‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 75 sur 115 · Polyphile a raconté la première est sombre · texte numérisé non relu

Polyphile a raconté la première est sombre

mal pour nous*! les héros de Tantiquité pleuraient bien. Que cela ne vous empêche pas de continuer. Ija compassion a aussi ses charmes, qui ne sont pas moindres (jue ceux du rire; je tiens même qu'ils sont plus grands, et crois quAriste est de mon avis. Soyez si tendre et si émouvant que vous voudrez, nous ne vous en écouterons tous deux que plus volontiers.

— Et moi, dit Gelaste, que deviendrai-je? Dieu m'a fait la grâce de me donner des oreilles aussi bien qu'à vous. Quand Polyphile les consulterait, et qu'il ne ferait pas tant le pathétique, la chose n'en irait que mieux, vu la manière d'écrire qu'il a choisie. »

Le sentiment de Gelaste fut approuvé. Et Ariste, qui s'était tu jusque-là, dit en se tournant vers Polyphile : « Je voudrais que vous me pussiez attendrir le cœur par le récit- des aventures de votre belle ; je lui donnerais des larmes avec le plus grand plaisir du monde. La pitié ^ est celui des mouvements du discours qui me plaît le plus : je le préfère de bien loin aux autres. Mais ne vous contraignez point pour cela : il est bon de s'accommoder à son sujet; mais il est encore meilleur de s'accommoder à son génie'. C'est pourquoi suivez le conseil que vous a donné Gelaste.

— 11 faut bien que je le suive, continua Polyphile : comment ferais-je autrement? J'ai déjà mêlé malgré moi de la gaieté parmi les endroits les plus sérieux de cette histoire; je ne vous assure pas que tantôt je n'en mêle aussi parmi les plus tristes. C'est un défaut dont je ne me saurais corriger, quelque peine que j'y apporte.

— Défaut pour défaut, dit Gelaste, j'aime beaucoup mieux qu'on me fasse rire quand je dois pleurer, que si

1. Une larme a son prix, c'est la sœur d'un finie par Ariste-Boileau dans VAri

[sourire, poétique, ch. lU.

(Musset, Idylle.) 3 ^ ^q,j génie, à sa propre nature.

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