MADRIGAL POUI? MADEMOISELLE COLLE TET^ UNE MUSE PARLE
Recevez de nos mains cette illustre couronne, Dont l'éclat immortel a des charmes si doux ;
Nous n'avons encor vu personne
Qui la méritât mieux que vous.
Vos vers sont d'un tel prix que rien ne les surpasse ; 5 Ce mont en retentit de l'un à l'autre bout :
Vous saurez régner au Parnasse ; Qui règne sur les cœurs, sait bien régner partout.
1. Guillaume Collotet, qu'il ne faut qu'ellcrûcitait en laissant croire qu'ils
pas confondre avec son fils François, venaient d'elle-même. La Fontaine y
ridiculise par Boileau, était l'un des fut pris ; mais Hcinsius et l'abbé de
cinq auteurs qui collaboraient avec MaroUes, cités par Walckenacr, bien
Richelieu. Il avait épousé sa servante d'autres encore, en furent également
Claudine, et, pour diminuer la honte dupes. de ce mariage, il composait des vers
274 ŒUVRES UlVKRSliS DE LA I-ONTAINE
•X STANCES CONTRE LA MEME i
QUI FAISAIT DES V E K S PENDANT LE VIVANT DE SON MAKI ET QUI n'en fit plus APRES SA MORT*
Les oracles ont cessé ; Golletet est trépassé.
Dès qu'il eut la bouche close,
Sa femme ne dit plus rien ;
Elle enteiTa vers et prose 5
Avec le pauvre chrétien. ^
En cela je plains son zèle; ^
Et ne sais au par-dessus a
Si les Grâces sont chez elle; l
Mais les Muses n'y sont plus. 10'
Sans gloser sur le mystère Des madrigaux qu'elle a faits, Ne lui parlons désormais Qu'en la langue de sa mère.
Les oracles ont cessé; 15
Golletet est trépassé.
1. Il était mort en 1G59, non sans Cette ibis, La Fontaine comprit
avoir pris la procaution de composer qu'on l'avait joué, et se vengea, mais
une dernière fois pour sa femme une n'eùt-il pas mieux fait de rire et de
pièce où elle déclarait renoncer dé- se taire ?
sormais à écrire des vers. Clau- 8. Locution vieillie pour a« sitr-
dine s'y adresse à son mari, et lui dit plus.
avec émotion : 14. La mère de Claudine CoUetet
Pour ne plus riun aimer ni rien ioiî?r\u était, dit-on, la femme dun tailleur
J'ensevelis muu cœiir et une plume avec tous, de pierres.
POESIES DlVEltSES
BALLADE A M A D A JI E E O U Q U E ï 1' O U K L E 1' R E M I E R T E K M E i
Gomme je vois Monseigneur votre époux
Moins de loisir qu'homme qui soit en F'rance,
Au lieu de lui, puis-je payer à vous?
Serait-ce assez d'avoir votre quittance ?
Oui, je le crois; rien ne tient en balance 5
Sur ce poinl-Ià mon esprit soucieux :
Je voudrais bien faire un don précieux;
Mais si mes vers ont l'honneur de vous plaire,
Sur ce papier promenez vos beaux yeux.
En puissiez-vous dans cent ans autant faire! 10
Je viens de Vaux, sachant bien que sur tous
Les Muses font en ce lieu résidence;
Si leur ai dit, en ployant les genoux :
et Mes vers voudraient faire la révérence
A deux soleils de votre connaissance, 15
Qui sont plus beaux, plus clairs, plus radieux
Que celui-là qui loge dans les cieux;
1. On sait que La Fontaine, pen- ce qui m'embarrasse davantage. Sionné par Fouquet, payait en vers ^^ Vaux-le- Vicomte, à dix lieues
les termes de sa pension. de Paris ; nvagnifiquement construit
7. Le passage un i)cu obscur et . i - ■ r , it„ . t ^ -ntai-^ t a
',.".„ ' ... et décore par Le Vau, Le JNolre, Le-
contourne, signifie: sur ce point-la, , -.t i o„ ,~» j„ t/-„.,-v. c.,..
