LE TRIOMPHE DE VENUS
Vénus s'en alla à Cythère* en équipage de triomphante. Au lieu de passer par les airs, et de se servir de son char et de ses pigeons, elle entra dans une conque de nacre, attelée de deux dauphins. La cour de Neptune l'accompagna. Ceci est proprement matière de poésie : il ne siérait guère bien à la prose de décrire une cavalcade de dieux marins : d'ailleurs je ne pense pas qu'on pût exprimer avec le langage ordinaire ce que la déesse parut alors.
C'est pourquoi nous dirons en langage rimé Que l'empire flottant en demeura charmé. Cent Tritons, la suivant jusqu'au port de Cythère, Par leurs divers emplois s'efforcent de lui plaire. L'un nage à l'entour d'elle, et l'autre au fond des eaux Lui cherche du corail et des trésors nouveaux. L'un lui tient un miroir fait de cristal de roche ; Aux rayons du soleil l'autre en défend l'approche. Paléraon-, qui la guide, évite les rochers; Glauque de son cornet fait retentir les mers ; Thétis lui fait ouïr un concert de Sirènes. Tous les Vents attentifs retiennent leurs haleines.
1. C'est près de Cythére quo Ténus sentait dans un char conduit par des
«'■tait née de l'écume de la nier. Elle colombes ou par des cygnes. ■ y avait été portée sur une conque 2. Palénion ou Mélicerte, dieu ma-
niarine, et les habitants de Cythère rin, comme Glaucus, qui souffle dans
(Cérigo) lui avaient élevé un sanc- sa trompe marine. Plusieurs des dé-
tuaire dans leur île. On la repré- tails de ce tableau sont pris d'Apulée.
Le seul Zéphyre est libi'c, et d'un souffle amoureux Il caresse Vénus, se joue à ses cheveux; Contre ses vêtements parfois il se courrouce. L'onde, pour la toucher, à longs flots s'entrepousse; Et d'une égale ardeur chaque flot à son tour S'en vient baiser les pieds de la mère d'Amour^.