)). n La description de La Fontaine visiter le château leur venait d'un est si exacte, dit Walckcnoi'r, qiig grand personnage et Icair assurait la celle de Félihien n'en apprend pas complaisance des gardiens. plus. »
3. C'est la grotte dite de Téthys 4. C'est l'emblème de la monarchie que des constructions nouvelles de Louis XIV.
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Dans l'un, lo dieu du jour achève sa carrière.
Le sculpteur a marqué ces longs traits de lumière,
Ces rayons dont l'éclat, dans les airs s'épanchant.
Peint d'un si riche émail ^ les portes du couchant...
Des troupes de Z<'phyrs dans les airs se promènent.
Les Tritons empressés sur les flots vont et viennent.
Le dedans de la grotte est tel que les regards,
Incertains de leur choix, courent de toutes parts.
Tant d'ornements divers, tous capables de plaire,
Font accorder le prix tantôt au statuaire.
Et tantôt à celui dont l'art industrieux
Des trésors d'Amphitrite a revêtu ces lieux.
La voûte et le pavé sont d'un rare assemblage :
Ces cailloux que la mer pousse sur son lùvage.
Ou qu'enferme en son sein le terrestre élément,
Différents en couleur, font maint compartiment.
Au haut de six piliers dune égale structure.
Six masques de rocaille^, à grotesque figure,
Songes de l'art, démons bizarrement forgés,
Au-dessus d'une niche en face sont rangés.
De mille raretés la niche est toute pleine :
Un Triton d'un côté, de l'autre une Sirène,
Ont chacun une conque en leurs mains de rocher;
Leur souffle pousse un jet qui va loin s'épancher;
Au haut de chaque niche un bassin répand l'onde.
Le masque la vomit de sa gorge profonde;
Elle retombe en nappe, et compose un tissu^
Qu'un autre bassin rend sitôt qu'il l'a reçu.
Le bruit, l'éclat de l'eau, sa blancheur transparente,
1. L'c'in.iil (■tant proppcniont. solon 2. Jtncaillc, ouvrago fait de cola diUinilion de Bornard Palissy. qiiillagcs et do cailloux incrustôs « une pierre arlillciollc composée de dans des pierres brutes. plusieurs matières», on a usé et 3. Tissu, appliqué à une eau couabusé du mot émail pour indiquer rantc, semble être impropre, bien la diversité des couleurs, même que le mot voile, plus bas, continue dans la nature. Ce bas-relief était do la métaphore. Girard Vanopstal, artiste bruxellois.
D'un voile de cristal alors peu différente, Font goûter un plaisir de cent plaisirs mêlé. Quand l'eau cesse, et qu'on voit son cristal écoulé, La nacre et le corail en réparent l'absence : Morceaux pétrifiés, coquillage, croissance*, Caprices infinis du hasard et des eaux, Reparaissent aux yeux plus brillants et plus beaux. Dans le fond de la grotte, une arcade est remplie De marbres à qui l'art a donné de la vie. Le dieu de ces rochers, sur une urne penché^, Goûte un morne repos, en son antre couché. L'urne verse un torrent; tout l'antre s'en abreuve; L'eau retombe en glacis^, et fait un large fleuve.
J'ai pu jusqu'à présent exprimer quelques traits De ceux que l'on admire en ce moite^ palais : Le reste est au-dessus de mon faible génie. Toi qui lui peux donner une force infinie, Dieu des vers et du jour, Phébus, inspire-moi : Aussi bien désormais faut-il parler de toi. Quand le Soleil est las, et qu'il a fait sa tâche, Il descend chez Thétis, et prend quelque relâche. C'est ainsi que Louis s'en va se délasser D'un soin que tous les jours il faut recommencer. Si j'étais plus savant en l'art de bien écrire. Je peindrais ce monarque étendant son empire : Il lancerait la foudi*e ; on verrait à ses pieds J.
Des peuples abattus, d'autres humiliés^. :
1. CroJMa/ice, nom donné, dit Liltré, dans le sens de pente unie et douce, à certaines rocailles, ou à des herbes 4. En ce palais humide. La Fontaine de mer congelées, dont on fait l'orne- aime ce mot, qu'on retrouve avec ment des grottes. ce sens à plus d'une page de ce
2. C'est plusieurs années plus tard volume. Il va jusqu'à dire « le moite que l'un des quatre amis, Boilcau, élément « pour la mer. dans son Epître IV, peindra le dieu 5 Qn est au lendemain de la paix
du Rhin
d'Aix-la-Chapelle, qui assure
Appuyé d'une maiu sur son urne penchante. Louis XIV la possession de la Flan- 3. On a déjà vu glacis employé dre récemment conquise.
i>()KMi:s 241
J(ï laisse ces sujets aux ujailres du Parnasse; Va pendant que Louis, jjeint en dieu de la Thi'ace, Fera bruire* en leurs vers tout le sacré vallon, Je le célébrerai sous le nom d'Apollon.
Oh ! qui pourrait décrire en langue du Parnasse La majesté du dieu, son port si plein de grâce, Cet air que l'on n'a point chez nous autres mortels, Et pour qui l'âge d'or inventa les autels? Les coursiers de Phébus, aux flambantes narines^, Respirent l'arabrosie^ en des grottes voisines. Les Tritons en ont soin : l'ouvrage est si parfait, Qu'ils semblent panteler^ du chemin qu'ils ont fait.
Mille jets, dont la pluie à l'entour se partage, Mouillent également l'imprudent et le sage. Craindre ou ne craindre pas à chacun est égal : Chacun se trouve en butte au liquide cristal. Niches, enfoncements, rien ne sei*t de refuge. Ma Muse est impuissante à peindre ce déluge. Quand d'une voix de fer je fi^apperais les cieux, Je ne pourrais nombrer^ les charmes de ces lieux.
Les quatre amis ne voulurent point être mouillés; ils prièrent celui qui leur faisait voir la grotte de réserver ce plaisir pour le bourgeois ou pour l'Allemand, et de les placer en quelque coin où ils fussent à couvert de l'eau. Us furent traités comme ils souhaitaient. Quand leur con-
1. Fera retentir. Bruire, dont 3. Sur ambrusic, voyez l;i note de bruyant n'est que le participe, ne la page 125.
formait alors que deux syllabes. 4. Pantclcr, reste employé surtout
ïume tout runiveraftru^Vc de votre estime I »" P-'rticipc pantelant, haletant. Ce
(CORNK.LI.IÎ, Illusions 958.) groupe d'Apollon, sculpté par Girar-
don, lors do la destruction de la grotte,
2. Aux naseaux embrasés, cxi)res- !> été transiiorlé dans le bosquet des sion toute poétique et qu'on dirait Bains d'AjJollon.
presque romantique. 5- Dénombrer est aujourd'hui plus
usité que nombrer.
ŒuvnEs nn'ERSES de la fontaine
ducteur les eut quittés, ils s'assirent à l'entour de Polyphile, qui prit son cahier; et, ayant toussé pour se nettoyer la voix, il commença.