‹ Œuvres diverses de La FontaineChapitre 79 sur 115 · ALA VOLUPTÉ · texte numérisé non relu

ALA VOLUPTÉ

0 douce Volupté*, sans qui, dès notre enfance, Le vivre et le mourir nous deviendraient égaux ; Aimant universel de tous les animaux 2, Que tu sais attirer avecque^ violence!

Par toi tout se meut ici-bas.

C'est pour toi, c'est pour tes appas,

Que nous courons après la peine :

Il n'est soldat, ni capitaine.

Ni ministre d'Etat, ni prince, ni sujet.

Qui ne t'ait pour unique objet.

1. Cotte invocation est amenée par êtres animés ■j^enusoinneanimantuin, le dénouement obligé du poémo : lo comme dit Lucrèce, dans un mormariagc de Psyclié et de l'Amour, ceau célèbre d'inspiration toute d'où naît une fille, adorée par les semblable. — « Encore que nous mortels sous le nom de la Volupté. Et ayons quelque cliose au-dessus de puis, on le sent bien, La Fontaine a l'aninial, nous sommes animaux. » voulu finir par là, et il faut lui par- (Bosslet, Coiinaissaiice de Dieu et donner ce que la transition a de fac- de soi-même, V, 3.)

tice en faveur de ce que l'invocation 3. Vaugelas et Ménage admettent

a de sincère. avecque pour avec devant un mot

2. Toi qui attires à toi tous les commençant par une consonne.

Nous autres nourrissons*, si, pour fruit de nos veilles. Un bruit^ délicieux ne charmait nos oreilles, Si nous ne nous sentions chatouillés de ce son,

Ferions-nous un mot de chanson? ;

Ce qu'on appelle gloire en termes magnifiques, ^

Ce qui servait de prix dans les jeux olympiques, ^

N'est que toi proprement, divine Volupté. Et le plaisir des sens n'est-il de rien compté ?

Pourquoi sont faits les dons de Flore,

Le Soleil couchant et l'Aurore,

Pomone et ses mets délicats,

Bacchus, l'âme des bons repas,

Les forêts, les eaux, les prairies,

Mères des douces rêveries^?

Pourquoi tant de beaux arts, qui tous sont tes enfants?... Volupté, Volupté, qui fut jadis maîtresse

Du plus bel esprit de la Grèce^, Ne me dédaigne pas, viens-t'en loger chez moi;

Tu n'y seras pas sans emploi :

J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien

Qui ne me soit souvei^ain bien.

Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique. Viens donc; et de ce bien, ô douce Volupté, Veux-tu savoir au vrai la mesure certaine ? i

Il m'en faut tout au moins un siècle bien compté; -

Car trente ans ce n'est pas la peine ^.

1. Nourrissons du Pariiasse,poétes. 3. Voilà le vrai La Fontaine. Seul

2. Ct' bruit, c'est la renommée, le il peut mêler ainsi, sans choquer, les (I vain bruit » dont parlera La Fon- plaisirs de la table et de la rêverie. taine dans le Discours à 3/™' de La 4. C'est Epicure, le maître, le dieu 5aè/it/-c. Corneille, Molière, Sévigné, de La Fontaine, parlaient ainsi ; Voltaire écrivait en- 5. Psyché est de 1669 ; le poète coro : «Je n'ai pas bon bruit. » (Lettre devait mourir en 1695. « Ventes, 2 janvier 1763.)

POIÎMKS 2C1

Polyphile cessa de lire. Il n'avait pas cru pouvoir mieux finir que par l'hymne de la Volupté, dont le dessein ne déplut pas tout à fait à ses trois amis.

Après quelques courtes réflexions sur les principaux endroits de l'ouvrage : « Ne voyez-vous pas, dit.Ariste, que ce qui vous a donné le plus de plaisir, ce sont les endroits où Polyphile a tâché d'exciter en vous la compassion?

— Ce que vous dites est fort vrai, repartit Acante ; mais je vous prie de considérer ce gris de lin, ce couleur d'aurore, cet orangé, et surtout ce pourpre*, qui environnent le roi des astres. » En effet, il y avait très longtemps que le soir ne s'était trouvé si beau. Le Soleil avait pris son char le plus éclatant et ses habits les plus magnifiques.

Il semblait qu'il se fût paré Pour plaire aux filles de Nérée^; Dans un nuage bigarré Il se coucha cette soirée.

L'air était peint de cent couleurs :

Jamais parterre plein de fleurs N'eut tant de sortes de muances^.

Aucune vapeur ne gâtait.

Par ses malignes influences.

Le plaisir qu'Acante goûtait.

On lui donna le loisir de considérer les dernières beautés du jour; puis, la lune étant en son plein, nos voyageurs et le cocher qui les conduisait la voulurent bien pour leur guide.

1. Racine parle en poète modorno, 3. Mnances est le texte orioinal. <;pris des couleurs éclatantes et des « Toutes choses sont en fluxion, teintes nuancées. miiaiice et variation perpétuelle. »

2. Néréc , dieu marin, souvent (Montaigne). Mais Furotière ne donne identifié avec la mer, père d<!S Né- déjà plus ce mot que comme ternie de réidcs qui, avec les Tritons, forment musique.

le cortège ordinaire d'Anipliilrite.

PHILËMON ET BAUCIS

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