, ',,,., brun. Voyc;/. le Songe de Vaux. — iiur
sur le point dobtcnir de vous ma , . , „ i„„ i:„ .„
. . ' . , . tuu*. .entre tous les lieux,
quittance, mon esprit n est point
embarrassé; mais vous faire en 13. Je ne leur en ai pas moins dit. Ce
éciiange un don (poétique) qui vaille vieux sU'le est en quelque sorle le
la peine de vous être otl'ert, voilà style obligatoire de la ballade.
276 ŒUVIiliS DIVKKSl-S DE LA FOXTAINK
Partant, vous faut agir dans cette affaire,
Non par acquit, mais de tout votre mieux.
En puissiez-vous dans cent ans autant faire ! » 20
L'une des neuf m'a dit d'un ton fort doux
(Et c'est Clio, j'en ai quelque croyance) :
« Espérez bien de ses yeux et de nous. »
J'ai cru la Muse ; et sur cette assurance '
J'ai fait ces vers, tout rempli d'espérance. 25
Commandez donc en termes gracieux
Que, sans tarder, d'un soin officieux.
Celui des Ris qu'avez pour secrétaire
M'en expédie un acquit glorieux.
En puissiez-vous dans cent ans autant faire ! 30
Reine des cœurs, objet délicieux.
Que suit l'enfant qu'on adore en des lieux Nommés Paphos, Araathonte, et Cythère, Vous qui charmez les hommes et les dieux. En puissiez-vous dans cent ans autant faire !
22. Voyez PhilcmonetBaucis,V.\%â Par aérant moi, sur Parnasse notaire,
et la note. ^® présenta la reine des 'beautés,
Et des Tertus le parfait eieraplaire,
28. Sous cette figure souriante, La Qui lut ces vers, puis les ayant comptés
Fontaine se représente le secrétaire Pesés, revus, approuvés, et vantés,
de Fouquet, Pellisson, dont on a dit Tom-\e passé voulut s'en siitisf aire ;
,•, 1 -t 1 1 • • Se réservant le tribut ordinaire.
quil abusait de la permission nue „ „ . , -^^
J:. , . . 1., ,,. , ., Pour 1 avenir, aux termes an-etes.
Dieu a donne a 1 homme d être laid. ^^^^ ^^ ^,^„^ ^j ^^^ Ig.^. secrétaire.
Il répondit par cette quittance en voilà l'acquit tel que vous souhaitez.
vers : En puissiez-vous dans cent ans autant faire I
POESIES DlVICllSKS
É i> rr A i' II E d'un i> a n e s s e u X
ou ÉPITAl'llE DE LA FONTAINE, FAITE PAR LUI-MÊME^
Jean s'en alla comme il était venu,
Mangea le fonds avec le revenu,
Tint les trésors chose peu nécessaire.
Quant à son temps, bien le sut dispenser :
Deux parts en fit, dont il soûlait passer 5
L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.
1. Voilà une épitaphe bien prématurée : La Fontaine devait vivre encore trente-six ans, s'il est vrai que ces vers soient de 1659. Il n'y faut donc voir qu'une plaisanterie.
2. En effet, on nous apprend qu'il vendit successivement sa maison et SCS fermes ; mais il ne faut pas prendre cette assertion à la lettre, car l'acte de vente de sa maison de Château- Thierry à Antoine Pintrel est de 1676. C'est plutôt une promesse pour l'avenir, et il sait trop qu'il la tiendra.
5. Il soûlait, solebat, il avait coutume. Le lexique de la langue de La Fontaine n'en cite pas d'autre exemple.
La Bruyère regrette ce vieux mot (De quelques usages), m. Littré va jusqu'à dire : n Souloir est une des plus grandes pertes que la langue ait faites, car combien avoir coutume, dont on est obligé de se servir, est lourd et incommode ! »
6. Quelques traits de cette épitaphe rappellent celle de Régnier, un des ancêtres directs de La Fontaine :
J'.ay vescu sans nul pcnseiiient, Me laissant aller douoement A la bonne loy naturelle, Et si m'estonne fort pourquoy La mort osa songer à moy, Qui ne songeay jamais à elle.
278 ŒUVHES diverses de la fontaine